CHAPITRE XXX
SituatioQ critique. — Défaut de prévoyance dans l'organisation de la retraite. — Adieux du roi de Saxe. — Magnanimité exagérée de Napoléon. — Les alliés pénétrent dans Leipzig. — Ruptuie prématm-ée du pont du l'Elster. — Quel fut le sort de mon régiment.
Le calme de la nuit ayant enfin succédé dans les champs de Leipzig à la terrible bataille dont ils venaient d'être témoins, les chefs des deux partis purent examiner leur position.
Celle de l'empereur Napoléon était la plus défavorable : en effet , si l'on a hlàmé ce grand homme de ne s'être pas retiré derrière la Saale huit jours avant la bataille lorsqu'il pouvait encore éviter de compromettre le salut de son armée, autour de laquelle des forées infiniment plus nombreuses que les siennes allaient former un grand cercle de fer, à plus forte raison beaucoup de militaires ont-ils désapprouvé les opérations de l'Empereur, lorsqu'à Leipzig il se laissa complètement cerner sur le champ de bataille par les ennemis. Je dis complètement, car le 18. à onze heures du matin, le corps autrichien de Lichtenstein s'étant emparé du village de Kleinzschocher.sur la rive gauche de l'Elster, il fut un moment où la route de Leipzig à "Weissenfels. seule retraite qui restât aux Français, se trouva interceptée, et l'armée de Napoléon complètement environnée.
Celte situation critique ne dura, il est vrai, qu'une
demi-heure; mais fut-il prudent de s'exposer aux fâcheux événements qui auraient pu en résulter, et n"aurait-il pas mieux valu, avant que toutes les forces ennemies se fussent réunies pour entourer l'armée française, que le chef de celle-ci l'eût abritée derrière les montagnes de la Thuringe et la rivière de la Saale?...
Nous approchons d'un moment bien critique!... Les Français avaient conservé leurs positions pendant les trois jours qu'avait duré la bataille; mais ce succès moral n'avait été obtenu qu'au prix de bien du sang, car, tant en tués qu'en blessés, ils avaient près de