‹ Mémoires du général Bon de Marbot (volume 3)Chapitre 100 sur 117 · TOUR DE PAGE · texte numérisé non relu

TOUR DE PAGE

dormant, et ses cantines devant arriver sous peu» il trouverait à déjeuner en s'éveillant, tandis qu'on nous lancerait à cheval dans toutes les directions, sans s'informer si nous avions de quoi manger; qu'en conséquence, nous pouvions, sans trop charger nos consciences, croquer ce que contenait le panier; ainsi fut fait en un instant... Je ne sais si l'on peut excuser ce tour de page; mais ce qu'il y a de certain, c'est que j'ai fait peu de repas aussi agréables!...

Pendant que les troupes qui venaient de se battre à Golymin faisaient cette halte, Napoléon et toute sa garde erraient dans la plaine, parce que, dès le commencement de l'action, l'Empereur, averti par la canonnade, ayant précipitamment quitté le château où il était établi à deux lieues de Golymin, espérait pouvoir se joindre à nous en se dirigeant à vol d'oiseau vers l'incendie; mais le terrain était si détrempé, la plaine tellement coupée de marécages, et le temps si affreux, qu'il employa toute la nuit à faire ces deux lieues et n'arriva sur le champ de bataille que bien longtemps après que l'alTaire était terminée.

Le jour même du combat de Golymin, le maréchal Lannes, n'ayant avec lui que vingt mille hommes, combattit à Pultusk quarante -deux mille Russes, qui se retiraient devant les autres corps français, et leur ût éprouver des pertes immenses, mais sans pouvoir les empêcher de passer, tant les forces ennemies étaient supérieures à celles que Lannes pouvait leur opposer. Pour que l'Empereur fût en état de poursuivre les Russes, il aurait fallu que la gelée raffermît le terrain, qui se trouvait au contraire tellement mou et délayé, qu'on y enfonçait à chaque pas et qu'on vit plusieurs hommes, notamment le domestique d'un ofQcier du 7* corps, se noyer, eux et leurs chevaux, dans la bouel...

Il devenait donc impossible de faire mouvoir TartiUerie et de s'engager plus loin dans ce pays inconnu; d'ailleurs, les troupes manquaient de vivres ainsi que de chaussures, et leur fatigue était extrême. Ces considérations décidèrent Napoléon à leur accorder quelques jours de . repos, en cantonnant toute l'armée en avant de la Vistule, depuis les environs de Varsovie jusqu'aux portes de Danzig. Les soldats, logés dans les villages, furent enfin à l'abri du mauvais temps, reçurent leurs rations et purent raccommoder leurs effets.

L'Empereur retourna i Varsovie pour y préparer une nouvelle campagne. Les divisions du corps d'Augereau furent réparties dans les villages autour de Plusk, si on peut donner ce nom à un amas confus d'ignobles baraques habitées par de sales Juifs; mais presque toutes les prétendues villes de Pologne sont ainsi bâties et peuplées, les seigneurs, grands et petits, se tenant constamment i la campagne, où ils font valoir leurs terres en y employant leurs paysans.

Le maréchal se logea à Ghristka, espèce de château construit en bois selon la coutume du pays. Il trouva dans ce manoir un appartement passable; les aides de camp se placèrent comme ils purent dans les appartements et dans les granges. Quant à moi, à force de ' fureter, je découvris chez le jardinier une assez bonne chambre garnie d'une cheminée; je m'y établis avec deux camarades, et laissant au jardinier et à sa famille leurs lits fort peu ragoûtants, nous en formâmes avec des planches et de la paille, sur lesquels nous fûmes très bien.

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