‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 4)Chapitre 54 sur 155 · ÉTAT-MAJOR DE BERNADOTTE · texte numérisé non relu

ÉTAT-MAJOR DE BERNADOTTE

Gérard, Maison, Villatte et Maurin. Le plus remarquable était incontestablement Gérard. Il avait beaucoup de moyens, de la bravoure et un grand instinct de la guerre. Se trouvant sous les ordres du maréchal Grouchy le jour de la bataille de Waterloo, il lui donna d'excellents conseils qui auraient pu nous assurer la victoire. Maison devint maréchal, puis ministre de la guerre sous les Bourbons. Villatte fut général de division sous la Restauration; il en fut de même de Maurin. Les autres aides de camp de Bernadotte étaient les chefs d'escadron Ghalopin, tué à Austerlitz, Mergey, qui devint général de brigade; le capitaine Maurin, frère du colonel, devint lui-même général de brigade, de même que le sous-lieutenant Villatte. Mon frère Adolphe, qui fut général de brigade, complétait les aides de camp titulaires; enfin, Maurin, frère des deux premiers, qui devint colonel, et moi, étions tous deux aides de camp surnuméraires. Ainsi, sur onze aides de camp attachés à l'état-major de Bernadotte, deux parvinrent au grade de maréchal, trois à celui de lieutenant général, quatre furent maréchaux de camp, et un mourut sur le champ de bataille.

Dans l'hiver de 1800, le Portugal, soutenu par l'Angleterre, ayant déclaré la guerre à l'Espagne, le gouvernement français résolut de soutenir celle-ci. En conséquence, il envoya des troupes à Bayonne, à Bordeaux, et réunit à Tours les compagnies de grenadiers de nombreux régiments disséminés en Bretagne et en Vendée. Ce corps d'élite, fort de 7 à 8,000 hommeS; devait former la réserve de l'armée dite de Portugal, dont Bernadotte était destiné à avoir le commandement. Ce général devait porter son quartier général à Tours, où l'on envoya ses chevaux et ses équipages, ainsi que tous ceux destinés aux officiers attachés à sa personne;

mais le général, tant pour prendre les derniers ordres du premier Consul que pour reconduire Mme Bernadotte, devait se rendre à Paris, et comme en pareil cas il est d'usage que pendant l'absence du général les officiers de son état-major obtiennent la permission d'aller faire leurs adieux à leurs parents, il fut décidé que tous les aides de camp titulaires pourraient se rendre à Paris, et que les surnuméraires accompagneraient les équipages à Tours, afin de surveiller les domestiques, les payer chaque mois, s'entendre avec les commissaires des guerres pour les distributions de fourrages et la répartition des logements de ce grand nombre d'hommes et de chevaux. Cette désagréable corvée tomba donc sur le lieutenant Maurin et sur moi, qui n'avions pas l'avantage d'être aides de camp titulaires. Nous fîmes au plus fort de Ihiver et à cheval, par un temps affreux, les huit longues journées d'étape qui séparent Rennes de Tours, où nous eûmes toutes sortes de peines à établir le quartier général. On nous avait dit qu'il n'y resterait tout au plus que quinze jours, mais nous y restâmes six grands mois à nous ennuyer horriblement, tandis que nos camarades se divertissaient dans la capitale. Ce fut là un avant-goût des désagréments que j'éprouvai à être aide de camp surnuméraire. Ainsi se termina l'année 1800, pendant laquelle j'avais éprouvé tant de peines morales et physiques.

La ville de Tours était alors fort bien habitée; on aimait à s'y divertir, et bien que je reçusse de nombreuses invitations, je n'en acceptai aucune. L'attention que j'apportais à surveiller la grande quantité dhommes et de chevaux me donnait heureusement beaucoup d'occupation; sans quoi l'isolement dans lequel je vivais m'eût été insupportable. Le nombre des chevaux

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