‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 96 sur 311 · Saint-Simon écrit ici Lezignem, plus loin Lezignan · texte numérisé non relu

Saint-Simon écrit ici Lezignem, plus loin Lezignan

|i707] MORT DU MARQUtS DE LCSIGNAN. 157

roit pas été sans talents si l'extrême misère ne Tavoit pas abattu. Il avoit été lieutenant des gens d'armes écossois. M"* de Maintenon, qui l'avoit connu en province lorsque M"" de Neuillant la retira chez elle arrivante des lies de l'Amérique, et qui depuis sa fortune vouloit avoir l'honneur de lui appartenir, lui procura quelque subsistance, mais petitement, à sa manière. Il fut envoyé extraordinaire à Vienne, où on en fut content, puis à la cour de Lunebourg. Sa femme étoit Bueil. Son frère de Rodez fut un étrange évêque.

M. de Lusignan mourut fort pauvre, à soixante-quatorze ans, et laissa deux fils. Le cadet, prêtre avec une petite abbaye, fut grand vicaire de son oncle, et ne valut pas mieux. L'aîné, marié à une la Rochefoucauld de la branche d'Estissac, n'a jamais rien fait; s'il n'a point eu d'enfants, toute cette maison de Lusignan est éteinte, car ceux qui en prennent le nom ne sauroient en montrer de jonction : les Saint-Gelais aussi, qui s'en sont avisés, n'en sont point et ne peuvent le montrer; le premier d'eux à qui cette imagination vint est Louis de Saint-Gelais, baron de la Mothe Sainte-Heraye, et par sa femme seigneur de Lansac, qui fut un personnage en son temps, chevalier d'honneur de Catherine de Médicis, capitaine de la seconde compagnie des cent gentilshommes de la maison du Roi, ambassadeur à Rome en 1554, chevalier du Saint- Esprit en la seconde promotion, 1579, mort en 1589, à soixante-seize ans, dont le petit-fils fut M. de Lansac, gendre du maréchal de Souvré, mari de la gouvernante de Louis XIV.

Peu après mourut Pointis, si connu par sa brave et heureuse expédition de Garthagène, par d'autres actions^ et par beaucoup d'esprit, de valeur et de capacité dans son métier. G'étoit un homme à aller dignement à tout, et utilement pour l'État dans la marine; mais il n'étoit plus jeune, et mourut pour s'être sondé lui-môme et blessé. Il s'étoit puissamment enrichi, et n'avoit ni femme ni enfants.

158 COMTE d'aubeterre. [1707]

Le chevalier d'Aubeterre le suivit de près; il avoit quatre-vingt-douze ans, dont il abusoit pour dire toutes sortes d'ordures et d'impertinences. 11 étoit le plus ancien lieutenant général de France. 11 s'étoit démis depuis peu du gouvernement de Collioure, et Tavoit fait donner à son neveu, dont le plus grand mérite étoit ici d'être le complaisant et le courtisan des garçons bleus et des principaux commis des ministres, qu'il régaloit souvent chez lui, et à l'armée d'être le plus bas valet de M. de Vendôme, qui le fit faire lieutenant général, et de M. de Vaudemont, qui lui valut bien de l'argent, qu'il fricassa en panier percé qu'il étoit. Ses bas manèges le firent chevalier de l'ordre en 1724; son mérite ne l'y auroit pas porté. Pour sa naissance, il n'y avoit rien à dire, surtout dans une pareille promotion. Le plus triste état que j'aie guère connu étoit celui .d'être sa femme ou son fils. Leur nom n'est point Aubeterre, c'est Esparbès. Le maréchal d'Aubeterre, mort en 1628 et maréchal de France en 1620, étoit gouverneur de Blaye. Il épousa la fille unique et héritière de David Bouchard, vicomte d'Aubeterre, chevalier du Saint-Esprit, gouverneur de Périgord, dont leurs ejifants prirent le nom et les armes, mais sans quitter les leurs. Le chevalier d'Aubeterre, dont je viens de dire la mort, étoit le cinquième fils de ce mariage, dont le second fils fut père du chevalier de l'ordre, duquel aussi je viens de parler. 11 commença extrêmement tard à servir.

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