LIVRE QUATRIÈME. 3l
vers, et celle du coude m'ôtait Tusage d'une de mes mains.
Ce que le roi avait prévu arriva. Le prince de Parme fit d'abord sonner fort haut l'avantage de se voir le maître de la campagne ; et, pour en profiter, il s'attacha à preàd#è Corbeil. Le roi avait pourvu cette place, aussi-bien que toutes les autres villes royalistes, de tout ce qui était nécessaire pour soutenir long-temps le siège. Le général ennemi ne s'y attendait pas , et fut fort étonné lorsqu'il vit Rigaut, gouverneur de Corbeil, faire une si ferme résistance, qu'il désespéra long-temps de la vaincre. Il y crut son honneur engagé , et à la fin il en vint à bout; mais ce fut à cet exploit unique que se termina sa campagne : il l'avait acheté trop cher pour en entreprendre un second au même prix. Ne pouvant rien sur l'armée du roi, non plus que sur ses villes, il né vit rien de mieux à faire que de reprendre le chemin des Pays-Bas , au grand regret de la Ligue, qui se sentait extrêmement soulagée par sa présence.
Il jugea en général habile que le roi , qui avait ^ pour ainsi dire, fermé les yeux sur toutes ses démarches, les ouvrirait sur sa retraite, et qu'elle ne se passerait pas aussi tranquillement que tout le reste. Il ne se trompa pas ; mais il se conduisit avec tant de prudence, qu'on peut dire qu'il
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296 MÉMOIRES DE StJLLY.
D'Andelot arriva à Anet, après que ]e maréchal de Biron en fut parti. Plein de ressentiment de ce que je lui avais enlevé sa prise (il le croyait ainsi), l^y^,'" il entra dans ma chambre accompagné de cinq ou six hommes cuirassés, et me demanda une explication , d'un air également fier et insultant, ou plutôt il chercha à s'en faire raison lui-même; ^ car, apercevant la cornette blanche qu'on avait mise au chevet de mon lit à côté de celle de ma compagnie, il voulut s'en mettre en possession par force , et sans faire attention à ce que je lui disais. Je changeai promptement de ton, et les paroles s'échauffèrent de part et d'autre. Je ne pouvais rien de plus en l'état ou j'étais; mais, comme il parlait avec menace et emportement , ce bruit attira dans la chambre quinze ou vingt de mes cavaliers armés, dont la vue arrêta la fougue de d'Andelot r^ll^tit en faisant commande-
« de faire aucune lâcheté. Cela dit, il l'embrassa cordialement. « Alors le colonel , ayant de tendresse la larme à Toeil , lui ré- « pondit : Ah! sire^ me rendant l'honneur que vous m'aviez « ôté, vous tn'ôfez ÎS'Tie; car j'en serais indigne, si je ne la « mettais aujourd'hui -pour votre service : si j'en avais mille, je « les voudrais toutes répandre à vos pieds. De fait il fut tué en « cette occasion. » Ibid.
Le maréchal de Biron, qui avait beaucoup contribué à la victoire, à la tête du corps de réserve , dit à Henri IV : « Sire, « vous avez fait ce que devait faire Biron, et Biron ce que de- « vait faire le roi. »