‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 299 sur 311 · MORT, FORTUNE ET CARACTÈRE · texte numérisé non relu

MORT, FORTUNE ET CARACTÈRE

pour se faire connoître et se donner dii relief, qui * lui réussit. Il monta par degrés, se fit connoître au Roi, et profita si bien de sa familiarité passée des seigneurs aux valets et aux maçons, que trouvant en lui les grâces de Fobscurité et du néant, il crut lui trouver aussi les talents de son oncle, et se hâta d'ôter Villacerf malgré lui, comme on Ta vu en son lieu, et de mettre Mansart en sa place. Il étoit ignorant dans son métier. De Coste, son beaufrère, qu'il fit premier architecte, n'en savoit pas plus que lui. Ils tiroient leurs plans, leurs dessins, leurs lumières d'un dessinateur des bâtiments nommé l'Assurance, qu'ils tenoient tant qu'ils pouvoient sous clef.

L'adresse de Mansart étoit d'engager le Roi, par des riens en apparence, en des entreprises fortes ou longues, et de lui montrer des plans imparfaits, surtout pour ses jardins, qui tout seuls lui missent le doigt sur la lettre. Alors Mapsart s'écrioit qu'il n'auroit jamais trouvé ce que le Roi proposoit; il éclatoit en admirations, protestoit qu'auprès de lui il n'étoit qu'un écolier, et le faisoit tomber de la sorte où il vouloit, sans que le Roi s'en doutât le moins du monde. Avec ses plans il s'étoit frayé l'entrée des cabinets, et peu à peu de tous et partout, et à toutes les heures, même sans plans et sans avoir rien à dire de son emploi. Il en vint à se mêler dans la conversation en ces heures privées ; il y accoutuma le Roi à lui adresser la parole sur des nouvelles et sur toute matière; il hasardoit quelquefois des questions, mais il savoit prendre ses moments : il connoissoit le Roi en perfection, et ne se méprenoit point à se familiariser ou à se tenir sur la réserve. Il montra aux promenades des échantillons de cette privance, pour faire sentir ce qu'il pouvoit. Il n'en abusa point pour mal faire à personne, mais il eût été dangereux de le blesser. Il acquit ainsi une considération qui subjugua non-seulement les seigneurs et les princes du sang, mais les bâtards et les ministres, qui le ménageoient,

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