CHAPITRE XXIV
Du choix des chefs de corps. — Rupture de l'armistice. — Le général Jomini. — Combat en Silésie sur le Bober. — Épisodes divers. — Douloureux échec.
L'empereur des Français avait divisé son armée en quatorze corps, dits d'infanterie, bien qu'ils eussent chacun une division ou au moins une brigade de cavalerie légère. Les généraux en chef furent : pour le premier corps, Vandamme; pour le 2% le maréchal Victor ; 3% maréchal Ney; 4% général Bertrand; 5% général Lauriston; 6% maréchal Marmont; 7% général Reynier; 8% prince Poniatowski; 9% maréchal Augereau; 10" (enfermé dans Danzig), le général Rapp; 11% maréchal Macdonald ; 12% maréchal Oudinot; 13% maréchal Davout; 14% maréchal Saint-Gyr; enfin la garde, sous les ordres directs de l'Empereur. La cavalerie était divisée en cinq corps ainsi commandés, savoir : le 1", par le général Latour- Maubourg; 2% général Sébastiani; 3% général Arrighi; 4% général Kellermann; 5% général Milhau. La cavalerie de la garde était sous les ordres du général Nansouty.
Si l'armée applaudit à quelques-uns de ces choix, tels que ceux de Davout, Ney, Augereau, Reynier et Saint- Cyr, elle regrettait de voir des commandements importants : à Oudinot, qui avait commis plus d'une erreur dans la campagne de Russie; à Marmont, qui par trop de précipitation venait de perdre la bataille des Arapiles; à Sébastiani, qui semblait au-dessous d'une telle tâche;
enfin, elle se plaignit que pour une campagne qui devait décider du sort de la France, l'Empereur essayât h^s talents stratégiques de Lauriston et de Bertrand. Le premier était un bon artilleur; le second, un excellent ingénieur; mais n'ayant ni l'un ni l'autre dirigé des troupes sur le terrain, ils étaient par conséquent dans l'impossibilité formelle de mener un corps d'armée.
Napoléon, se rappelant que lorsqu'il fut nommé général en chef de l'armée d'Italie, il n'avait encore commandé que quelques bataillons, ce qui ne l'empêcha pas de conduire une armée dès son début, crut probablement que Lauriston et Bertrand pourraient faire de même; mais les hommes universels comme Napoléon sont fort rares, et il ne pouvait espérer en rencontrer de tels dans ces nouveaux chefs de corps. C'est ainsi que l'affection personnelle qu'il vouait à ces généraux l'entraîna dans l'erreur qu'il avait déjà commise en confiant une armée à l'artilleur Marmont.
En vain on discutera sur ce point; l'histoire des guerres passées nous prouve que pour être général en chef, les théories ne suffisent pas, et que, à très peu, mais très peu d'exceptions près, il faut avoir servi dans les régiments d'infanterie ou de cavalerie et y avoir commandé comme colonel pour être à même de bien diriger des masses de troupes, car c'est un apprentissage que très peu d'hommes peuvent bien faire comme ofliciers généraux, surtout comme chefs d'armée. Jamais Louis XIY ne confia en rase campagne le commandement d'un corps de troupes au maréchal de Vauban, qui était cependant un des hommes les plus capables de son siècle, et, si on le lui eût offert, il est à présumer que Vauban l'eût refusé, pour s'en tenir à sa spécialité, Fattaque et la défense des places. Marmont, Bertrand et Lauriston n'eurent pas la même modestie, et raffectioii