‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 99 sur 311 · BERINGHEN ENLEVÉ PAR UN PARTI ENNEMI · texte numérisé non relu

BERINGHEN ENLEVÉ PAR UN PARTI ENNEMI

bon et trèsrhardi partisan, et par là étoit monté au grade de colonel dans les troupes de Hollande. Causant un soir avec ses camarades, il paria qu'il enlèveroit quelqu'un de marque entre Paris et VersaiUes. Il obtint un passe-port des généraux ennemis et trente hommes choisis, presque tous officiers. Ils passèrent les rivières déguisés en marchands, ce qui leur servit à poster leurs relais. Plusieurs d'eux avoient resté sept ou huit jours à Sèvres, à Saint- Cloud, à Boulogne ; il y en eut même qui eurent la hardiesse d'aller voir souper le Roi à Versailles. On en prit un de ceux-là le lendemain, qui réponflit assez insolemment à Chamillart, qui l'interrogea; et un des gens de Monsieur le Prince en prit un autre dans la forêt de Chantilly, par qui on sut qu'ils avoient un relais et une chaise de poste à la Morlière, pour y mettre le prisonnier qu'ils feroient; mais alors il avoit déjà passé l'Oise.

La faute qu'ils firent fut d'abord de n'avoir pas emmené le carrosse avec Beringhen dedans, tout le plus loin et le plus vite qu'ils auroient pu, à la faveur de la nuit, tant pour éloigner l'avis de sa capture que pour le ménager pour le chemin à lui faire faire à cheval, et se donner plus de temps pour leur retraite. Au lieu d'en user de la sorte, ils le fatiguèrent au galop et au trot. Us avoient laissé passer le chancelier, qu'ils n'osèrent arrêter en plein jour, et manquèrent le soir M. le duc d'Orléans, dont ils méprisèrent la chaise de poste. Lassés d'attendre et craignant d'être reconnus, ils se jetèrent sur ce carrosse, et crurent avoir trouvé merveilles quand [ils] virent à la lueur du flambeau un carrosse du Roi et ses livrées, et dedans un homme avec un cordon bleu par-dessus son justaucorps, comme le Premier le portoit toujours.

Il ne fut pas longtemps avec eux sans apprendre qui ils étoient et leur dire' aussi qui il étoit. Guetem lui marqua toute sorte de respect et de désir de lui épargner tout ce qu'il pourroit de fatigue; il poussa même ses égards si loin qu'ils le firent échouer. Ils le laissèrent reposer jusqu'à deux fois; ils lui permirent de monter dans la chaise

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