‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 280 sur 311 · PONTCHARTRAIN REFUSE UN LEGS DE THEVENIN · texte numérisé non relu

PONTCHARTRAIN REFUSE UN LEGS DE THEVENIN

dont Taîné a été ambassadeur en Prusse, où il a fort bien servi, et Test maintenant à Pétersbourg, où il a eu part à la révolution qui a mis la czarine Elisabeth, fille de ce célèbre czar Pierre !«', sur le trône. Cette M"* de la Chétardie étoit faite à peindre, et grande, fort belle, sans esprit, mais très-galante et fort décriée, grande dépensière et fort impérieuse : elle subjugua Monasterol, qui fit la folie de Tépouser, et qui fut après bien honteux de le déclarer.

Thevenin, riche partisan, mourut sans enfants. Il devoit sa fortune au chancelier, tandis qu'il étoit contrôleur général. Il avoit une fort belle maison joignant la sienne, magnifiquement meublée, qu'il lui donna avec les meubles par son testament. Le chancelier ne voulut point prendre le legs, quoique le Roi lui conseillât de l'accepter. Cette action de désintéressement fut fort approuvée, d'autant qu'après que lé Roi lui en eut parlé, il n'en parla plus pendant six semaines, en sorte qu'on croyoit qu'il l'accepteroit : au bout de ce temps, il représenta au Roi ses raisons, et fit après sa renonciation.

Le vieux marquis de Mailly mourut à quatre-vingt-dix* ans, d^ns la belle maison qu'il avoit bâtie au bout du pont Royal, et laissa plus de soixante mille écus de rente en fonds de terre. Sa femme, qui avoit lors quatre-vingts ans, et qui le survécut encore longtemps, étoit devenue héritière de tous les biens de sa maison, qui étoit Mbntcavrel, par la mort du fils de son frère, jeune garçon de douze ou quatorze ans, dont elle prenoit soin depuis la mort de son frère et de sa belle-sœur, qu'elle avoit plaides toute savie. Ces Montcavrels étoient la branche aînée de la maison de Monchy, dont étoit cadet le maréchal d'Hocquincourt, frère du grand-père de M*"* de Mailly. Sa tante paternelle avoit épousé le frère aîné de son mari. De ce mariage une fille, mariée à Montcavrel, frère unique de M"* de Mailly. A force de procès et d'épargnes, de mariés

1. Il nous semble que Saint-Simon a corrigé sur son manuscrit 98 en 90.

422 SUBSTITUTION DE MAILLT. [1708]

chacun avec fort peu de bien, Théritage* de la branche de Monlcavrel, et une très-longue vie toute appliquée à former une opulente maison, ils y parvinrent. Le mariage de leur second fils avec la parente de M"* de Maintenon, qu'elle fit dame d'atour de M"* la duchesse de Bourgogne, leur fit obtenir en 1701 des lettres patentes dérogeantes en leur faveur à tous édits, déclarations et coutumes, qui autorisèrent la substitution qu'ils firent du marquisat de Nesle et d'autres terres, pour plus de quarante mille écus de rente, en faveur des mâles à perpétuité. A tout ce qui est arrivé depuis au marquis de Nesle, leur petit-fils, qui leur a immédiatement succédé, il n'a pas paru que Dieu ait béni ou l'acquisition de ces biens, ou la vanité d'avoir laissé sans aucune sorte de portion, même viagère, les filles et les cadets sur cette substitution.

Le duc d'Uzès perdit aussi sa grand'mère paternelle, depuis longtemps retirée, fort vieille. C'étoit une femme de grand mérite et de beaucoup de piété. Elle étoit d'Apchier, c'est-à-dire de la branche aînée de la maison de Joyeuse, grande et fort ancienne, dont la diversité du nom et des armes que portent ses diverses branches les font^ souvent méeonnoître pour sorties masculinement de la même tige. Le nom de la maison est Châteauneuf, seigneurs de Randon.

Brissac, major des gardes du corps qui n'étoit ni ne se prétendoit rien moins que des Cossé, mais un fort simple gentilhomme tout au plus, se retira dans ce temps-ci de la cour chez lui à la campagne, où il mourut bientôt après d'ennui et de vieillesse, à plus de quatre-vingts ans. C'étoit, de figure et d'effet, une manière de sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du corps, et compter avec lui les capitaines, tous grands seigneurs et généraux d'armées qu'ils fussent. Le Roi s'étoil servi de lui pour mettre ses gardes sur ce grand pied militaire où ils sont parvenus, et pour tous les détails inté-

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