LIVRE DE VAUBAN SUR LA DÎME ROYALE
miroir avec complaisance et à se croire fait pour la galanterie. Il avpit lu et retenu. Je pense que la conformité d'effronterie et de talent d'intrigue fit un mariage si bien assorti. Sa sœur étoit mère de M. de Lévy, gendre de M. le duc de Chevreuse ; il en sut tirer parti. Sa fortune, qui lui donna un gouvernement et le grade de lieutenant général, le rendit impertinent au point de prétendre à tout et de le montrer. Il en demeura là pourtant avec tous ses charmes, et se fit peu regretter des honnêtes gens. Sa femme, depuis, a bien fait des personnages, et à force d'artifices a su marier ses filles hautement, et bien faire repentir leurs maris de cette alliance.
On a vu p. 379* quel étoit Vauban, à l'occasion de son élévation à l'office de maréchal de France. Maintenant nous Talions voir réduit au tombeau par l'amertume de la douleur, pour cela même qui le combla d'honneur, et qui ailleurs qu'en France lui eût tout mérité et acquis. Il faut se souvenir, pour entendre mieux la force de ce que j'ai à dire, du court portrait de cette page 379, et savoir en même temps que tout ce que j'en ai dit et à en dire* n'est que d'après ses actions, et une réputation sans contredit de personne, ni tant qu'il a vécu, ni depuis, et que jamais je n'ai eu avec lui, ni avec personne qui tînt à lui, la liaison la plus légère.
Patriote comme il Tétoit, il avoit toute sa vie été touché de la misère du peuple et de toutes les vexations qu'il soufifroit. La connoissance que ses emplois lui donnoient de la nécessité des dépenses, et du peu d'espérance que le Roi fût, pour retrancher celles de splendeur et d'amusements, le faisoit gémir de ne voir point de remède à un accablement qui augmentoit son poids de jour en jour.
Dans cet esprit, il ne fit point de voyage (et il traversoit souvent le royaume de tous les biais) qu'il ne prît partout des informations exactes sur la valeur et le pro-
i. Pages 379 et 380 de notre tome IH. i. Et en ai à dire.