DRESDE
armes, et deux autres divisions d'infanterie éprouvèrent le même sort.
Pendant que Murât battait ainsi la gauche des ennemis, leur aile droite était mise en déroute par la jeune garde, de sorte qu'à trois heures, la victoire était assurée, et les coalisés battaient en retraite vers la Bohême^
Dans cette deuxième et sanglante journée, les ennemis laissèrent sur le champ de bataille 18 drapeaux, 26 canons et 40,000 hommes, dont 20,000 prisonniers. La perte principale tomba sur l'infanterie autrichienne, qui eut deux généraux tués, trois blessés et deux faits prisonniers.
Il est à noter qu'à cette époque, les armes à percussion étant à peine connues, les fantassins de toutes les nations se servaient encore de fusils à pierre, dont le feu devenait à peu près impossible dès que la poudre de l'amorce était mouillée. Or, comme la pluie n'avait cessé de tomber pendant toute la journée, elle contribua beaucoup à la défaite de l'infanterie ennemie attaquée par nos cavaliers. Il se passa même, à ce sujet, un fait très remarquable.
Une division de cuirassiers, commandée par le général BordesouUe, se trouvant en présence d'une forte division d'infanterie autrichienne formée en carré, la fit sommer de se rendre. Le général ennemi s'y étant refusé, BordesouUe, s'avançant, lui fit observer que pas un des fusils de sa troupe n'était en état de tirer. L'Autrichien répondit que ses soldats se défendraient à la baïonnette avec d'autant plus d'avantage que les chevaux des Français, enfonçant dans la boue jusqu'aux jarrets, ne pourraient venir les choquer du coup de poitrail qui fait la force de la cavalerie. « Je vais foudroyer votre carré « avec mon artillerie!... — Mais vous n'en avez pas, « car elle est restée dans les boues! — Cependant, si je
MÉMOIRKS DU GÉNÉRAL DE MAnBOT.
« VOUS montre les canons placés derrière nnon premier « régiment, vous rendrez-vous? — Il le faudrait bien, « puisqu'il ne me resterait aucun moyen de défense ( »
Le général français fit alors avancer jusqu'à trente pas des ennemis une bMterie de six pièces dont les artilleurs, la lance à feu en main, s'apprêtaient à tirer sur le carré. A cette vue, le général autrichien et sa division mirent bas les armes.
La pluie ayant ainsi paralysé le feu de l'infanterie des deux armées et beaucoup ralenti la marche de la cavalerie, ce fut Partillerie qui, malgré la grande difficulté de se mouvoir sur un terrain détrempé par des pluies diluviennes, joua le rôle principal, surtout l'artillerie française, dont Napoléon avait fait doubler les attelages avec des chevaux momentanément retirés aux fourgons de l'administration qui étaient en sûreté dans la ville de Dresde ; aussi nos pièces de campagne firent-elles un grand ravage, et ce fut un de leurs boulets qui frappa Moreau.
La voix publique annonçait depuis quelque temps le retour en Europe de cet ancien et illustre général français, qu'elle assurait avoir pris du service parmi les ennemis de son pays; mais très peu de gens ajoutaient foi à ce bruit, qui fut cependant confirmé le soir de la bataille de Dresde d'une manière fort bizarre. Notre avant-garde poursuivait les ennemis en déroute, lorsque Tun de nos hussards apercevant à l'entrée du village de Notnitz un magnifique chien danois qui, d'un air inquiet, paraissait chercher son, maître, l'attire, s'en empare et lit sur son collier ces mots : « J'appartiens au général Moreau. » On apprend alors, par le curé du lieu, que le général Moreau vient de subir chez lui une double amputation; un boulet français, tombé au milieu de i'état-major de l'empereur de Russie, avait d'abord