ABANDON DE LEIPZIG
cette acimiraiion jusqu'à l'exagération, le général Pelet écrivit, quinze ans après la bataille, « que M. Odier, sousinspecteur aux revues, c'est-à-dire sous-intendant de « la garde impériale, lui a dit plusieurs fois qu'il était « présent lorsque dans la matinée (il ne spécifie point « de quel jour) l'Empereur donna l'ordre à un général « de l'état-major de suivre la construction des ponts et « le chargea spécialement de ce travail ». Le général Pelet ne fait pas connaître le nom de l'officier générai auquel l'Empereur aurait donné cet ordre; cependant, il eût été fort important de le savoir. ]M. Fain, secrétaire de Napoléon, dit, dans ses Mémoires^ « que l'Empereur ordonna d'établir dans les marais voi- « sins quelques nouveaux passages qui pussent faciliter « la traversée de ce long défilé ».
Je ne sais jusqu'à quel point l'histoire admettra la vérité de ces assertions posthumes; mais en les supposant véridiques, plusieurs auteurs pensent que le chef de l'armée française n'aurait pas dû se borner à donner un Oindre à un général d'état-major qui n'avait peut-être à sa disposition ni sapeurs ni le matériel nécessaire, et qu'il aurait fallu charger de l'établissement de nouveaux passages plusieurs officiers, et au moins un par régiment dans chaque corps d'armée, car il est constant que personne ne s'en occupa. Et en voici le véritable motif, qui ne fut alors connu que de bien peu de personnes.
L'tlmpereur av-ait pour chef d'état-major général le maréchal prince lioi thicr, qui ne l'avait pas quitté depuis la célèbre campagne d'Italie en 1796. C'était un homme capable, exact, dévoué, mais qui, ayant souvent éprouvé les effets de la colère impériale, avait conçu une telle crainte des boutades de Napoléon qu'il s'était promis de ne jamais prendre l'initiative sur rien, âc ne faire aucune question^ et de se borner à faire exécuter les ordres qu'il
recevait par écrit. Ce système, qui maintenait les bons rapports du major générai avec son chef, était nuisible aux intérêts de l'armée; car, quelles que fussent l'activité et les vastes capacités de l'Empereur, il était physiquement impossible qu'il vît tout et s'occupât de tout; et cependant, s'il oubliait quelque chose d'important, rien n'était fait.
Il paraît qu'il en fut ainsi à Leipzig, où, presque tour, les maréchaux et généraux chefs de corps d'armée ayant à plusieurs reprises, et notamment les deux derniers jours, fait observer à Berthier combien il était nécessaire d'établir de nombreux passages pour assurer la retraite en cas de revers, le major général leur avait constamment répondu : « L'Empereur ne l'a pas ordonné I » On ne put rien en obtenir; aussi, pas une poutrelle, pas une planche n'avaient été placées sur un ruisseau lorsqub, dans la nuit du 18 au 19, l'Empereur prescrivit de battre en retraite sur Weissenfels et la rivière de la Saale.
Les alliés avaient éprouvé de si grandes pertes que, sentant l'impossibilité de recommencer la lutte, ils n'osaient nous attaquer de nouveau et étaient sur le point de se retirer eux-mêmes, lorsque, apercevant les gros bagages de l'armée se diriger vers Weissenfels par Lindenau, ils comprirent que Napoléon se préparait à la retraite, et firent leurs préparatifs pour être à même de profiter des chances que ce mouvement pouvait amener en leur faveur.
Le moment le plus affreux d'une retraite, surtout pour un chef de corps, est celui où il faut se séparer des blessés qu'on est forcé d'abandonner à la pitié des ennemis, qui souvent n'en ont aucune ét pillent ou achèvent les malheureux trop fortement atteints pour suivre leurs camarades. Cependant, comme le pire de toutes choses est d'être laissé gisant sur la terre, je profitai de la nuit