‹ Mémoires du général Bon de Marbot (volume 3)Chapitre 86 sur 117 · JACTANCE DES PRUSSIENS · texte numérisé non relu

JACTANCE DES PRUSSIENS

noblesse, l'armée, la population entière, demander la guerre à grands cris. Le Roi se laissa entraîner; mais comme, bien que décidé à rompre la paix, il conservait encore un faible espoir d'éviter les hostilités, il parait que dans sa réponse à l'Empereur il s'engageait à désarmer, si celui-ci ramenait en France toutes les troupes qu'il avait en Allemagne, ce que Napoléon ne voulait faire que lorsque la Prusse aurait désarmé, de sorte que l'on tournait dans un cercle vicieux d'où l'on ne pouvait sortir que par la guerre.

Avant mon départ de Berlin, je fus témoin du délire auquel la haine de Napoléon porta la nation prussienne, ordinairement si calme. Les officiers que je connaissais n'osaient plus me parler ni me saluer; plusieurs Français furent insultés par la populace; enfin les gendarmes de la garde noble poussèrent la jactance jusqu'à venir aiguiser les lames de leurs sabres sur les degrés en pierre de l'hôtel de l'ambassadeur français I... Je repris en toute hâte la route de Paris, emportant avec moi de nombreux renseignements sur ce qui se passait en Prusse. En passant à Francfort, je trouvai le maréchal Augereau fort triste; il venait d'apprendre la mort de sa femme, bonne et excellente personne qu'il regretta beaucoup, et dont la perte fut sentie par tout l'état-major, car elle avait été excellente pour nous.

Arrivé à Paris, je remis à l'Empereur la réponse autographe du roi de Prusse. Après l'avoir lue, il me questionna sur ce que j'avais vu à Berlin. Lorsque je lui dis que les gendarmes de la garde étaient venus aiguiser leurs sabres sur l'escalier de l'ambassade de France, il porta vivement la main sur la poignée de son épée et s'écria avec indignation : c Les insolents fanfac rons apprendront bientôt que nos armes sont en bon c étatl... >

284 MÉMOrnSS DU GÉNÉRAL DV MARnOT.

Ha mission étant dès lors terminée, je retournai auprès du maréchal Augereau et passai tout le mois de septembre à Francfort, où nous nous préparâmes à la guerre en continuant à nous amuser le plus possible, car nous pensions que rien n'étant plus incertain que la vie des militaires, ils doivent s'empresser d'en jouir.

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