‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 293 sur 311 · RÉFLEXION SUR CETTE NOUVEAUTÉ · texte numérisé non relu

RÉFLEXION SUR CETTE NOUVEAUTÉ

au Parlement, il ne devoit plus sembler surprenant qu'ils commandassent les maréchaux de France dans les armées.

Je sais Texemple de Louis de la Trémoille, qui n'avoit aucune prétention par naissance ni par rang; je n'ignore pas ceux de la maison de Lorraine, et de quelque chose de pareil pour M. d'Ângoulême; mais ces abus ne doivent pas tourner en règle. Je doute que du temps de Louis de la Trémoille les maréchaux de France fussent encore bien nettement officiers de la couronne, comme ils le sont devenus depuis. Leur petit nombre fixé les rendoit plus considérables que leurs offices, qui à peine quittoient leurs premières fonctions militaires au sortir de Fécurie du Roi, et très-subalternes au connétable, qui en étoit sorti avant eux; et ces premières fonctions militaires étoienl des chevauchées par le royaume, qu'ils partageoient entre eux pour visiter les troupes, en faire les revues et pourvoir à leur discipline et à leur subsistance. L'office de connétable n'étoit presque jamais vacant; il offusquoit étrangement le leur. On sait quels étoicnt la faveur, la puissance, les établissements et le mérite personnel de Louis de la Trémoille, sous qui tout ployoit alors, et qui s'en prévalut. Pour la maison de Lorraine, on aura répondu à tout en alléguant la tyrannie des Guises «et de leur formidable Ligue. Qui fait des maréchaux de France peut bien les commander : M. de Mayenne en fit cinq ou six, parmi lesquels MM. de la Châtre et de Brissac furent reconnus pour tels par Henri IV à leur accommodement. Quant à M. d'Angoulême, ce fut le fruit d'un gouvernement odieux et étranger; il étoit confiné en prison pour le reste de ses jours, en commutation de la perte de sa tête, à quoi il avoit été juridiquement condamné plusieurs années avant la mort d'Henri ÏV. La tyrannie de Marie de Médicis et de son maréchal d'Ancre souleva tout et arma les princes. Le maréchal d'Ancre, éperdu, ne put leur opposer que M. d'Angoulême, qui du cu.chot passa subitement à la tête de toutes les forces du Roi, et qui s'en prévalut dans les

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