LE CORPS D'OUDINOT
vraitpour amener Tarmée russe à une bataille décisive, mais sans pouvoir y parvenir, le corps d'Oudinot, après avoir passé la Dûna à Polotsk, s'établit en avant de cette ville, ayant en face de lui les nombreuses troupes du général Wittgenstein, formant Taile droite de 1 ennemi. Avant de rendre compte des événements qui se passèrent sur les rives de la Diina, je crois nécessaire de vous faire connaître la composition du 2' corps, dont je suivis tous les mouvements.
Le maréchal Oudinot, qui le commandait, n'avait d'abord sous ses ordres que 44,000 hommes répartis en trois divisions d'infanterie, dont les chefs étaient les généraux Legrand, Verdier et Merle, tous trois, et surtout le premier, excellents officiers. On remarquait parmi les généraux de brigade Albert et Maison. La cavalerie se composait d'une superbe division de cuirassiers et de lanciers, commandée par le général Doumerc, officier assez ordinaire, ayant sous ses ordres le brave général de brigade Berckheim. Deux brigades de cavalerie légère faisaient aussi partie du 2« corps. La première, composée des 23« et 24« de chasseurs, était commandée par le général Castex, excellent militaire sous tous les rapports. La seconde, formée par les 7" et 20" de chasseurs et le 8^ de lanciers polonais, était aux ordres du général Corbineau, homme brave, mais apathique. Ces deux brigades n'étaient pas réunies en division; le maréchal les attachait, selon les besoins, soit aux divisions d'infanterie, soit à l'avant-garde ou à l'arrière-garde. Ce système présentait de grands avantages.
Le 24" de chasseurs, avec lequel mon régiment était de brigade, était on ne peut mieux composé et eût rendu de grands services si la sympathie et l'union eussent existé entre les soldats et leur chef. Malheureusement,
le colonel A...' se montrait fort dur pour ses subordonnés, qui, de leur côté, étaient assez mal disposés pour lui. Cet état de choses avait décidé le général Castcx à marcher et à camper avec le 23" de chasseurs, et à réunir sa cuisine de campagne à la mienne, bien qu'il eût servi dans le 24^ Le colonel A..., grand, adroit, toujours parfaitement monté, se montrait généralement bien dans les combats à l'arme blanche, mais passait pour aimer moins les combats de mousqueterie et d'artillerie. Malgré tout, l'Empereur appréciait chez ce chef de corps une qualité qu'il possédait au plus haut degré, car c'était incontestablement le meilleur officier de cavalerie légère de toutes les armées de l'Europe. Jamais on ne vit un lact plus fin, un coup d'œil qui explorât le pays avec autant de justesse; aussi, avant de parcourir une contrée, il devinait les obstacles que les cartes ne signalaient pas, prévoyait les points où devaient aboutir les ruisseaux, les chemins, les moindres sentiers, et il tirait des mouvements de l'ennemi des prévisions qui se réalisaient pr esque toujours. Sous le rapport de la petite comme de la grande guerre, M. A... était donc un officier des plus remarquables. L'Empereur, qui l'avait fréquemment employé à des reconnaissances dans des campagnes précédentes, l'avait signalé au maréchal Oudinot, qui l'appelait même souvent dans son conseil, d'oii il résultait forcément que bien des corvées et de périlleuses missions retombaient sur mon régiment.
' L'officier désigné par la lettre A*** dans le manuscrit est le colonel Ameil. Nous en rétablissons le noui sur la demande de ses petits-fîls. Les rapports du colonel Ameil et du colonel du 23* de chasseurs étaient des plus tendus, et semblent témoigner de ces rivalités entre chefs de corps si fréquentes alors dans nos armées.