LA COUR ROYALE DE PRUSSE
sèment de prédilection. Du reste, sa personne était rènriplic de grâce, et sa physionomie spirituelle et majestueuF e exprimait une volonté ferme. Je fus reçu très gracieusement, et comme la réponse que je devais rapporter à TEmpereur se fit attendre plus d'un mois, tant il paraît qu'elle était difficile à faire, la Reine voulut bien minviter aux fêtes et bals qu'elle donna pendant mon séjour.
De tous les membres de la famille royale, celui qui me traita avec le plus de bonté, du moins en apparence, fut le prince Louis, neveu du Roi. On m'avait prévenu qu'il exécrait les Français et surtout leur empereur; mais comme il aimait passionnément l'état militaire, il me questionnait sans cesse sur le siège de Gênes, les batailles de Marengo et d'Austerlitz, ainsi que sur l'organisation de notre armée. Le prince Louis de Pruèse était un homme superbe, et sous le rapport de l'esprit, des moyens et du caractère, c'était de tous les membres de la famille royale le seul qui eût quelque ressemblance avec le grand Frédéric. Je fis connaissance avec plusieurs personnes de la Cour, et surtout avec des officiers que je suivais tous les jours à la parade et aux manœuvres. Je passais donc mon temps fort agréablement à Berlin, où notre ambassadeur me comblait de prévenances; mais je finis par m'apercevoir qu'il voulait me faire jouer dans une affaire délicate un rôle qui ne pouvait me convenir, et je devins très réservé.
Mais examinons la position de la Prusse vis-à-vis de Napoléon. Les dépêches que j'apportais y avaient trait, ainsi que je l'ai su plus tard.
En acceptant de Napoléon le don de Télectorat du Hanovre, patrimoine de la famille régnante d'Angleterre, le cabinet de Berlin s'était aliéné non seulement le parti antifrançais, mais aussi presque toute la nation prussienne. L'amour-propre allemand se trouvait en effet
blessé des succès remportés par les Français sur les Autrichiens^ et la Prusse craignait aussi de voir son commerce ruiné par suite de la guerre que le cabinet de Londres venait de lui déclarer. La Reine et le prince Louis cherchaient à profiter de cette effervescence des esprits pour amener le Roi à faire la guerre à la France, en se joignant à la Russie, qui, bien qu'abandonnée par l'Autriche, espérait encore prendre sa revanche de sa défaite d'Austerlitz. L'empereur Alexandre était encore entretenu dans ses projets contre la France par un Polonais, son aide de camp favori, le prince Gzartoryski.
Cependant le parti antifrançais, qui s'augmentait tous les jours, n'avait encore pu déterminer le roi de Prusse à rompre avec Napoléon; mais se sentant appuyé par la Russie, ce parti redoubla d'efforts, et profita habilement des fautes que commit Napoléon en plaçant son frère Louis sur le trône de Hollande, et en se nommant luimême protecteur de la Confédération du Rhin, acte qu'on présenta au roi de Prusse comme un acheminement au rétablissement de l'empire de Charlemagne. Napoléon voulait, disait-on, en finir, pour faire descendre tous les souverains d'Allemagne au rang de ses vassaux!... Ces assertions, fort exagérées, avaient néanmoins produit un grand changement dans l'esprit du Roi, dont la conduite avec la France devint dès lors tellement équivoque, qu'elle détermina Napoléon à lui écrire de sa main, et sans suivre la marche habituelle de la diplomatie, pour lui demander : « Êtes-vous pour ou contre moi?... » Tel était le sens de la lettre que j'avais remise au Roi. Son conseil, voulant gagner du temps pour compléter les armements, fit retarder la réponse, et ce fut la cause qui me retint si longtemps à Berlin.
Enfin, au mois d'août, une explosion générale eut lieu contre la France, et l'on vit la Reine, le prince Louis, la