‹ Mémoires du général Bon de Marbot (volume 2)Chapitre 62 sur 176 · LE COMTE LUBENSKI · texte numérisé non relu

LE COMTE LUBENSKI

Castex et la partie de mon régiment que j'y avais laissée. Mon expédition avait duré treize jours, pendant lesquels nous avions éprouvé bien des fatigues, quelques privations; mais je ramenais mon monde en bon état. Nous n'avions pas combattu, car les petits groupes d'ennemis que nous avions aperçus s'étaient tous enfuis en nous voyant.

Le trajet que le comte Lubenski avait fait avec nou > m'avait mis à même de le juger et de l'apprécier. C'était un homme fort instruit, capable, aimant son pays pardessus tout, mais dont l'exaltation faussait quelquefoi-: le jugement lorsqu'il s'agissait de choisir les moyenc de reconstituer la Pologne. Néanmoins, si tous sec compatriotes avaient partagé son ardeur et eussent pri : les armes à l'arrivée des Français, la Pologne eût peutêtre recouvré son indépendance en 1812; mais, à peu d'exceptions près, ils restèrent tous dans la plus profonde apathie.

En s'éloignant de Polotsk, le comte alla prendre possession de sa préfecture. 11 ne la garda pas longtemps, car un mois s'était à peine écoulé que l'armée française, après avoir quitté Moscou, traversait la province de Witepsk en effectuant sa retraite. Forcé, par ce fatal événement, d'abandonner sa préfecture et de se soustraire à la vengeance des Russes, le comte Lubenski se réfugia dans la Galicie, en Pologne autrichienne, où il possédait de très grands biens. Il y vécut en paix jusqu'en 1830, époque à laquelle il revint dans la Pologne russe, lorsqu'elle prit les armes contre le Czar. J'ignore quelle a été la destinée du comte Lubenski pendant et après ce soulèvement. Plusieurs de ses compatriotes m'ont assuré qu'il s'était de nouveau retiré sur ses terres de Galicie. C'était un grand patriote et un excellent homme.

Peu de jours après notre retour à Louchonski, je fus grandement surpris en voyant arriver de France un détachement de trente cavaliers de mon régiment. Us venaient de Mons et avaient par conséquent traversé la Belgique, les provinces rhénanes, toute l'Allemagne, une partie de la Prusse, de la Pologne, et parcouru plus de 400 lieues sous le commandement d'un simple sousofficier. Cependant, pas un homme n'était resté en arrière et pas un cheval n'était blessé!... Cela suffirait pour démontrer le zèle et le bon esprit dont le 23« de chasseurs était animé.

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