LIVRE VINGT-QUATRIÈME
saire ' ; quoique Sillery s'y comportât avec toute la complaisance possible 9 sa faiblesse en augmenta; il revint tout-à-fait en enfance , et paya enfin le dernier tribut de l'humanité, après avoir payé presque tous les autres.
Le roi vint à Paris le 2 janvier, dans l'intention d'aller et de mener la reine à Vigny, voyage dont je le détournai. Il se contenta d'aller faire un tour à Fontainebleau, d'où il revint à Paris à la fin de février , pour aller à Chantilly , qui était sa pro-
* « Vous voyez, dit-il à Bassompierre, un homme qui s'en « va chercher une sépulture à Paris. J'ai servi tant que j'ai pu « le faire, et quand ils ont vu que je n'en étais plus capable, « ils m'ont envoyé reposer^ et donner ordre au salut de mon « âme, à quoi leurs affaires m'avaient empêché de penser. Un < chancelier sans sceaux est un apothicaire sans sucre. y> Journal de Bassompierre,
Lorsque Henri IV demanda les sceaux à Bellièvre pour Sillery, se servant de l'occasion de son voyage en Limousin, où le grand âge et la faiblesse de Bellièvre ne lui permettaient pas de le suivre, ce chancelier lui répondit « que, s'il ne vou- R lait faire courir la poste aux sceaux, il les rendrait toujours 1 à temps, au même lieu où sa majesté arriverait.... Il semble, « Sire, ajouta-t-il, que vous craigniez qu'il n'y ait point de « terre en Guienne pour m'enterrer; je me porte bien, et n'ai « souci de ma vie que pour votre service, laquelle me serait « fort ennuyeuse, si j'en étais éloigné. » [P. Matthieu, t. a, liv. 3, p. 688.) Ce grand chancelier, dont la probité et la fermeté ont été généralement reconnues , avait servi sous cinq rois. Il est auteur de plusieiurs utiles réglemens pour la chanceUerie. Il mourut le S septembre de l'année suivante , âgé de soixante-dîx-huit ans. Il était de la ville de Lyon.
6 MÉMOIRES VR SULLT.
menade ordinaire du mois de mars. U s'y plaisait beaucoup dans cette saison. « Il fait ici fort beau , <c m'écrivait-il de cet endroit , le 8 mars : j'y passe a bien mon temps; tous les jours je suis à cheval , c( et j'y ai bien du plaisir. » Il ne se fixa nulle part que lorsque, de retour de Paris, il eut pris, le ao mars, le chemin de Fontainebleau; il y passa le printemps. Sa majesté eut fort beau temps depuis Paris jusqu'à Fleury , par où elle passa pour voir ses enfans , qui étaient encore dans cette maison; mais la pluie l'accompagna depuis Fleury jusqu'à Fontainebleau. Dans la lettre où Henri me fait tout ce détail, il me mande encore que le dauphin était venu une lieue à sa rencontre , et
qu'il l'avait trouvé fort joli, aussi- bien que ses
autres enfans; que la reine, qui était grosse alors , se portait bien , et devait se rendre incessamment à Fontainebleau. « Mandez-moi des nouvelles de « la ville, m'écrivait ce prince, le premier avril, a Je me porte bien ici, comme aussi font ma a femme, mon fils et mes autres enfans, qui sont « les plus jolis du monde, et me donnent bien du « plaisir ' . »
La reine y accoucha le ï6 avril, à onze heures
' « Il aimait, dit Péréfixe, tom ses enfans légitimes et na- «t turels avec une affection pareille, mais avec difTérentes con- « sidérations. Si ne voulait pas qu'ils l'appelassent Monsieur, « nom qui semble rendre les enfans étrangers à leui- père, et
LIVRÉ VmG-T-QUATRlèME. ^
du soir, d^ son second fils, auqiid. on donna dans la suite le nom de duc d'Orléans '. Sa majesté me le fit aussitôt savoir par un bille); que Montmar* tin m'apporta de sa part, et je reçus presque dans le même moment une seconde letti*e de sa main pour faire tirer le canon. Cette naissance redoubla la joie dans la famille royale. Le roi , qui avait compté revenir à Paris au commencement de mai, ne songea plus à s'éloigner de Fontainebleau , d'où il fit seulement un voyage pour voir madame de Moret.
La chasse y tenait toujours, comme à l'ordi* naire, un des premiers rangs parmi ses divertisse-» mens. Après l'exemple qu'on a que cet exercice a un attrait insurmontable pour une infinité de personnes ^ je n'ai garde de décider qu'il ne saurait être que très-médiocrement divertissant, parce qu'il ne l'est point du tout pour moi. Le récit que Praslin me faisait, de Fontainebleau, des parties de sa majesté, n'était assurément pas bien propre à me l'inspirer; il me mandait que le même jour sa majesté ,, après avoir chassé le matin à l'oiseau , avait fait une chasse du loup , et fini sa journée
« qui marque la servitude et la sujestion; mais qu'ils Tappelas- « sent papa, nom de tendresse et d'amour. »
' Il n'eut point de nom de baptême, parce qu'il mourut dans sa cinquième année, avant que les cérémonies de son baptême eussent été faites.
8 MÉMOIAES B£. SULLT.
par une troisième du cerf, qui avait duré jusqu'à la nuit, et malgré une pluie de trois ou quatre heures. On était alors à six grandes lieues du gîte: c'est de là qu'il fallut faire retraite , entièrement pénétrés d'eau, excepté le roi seul, qui changea de tout avant que de regagner Fontainebleau , où il arriva un peu fatigué à la vérité , mais avec cela gai et content, parce qu'il avait pris ce jour-là tout ce qu'il avait attaqué. Voilà ce que les princes appellent s'amuser; mais il ne faut disputer ni des goûts ni des plaisirs. Henri ne laissa pas, de s'occuper le lendemain , tout le matin , à visiter tous ses ouvriers, et à courir d'atelier en atelier. « Il « est vrai, ajoutait Praslin, qu'au retour du parc , « il se sentit un peu de fièvre; mais ce ne fut ce rien. » Pour ce prince, quand il m'écrivait sur ce sujet , c'était en vrai chasseur qui passe légèrement sur toutes ses fatigues, et appuie sur ce qu'il appelle ses bonnes fortunes. Il me mandait , par exemple, le 20 mai, qu'il avait chassé la veille avec le plus grand plaisir du monde , et sans avoir beaucoup de chaud, qu'il avait pris son cerf de bonne heure, était venu dîner à Ponthierry à dix heures, et revenu à deux et demie à Fontainebleau, où il avait rencontré la reine qui venait audevant de lui. Une autre fois : « Je viens de prendre « uo cerf avec grand chaud et grand plaisir.» Rien ne coûte de ce qui plaît.