‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 4)Chapitre 32 sur 155 · PREMIERS FAITS D'ARMES · texte numérisé non relu

PREMIERS FAITS D'ARMES

de cheval, le militaire le plus élevé en grade était après lui le maréchal des logis Canon, beau jeune homme, ayant beaucoup de moyens, d'instruction, et surtout d'assurance.

Le général Seras, à la tête de sa division, se porta le lendemain sur le mont Santo-Giacomo, que nous trouvâmes couvert de neige et sur lequel nous bivouaquâmes. On devait, le jour suivant, marcher en avant avec la presque certitude de trouver les ennemis; mais quel en serait le nombre?... C'est ce que le général ignorait complètement, et comme les ordres du général en chef lui prescrivaient de reconnaître la position des Autrichiens sur ce point de la ligne, mais avec défense d'engager le combat s'il trouvait les ennemis en force, le général Seras avait réfléchi qu'en portant sa division d'infanterie en avant au milieu des montagnes, où souvent on n'aperçoit les colonnes que lorsqu'on se trouve en face d'elles au détour d'une gorge, il pourrait être amené, malgré lui, à un combat sérieux contre des forces supérieures et obligé de faire une retraite dangereuse. Il avait donc résolu de marcher avec précaution et de lancer à deux ou trois lieues en avant de lui un détachement qui pût sonder le pays et surtout faire quelques prisonniers, dont il espérait tirer d'utiles renseignements, car les paysans ne savaient ou ne voulaient rien dire. Mais, comme le général sentait aussi qu'un détachement d'infanterie serait compromis s'il l'envoyait trop loin, et que, d'ailleurs, des hommes à pied lui apporteraient trop tard les nouvelles qu'il désirait ardemment savoir, ce fut aux cinquante housards qu'il donna la mission daller à la découverte et d'explorer le pays. Or, comme la contrée est fort entrecoupée, il remit une carte à notre sous-officier, lui donna toutes les instructions écrites et de vive voix, en présence du

détachement, et nous fit partir deux heures avant le jour, en nous répétant quïl fallait absolument marcher jusqu'à ce que nous aj^ons joint les avant-postes ennemis, auxquels il désirait vivement qu'on pût enlever quelques prisonniers.

M. Canon disposa parfaitement son détachement. Il plaça une petite avant-garde, mit des éclaireurs sur les ilancs, et prit enfin toutes les précautions d'usage dans la guerre de partisans. Arrivés à deux lieues du camp que nous venons de quitter, nous trouvons une grande auberge. Notre sous-officier questionne le maître et apprend qu'à une forte heure de marche nous rencontrerons un corps autrichien, dont il ne peut déterminer la force. mais il sait que le régiment qui est en tête est composé de housards très méchants, qui ont maltraité plusieurs habitants de la contrée.

Ces renseignements pris, nous continuons notre marche. Mais à peine étions-nous à quelques centaines de pas, que M. Canon se tord sur son cheval, en disant qu'il soufi're horriblement, et qu'il lui est impossible d'aller plus loin, et il remet le commandement du détachement au sous-officier Pertelay aîné, le plus ancien après lui. Mais celui-ci fait observer qu'étant Alsacien, il ne sait pas lire le français, et ne pourra par conséquent rien connaître à la carte qu'on lui donne, ni rien comprendre aux instructions écrites données par le général : il ne veut donc pas du commandement. Tous les autres sousofficiers, anciens Bercheny aussi peu lettrés que Pertelay, refusent pour les mêmes motifs; il en est de même des brigadiers. En vain, pour les décider, je crus devoir offrir de lire les instructions du général et d'expliquer notre marche sur la carte à celui des sous-officiers qui voudrait prendre le commandement: ils refusèrent de nouveau, et, à ma grande surprise, toutes ces vieilles

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