‹ Mémoires du général Bon de Marbot (volume 3)Chapitre 116 sur 117 · CONTREBANDE FORCÉE. S · texte numérisé non relu

CONTREBANDE FORCÉE. S

était saisie, à déclarer comment elle avait été mise dans ma calèche, et par qai le cachet du 7* léger avait été apposé sur Tenveloppe, car je voulais me préserver de la colère de l'Empereur. Cependant, comme ce moyen de défense aurait compromis l'Impératrice, je pensai qu'il n'en fallait user qu'à la dernière extrémité et faire tout ce qui dépendrait de moi pour que ma calèche ne fût pas visitée. Le hasard et un petit subterfuge me tirèrent de ce mauvais pas; voici comment.

J'arrivais tout soucieux au pont du Rhin qui sépare TAllemagne de Mayence, et mon inquiétude était augmentée par une grande réunion de chefs de la douane, d'ofûciers et de troupes en grande tenue qui attendaient à ce poste avancé, lorsque le factionnaire ayant , selon l'usage, arrêté ma voiture, deux hommes se présentent simultanément aux deux portières, savoir, un douanier pour procéder à la visite, et un aide de camp du maréchal Kellermann, commandant à Mayence, pour s'informer si l'Empereur arriverait bientôt. — Voilà qui est parfait, me dis-je à part moi, et feignant de ne pas voir le douanier inquisiteur, je réponds à l'aide de camp : c L'Empereur me suitl .. » Je ne mentais point, il me suivait, mais à deux jours de distance... ce que je jugeai inutile d'ajouter I...

Mes paroles ayant été entendues de tous les assistants, les jetèrent dans un fort grand émoi. L'aide de camp s'élance à cheval, traverse le pont au galop, au risque de se précipiter dans le Rhin, et court prévenir le maréchal Kellermann. La garde prend les armes ; les douaniers et leurs chefs cherchent à se placer le plus militairement possible pour paraître convenablement devant l'Empereur, et, comme ma voiture les gênait, ils disent au postillon de filer... et me voilà hors des griffes de ces messieurs!... Je gagne la poste et fais promptement

3HI UtBOIBBS on CtlIÉRAL Dl MARBOT.

ctuDger de cheraox; mais, pendant qu'on j procède, UD orage Traiment épouvantable éclate sur Mayence, la plaie tombait & torrents t... II était cinq heures da soir; c'était le moment de dtner; mais i la nouvelie de l'arrivée prochaine de l'Empereur, la générale hat dans toute la ville. A ce signal, maréchal, généraux, préfet, maire, autoritéi civiles et militaires, chacun, jetant la serviette, g'empreeae d'endosser son plus beau costume et de se rendre à son poste sons une pluie battante, et à travers les ruisseaux qui débordaient dans toutes les rues, tandis que moi, caose de cet immense houjrari, je riais comme un fou en m'éloignant an galop de trois bons chevaux de postet... Mais aussi, pourquoi l'Impératrice, désobéissant à son auguste époux, voulait-elle porter des robes d'étofTcs prohibées? Pourquoi un colonel glissait-il, & mon insu, de la contrebande dans ma calèche? La ruse dont je me servis me paratt donc excusable. Nous étions, du reste, au mois de juin, de sorte que le bain que je Us prendre à tous les fonctionnaires de Hnyence ne fut nuisible qu'à leurs habitsl Je me trouvais & plus de deux lieues de Mayence, que j'entendais encore le bruit des tambours, et je sns depuis qne les autorités étaient restées toute la nuit sur pied, et que l'Empereur n'était arrivé que deux jours après I... Hais, comme il était survenu un accident à sa voiture, les bons Mayençais purent attribuer à cela le retard dont leurs beaux habits furent viclimes.

J'avançais rapidement et joyeusement vers Paris, lorsqu'un événement très désagréable vint interrompre ma course et changer ma joie en mécontentement. Vous savez que lorsqu'un souverain voyage, on ne pourrait atteler les nombreuses voitures qui précèdent ou suivent la sienne, si on ne renforçait leurs reluis par des chevaux dits de touméti qu'on fait venir des postes établies

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