‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 73 sur 311 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Duc de Noailles capitaine des gardes sur la démission de son père. — Puysieux conseiller d'État d'épée. — Curiosités sur Poissy et ses deux dernières abbesses. — Mort de Roquette, évèque d'Autun; son caractère. — Bals à la cour; comédies à Sceaux et k Clagny. — Généraux d'armée : Tessé en Italie, battu par le parlement de Grenoble ; Villars sur le Rhin ; Vendôme en Flandre ; Berwick resté en Espagne sous M. le duc d'Orléans; duc de Noailles en Roussillon.-— Mot étrangement plaisant du Roi sur Fontpertuis. — Exclusion du duc de Villeroy de servir; curieuse anecdote. — Rage du maréchal de Villeroy ; ses artifices. — Mon éloignement pour le maréchal de Villeroy. — Foiblesse du Roi pour le maréchal de Villeroy et pour ses ministres. — Cause intime de l'extrême haine du maréchal de Villeroy pour Chamillart. — Peu de sens du maréchal de Villeroy.

Le maréchal' de Noailles étoit malade dès le commencement de février; son énorme grosseur et les accidents de sa maladie firent peur à sa famille. Le Roi étoit inexorable sur les survivances, excepté pour les secrétaires d'État; toute la faveur des Noailles, celle môme de M"* de Maintenon, n'avoient osé rien tenter là-dessus en faveur du duc de Noailles. La charge de capitaine des gardes du corps avoit à cet égard l'inconvénient de plus que le Roi n'y vouloit que des maréchaux de France. La compagnie de Noailles étoit l'écossoise, la première, la distinguée, et le duc de Noailles n'avoit que vingt-sept ans. Ils se mirent donc tous après le maréchal de Noailles pour l'engager à donner sa démission, et tâcher, en levant l'obstacle de la Saint-Sihon V. 9

130 Pi;iSIEUX CONSEILLER D*ÉTAT DEPÉË. [1707]

survivance, de faire passer sg. charge à son fils. Ce ne fut pas chose facile à persuader; mais à force d'y travailler, ils arrachèrent sa démission, et une lettre au Roi en conséquence, plutôt qu'ils ne l'obtinrent^ Tout étoit de concert avec M"*' de Maintenon. Le Roi reçut l'unp et l'autre le 17 février, revenant de se promener à Marly, et passa à son ordinaire chez M*"* de Maintenon. Un peu après qu'il y fut entré, il envoya quérir le duc de Noailles, et lui dit d'aller apprendre à son père que, suivant son désir, il lui donnoit sa charge. Dès le lendemain matin, il prêta son serment, prit le bâton, et acheva le quartier, qui étoit le sien. Ce même jour, qui étoit un vendredi, et ces jours-là point de conseil, Puysieux, revenu de Suisse faire un tour, eut une audience du Roi, à la fin de laquelle il lui demanda une place de conseiller d'État d'épée qui n'étoit pas remplie depuis fort longtemps. Le Roi la lui donna sur-le-champ et lui dit qu'il la lui destinoit depuis deux ans. On a vu plus haut, p. 470*, quel étoit Puysieux, et comment il s'étoit mis sur le pied de ces retours de Suisse et de ces audiences, que nul autre ambassadeur n'obtenoit, et combien il en sut profiter.

M"" de Mailly, sœur de l'archevêque d'Arles, depuis cardinal de Mailly, eut en ce même temps le beau et riche prieuré ou abbaye de Poissy, au bout de la forêt de Saint- Germain, dont elle étoit professe. Cette nomination avoit été longtemps contestée ; les religieuses se prétendoient avoir droit d'élection, et pour en dire le vrai, elles en avoienl conservé la possession depuis le Concordat. Le voisinage de la cour, qui demeuroit à Saint-Germain, la tenta de disposefr d'une si belle place.

En dernier lieu, le Roi y avoit nommé une sœur du duc de Chaulnes l'ambassadeur. Le Pape ne s'y étoit pas opposé, mais les religieuses fermèrent les portes à la Reine, qui l'y avoit conduite elle-même, tellement que les gardes les enfoncèrent. Ce fut un vacarme horrible que

Page 1