‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 4)Chapitre 124 sur 155 · POURSUITE DE L'ENNEMI · texte numérisé non relu

POURSUITE DE L'ENNEMI

avec force, il me fait perdre l'équilibre. Ma selle tourne sous le ventre du cheval, et me voilà une jambe en l'air et la tête en bas, pendant que le Saxon, s'éloignant au triple galop, va rejoindre les débris de l'armée ennemie. J'élais furieux, tant de la position dans laquelle je me trouvais que de l'ingratitude dont cet étranger payait mes bons procédés^ aussi, dès que l'armée saxonne fut prisonnière, j'allai chercher mon officier de housards afin de lui administrer une bonne leçon; mais il avait disparut...

J'ai dit que notre nouvel allié, le grand-duc de Hesse- Darmstadt, avait réuni ses troupes à celles de l'Empereur. Cette brigade, attachée au 7« corps, avait des uniformes absolument pareils à celui des Prussiens; aussi plusieurs Hessois furent-ils blessés ou tués pendant l'action. Le jeune heutenant de Stoch, mon ami, était sur le point d'avoir le même sort, et déjà nos housards s'étaient emparés de lui, lorsque, m'ayant reconnu, il m'appela, et je le fis relâcher

L'Empereur combla de bienfaits le curé d'Iéna, et l'électeur de Saxe, devenu roi, par suite des victoires de Napoléon son nouvel allié, récompensa aussi ce prêtre, qui vécut fort tranquillement jusqu'en 1814, époque à laquelle il se réfugia en France pour échapper à la vengeance des Prussiens. Ceux-ci l'y firent enlever et l'enfermèrent dans une forteresse où il passa deux ou trois ans. Enfin, le roi de Saxe ayant intercédé en faveur du curé auprès de Louis XVIII, celui-ci réclama le prêtre comme ayant été arrêté sans autorisation, et les Prussiens ayant consenti à le relâcher, il vint s'établir à Paris.

L'Empereur, victorieux à léna, ayant ordonné de poursuivre les ennemis dans toutes les directions, nos colonnes firent un nombre infini de prisonniers. Le roi

3 oc MÉMOIRES DU GÉNÉRAL DE MARBOT.

de Prusse ne parvint qu'à grand'peine à gagner Magdebourg, puis Berlin, et l'on prétend même que la Reine fut sur le point de tomber au pouvoir des coureurs de notre avant-garde.

Le corps d'Augereau passa l'Elbe auprès de Dessau II serait trop long de raconter les désastres de l'armée prussienne, il suffit de dire que des troupes qui avaient marcbé contre les Français, pas un bataillon ne parvint à s'échapper, ils furent tous pris avant la fin du mois, Les forteresses de Torgau, Erfurt et Wittemberg ouvrirent leurs portes aux vainqueurs, qui, franchissant l'Elbe sur plusieurs points, se dirigèrent vers Berlin Napoléon s'étant arrêté à Potsdam, y visita le tombeau du grand Frédéric, puis il se rendit à Berlin, où, contre son habitude, il voulut faire une entrée triomphale. Le corps du maréchal Davout marchait en tète du cortège; cet honneur lui était bien dû. car il avait plus combattu que les autres. Venait ensuite le corps d'Augereau, puis la garde.

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