‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 108 sur 178 · DRESDE · texte numérisé non relu

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armes, et deux autres divisions d'infanterie éprouvèrent le même sort.

Pendant que Murât battait ainsi la gauche des ennemis, leur aile droite était mise en déroute pai' la jeune garde, de sorte qu'à trois heures, la victoire était assurée, et les coalisés battaient en retraite vers la Bohême.

Dans cette deuxième et sanglante journée, les ennemis laissèrent sur le champ de bataille 18 drapeaux, 26 canons et 40.000 hommes, dont 20.000 prisonniers. La perte principale tomba sur l'infanterie autrichienne, qui eut deux généraux tués, trois blessés et deux faits prisonniers.

Il est à noter qu'à cette époque, les armes à percussion étant à peine connues, les fantassins de toutes les nations se servaient encore de fusils à pierre, dont le feu devenait à peu près impossible dès que la poudre de l'amorce était mouillée. Or, comme la pluie n'avait cessé de tomber pendant toute la journée, elle contribua beaucoup à la défaite de Tinfanterie ennemie attaquée par nos cavaliers. Il se passa même, à ce sujet, un fait très remarquable.

Une division de cuirassiers, commandée par le général Bordesoulle, se trouvant en présence d'une forte division d'infanterie autrichienne formée en carré, la fit sommer de se rendre. Le général ennemi s'y étant refusé, Bordesoulle, s'avançant, lui fit observer que pas un des fusils de sa troupe n'était en état de tirer. L'Autrichien répondit que ses soldats se défendraient à la baïonnette avec d'autant plus davantage que les chevaux des Français, enfonçant dans la boue jusqu'aux jarrets, ne pourraient venir les choquer du coup de poitrail qui fait la force de la cavalerie. « .le vais foudroyer votre carré « avec mon artillerie!... — Mais vous n'en avez pas, « car elle est restée dans les boues! — Cependant, si je

lU. 1»

1 VOUS montre les canons placés deiiiere mon premier « régiment, vous rendrez-vous? — Il le faudrait bien, « puisqu'il ne me resterait aucun moyen de défense ! »

Le général français Ut alors avancer jusqu'à trente pas des ennemis une batterie de six pièces dont les artilleurs, la lance à feu en main, s'apprêtaient à tirer sur le carré. A cette vue, le général autrichien et sa division mirent bas les armes.

La pluie ayant ainsi paralysé le feu de l'infanterie des deux armées et beaucoup ralenti la marche de la cavalerie, ce fut l'artillerie qui, malgré la grande difficulté de se mouvoir sur un terrain détrempé par des pluies diluviennes, joua le rôle principal, surtout l'artillerie française, dont Napoléon avait fait doubler les attelages avec des chevaux momentanément retirés aux fourgons de l'administration qui étaient en sûreté dans la ville de Dresde; aussi nos pièces de campagne firent-elles un grand ravage, et ce fut un de leurs boulets qui frappa Moreau.

La voix publique annonçait depuis quelque temps le retour en Europe de cet ancien et illustre général français, qu'elle assurait avoir pris du service parmi les ennemis de son pays; mais très peu de gens ajoutaient foi à ce bruit, qui fut cependant confirmé le soir de la bataille de Dresde d'une manière fort bizarre. Notre avanl-garde poursuivait les ennemis en déroute, lorsque lun de nos hussards apercevant à lenlrée du village de Nutnitz un magnifique chien danois qui, d'un air inquiet, paraissait chercher son maître, l'attire, s'en empare et lit sur son collier ces mots : « J'appartiens au généj-al Moreau. » Un apprend alors, par le curé du lieu, que le général Moreau vient de subir chez lui une double anqjulalion; un boulet fraii(;ais, tombé au milieu de i'état-major de lempereur de Russie, avait d'abord

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