‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 136 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. agS · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. agS

du vin p9;ir prévenir l'évanouissement, que je sentais approcher. Après avoir repris mes forces, je gagnai Anet , dont le concierge me donna un appartement, où je fis mettre le premier appareil à mes plaies, en présence du maréchal de Biroii, qui y passa quelques momens après mon arrivée , et se fit apporter de quoi faire collation dans ma chambre. Il conduisait le corps de ré- *l^ serve qu'il commandait , au roi , qui , sans s'arrêter, après sa victoire, avait passé la rivière d'Eupe à la suite des ennemis, et prit enfin, comme on me le rapporta, la route de Rosny, où il coucha cette même nuit^

* « Le soir, comme il soupait au château de Rosny, ayant « été averti que le maréchal d'Aumont venait hii rendre compte m de ce qu'il avait fait, il se leva pour aller au-devant de lui ; « l'ayant étroitement embrassé, il le convia à souper , et le fît « asseoir à sa table avec ces oblûz^antes paroles : Qu'il était « bien raisonnable qu'il fût au festin, puisqu'il l'avait si bien « servi à ses noces. » (Perrf. ibid, , 2* partie.) Péréfixe rapporte encore au même endroit un autre trait qui fait honneur au roi : «Il se souvint que la veille de la bataille il avait mal- « traité de paroles le colonel ThéododcScfeomberg, qui lui « avait demandé de l'argent ; et qu'il lui avait dit en colère , « que ce n'était pas le fait d'un homflbe dliOah'euir'de deman- « der de l'argent quand il faut prendre" les ordres pour- com- « battre. Il alla le trouver îiprès qu'il eut rangé ses troupeSj et « lui dit: Colonel, nous voici dans l'occasion; il se peut faire « que j'y demeurerai; il n'est pas juste que j'emporte Tlion- « neur d'un brave gentilhomme comme vous : je déclare donc « que je vous reconnais pour un homme de bien v^'et incapa))tc

a 86 MÉMOIRES DE SULLY.

cette occasion le petit nombre du plus grand furent la valeur du maréchal d'Aunïiht , qui empêcha l'entière défaite des chevau-légers , la différence infinie entre la manière dont notre artillerie et celle des ennemis furent servies, et plus que tout cela les talens singuliers du roi , qui ne se montraient jamais si parfaitement qu'en un jour de combat dans l'ordonnance des troupes, le ralliement, la discipline, la prompte et entière obéissance.

U est constant que le duc de Mayenne et le comte d'Egmont , qui étaient à la tête des Espagnols , s'imaginaient que , si le roi osait les attendre , la victoire était assurée pour eux ; s'il cédait ou reculait devant eux, comme ilsHj^ attendaient, ils ne comptaient pas moins que de le forcer en quelque endroit qu'il se retirât , et de le faire finir ainsi la guerre d'un seul coup. Que doit-il arriver dans ces dispositions ? Je. ne touche point à la personne des généraux , qui vaut seule plusieurs mil- Hers d'hommes. Du côté du plus fort on ne prend' point les précautions qu'on prendrait contre un ennemi de même force ; et de l'autre on ne forme point la résolution de se défendre contre une armée plus nombreuse sans être déteniiiné aussi à montrer une valeur et une adresse qui suppléent à ce qui manque du côté du nombre. La surprise que donne un courage qui s'anime par la gloire et

Page 1