‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 138 sur 231 · LIVRE TROISlÈBp. 28g · texte numérisé non relu

LIVRE TROISlÈBp. 28g

l'avantage du comte d^Egmoiftt ne m'avait fait augurer rien de bon pour nous , et très^certainement le roi était battu, si l'on se fût comporté de même dans tout le reste de l'armée ennemie. Tout ce que je sais c'est qu'ayant repris mes sens après un assez long espace de temps, je ne vis près de moi ni ennemis, ni aucun de mes domestiques, que la frayeur ou le désordre avait ..^ disperses, autre augure qui ne me paraissait ^^ÊHt'-'i. plus favorable. ^*%

Je me retirai sans casque et presque sans armure; la mienne avait été mise en pièces. En cet état , je vis accourir vers moi un cavalier des ennemis qui ^n voulait à ma vie. Je me trôijN^ de bonne fortune proche d'un poirier, sowô'lïK quel je me traînai, et, avec un peu de mouvement dont j'étais encore capable, je me servis si bien des branches, qui étaient extrêmement basses, que j'évitai les atteintes de mon adversaire, et ne me laissai point joindre : las de tourner autour de l'arbre, il me quitta enfin. Feuquières n'eut pas le même bonheur : je le vis tuer en ce moment sous mes yeux. La Rocheforét, qui a été depuis à moi, étant venu à passer en ce moment, je lui demandai un petit bidét qu'il menait, pour lequel je lui donnai sur-le-champ trente écus. J'ai toujours cru que dans ces sortes d'occasions il est à propos de porter quelque argent sur soi. 1. 19

Je cherchais, gfihsi monté, à apprendre des nouvelles de la bataille , que je croyais perdue , lorsque je vis venir droit à moi sept des ennemis, dont l'un portait la cornette blanche de la compagnie du duc de Mayenne; nouveau danger, dont je ne jugeai pas pour cette fois pouvoir échapper. On cria , qui vive ! et je me nommai , prêt à jne rendre prisonnier. Quelle fut ma surprise iv^inand je vis qu'au lieu* de m'attaquer, quatre de "^•^Ses personnes me prièrent de les recevoir euxmêmes pour mes prisonniers , et de leur sauver la vie , et qu'ils se rangeaient autour de moi , paraissant charmés de m'avoir rencontré. Je les lais- Wi Aôre. Il me paraissait si singulier que quatre hommes sains et bien armés vinssent se rendre à un homme désarmé, tout couvert de sang, pouvant à grande peine se soutenir, et monté sur un très-méchant bidet , que j'étais tenté de prendre tout ce que je voyais pour une illusion , ou pour l'effet de mes blessures. Je fus bientôt éclairci. Mes prisonniers , puisqu'ils voulaient l'être , se firent connaître pour MM. de La Châtaigneraie ', de

* Jean de Vivonne, sieur de La Châtaigneraie; Charles de Beausoncle, sieur de Sigogne, cornette delà compagnie du duc de Mayenne. Les historiens ont parle des prisonniers que fit de Rosny dans cette rencontre, et des bleb:.ures qu'il y

reçut au nombre de sept Ou crut pendant quelque temps

que Henri IV avait été tué. Ce qui occasiona apparemment ce faux bruit, c'est qu'on vit le marquis de Nesle, qui était

Page 1