LIVRE TROISIÈME. agS
de Palcheux et de Brasseuse , auxquels se joignit le comte de Thorigny. Je m'avançai vers eux, et, ne comptant pas qu'on pût me reconnaître à mon visage, que le sang et la poussière avaient entièrement défiguré, je me nommai. Le comte de Thorigny n'eut pas plus tôt reconnu La Châtaigneraie, qui était son parent, que, jugeant à l'état où il me voyait que je ne pouvais pas préserver mes prisonniers d'insulte , il me pria de lui remettre celui-là, dont il me répondait. Je le lui accordai avec plaisir, en le voyant pourtant partir à regret. Ce que Thorigny faisait par un principe d'amitié eut en effet une suite bien funeste pour le malheureux Châtaigneraie : il fut aperçu, au bout de quelques momens, par trois hommes de la compagnie d'O, qui avaient été des gardes du roi Henri III. Ces. trois hommes ne l'eurent pas plus tôt reconnu , qu'ils le tirèrent à bout portant, et le renversèrent mort, en lui disant : « Ah, « mordieu! traître à ton prince, tu t'es réjoui du « meurtre de ton roi, et a porté l'écharpe verte « de sa mort. » Je pouvais faire payer au comte de Thorigny la rançon de ce prisonnier , et plusieurs me le conseillaient ; mais je ne voulus pas ajouter ce sujet de douleur à celle qu'il ressentait de la mort d'un homme que j'avais moi-même connu particulièrement.
Je ne fus pas long-temps sans voir a^Jour de
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moi beaucoup de gens rassemblés, dont il n'y en avait pas un qui n'enviât ma bonne fortune. D'Andelot ' arriva après la^^utres, et, perçant la foule, il aperçut Sigogne,*-et le page qui portait la cornette. Il se disposait à s'en saisir, croyant que son bon destin lui gardait cette proie^ lorsqu'un bruit qui se répandit que les ennemis se ralliaient , l'obligea à partir brusquement. Je n'eus pas le temps de le tirer de son erreur, parce qu'après avoir dit au page de lui conserver cette cornette , il s'éloigna comme un trait. La nouvelle se trouva fausse, et n'avait d'autre fondement que l'arrivée de deuK cents Picards que IMM. d'Humières, Mouy ^ et de La Boissière amenaient au duc le Mayenne.
Débarrassé de la foule, et ayant besoin de secours, surtout pour ma blessure à la hanche, par laquelle je perdais beaucoup de sang, je gagnai, avec ma prise, la tête du régiment de VignoUes^, qui s'était fait admirer dans le combat. La, ne craignant plus de surprises , je fis venir un chirurgien pour bander ma plaie, et je demandai
' Charles de Coligny, marquis d'Andelot, l'un des fils de l'amiral de Coligny.
* Charles d'Humières ; le volume des manuscrits de la bibliothèque du roi, coté 8930, n'est plein que de ses belles actions; Isaac de Vaudré de Mouy; Christophe de Lanoy de La Boissière, gouverneur de Corbie.
' Bertiflvd de YignoUes.