LA MOSKOVA
guerre : un fort immense défendu par une nombreuse artillerie et plusieurs bataillons, attaqué et pris par une colonne de cavalerie!... En effet, Caulaincourt, s'élançant avec une division de cuirassiers en téte de laquelle marchait le 5» régiment de cette arme, commandé par l'intrépide colonel Christophe, culbute tout ce qui défend les approches du fort, arrive à la porte, pénètre dans rintéi ieur et tombe mort, frappé d'une balle à la tête I... Le colonel Christophe et ses cavaliers vengèrent leur général en passant une partie de la garnison au fd de leurs sabres. Le fort resta en leur pouvoir, ce qui acheva d'assurer la victoire aux Français.
Aujourd'hui, où la soif de l'avancement est devenue insatiable, on s'étonnerait qu'après un aussi beau fait d'armes un colonel ne reçût pas d'avancement; mais sous l'Empire, l'ambition était plus modérée. Christophe ne devint général que plusieurs années après et ne témoigna aucun mécontentement de ce retard.
Les Polonais, ordinairement si braves, et notamment ceux organisés depuis cinq ans dans le grand-duché de Varsovie sous les ordres du prince Poniatowski, agirent si mollement que l'Empereur leur fit adresser des reproches par son major général. Le général Rapp reçut à la Moskova sa vingt et unième blessure!
Bien que les Russes eussent été battus et forcés de s'éloigner du champ de bataille , leur généralissime Koutousoff eut V outrecuidance d'écrire à l'empereur Alexandre qu'il venait de remporter une grande victoire sur les Français f Cette fausse nouvelle étant arrivée à Saint-Pétersbourg le jour de la fête d'Alexandre, y causa une joie des plus vives I... On chanta le Te Deum; Koutousoff fut proclamé sauveur de la patrie et nommé feld-maréchal. Cependant, la vérité fut bientôt connue; l'allégresse se changea en deuil; mais
KouLousofî était feld-maréchal t C'était ce qu'il voulait. Tout autre que le timide Alexandre eût sévèrement puni ce grossier mensonge du nouveau maréchal : mais on avait besoin de Koutousoif; il resta donc à la tête de l'armée.