‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 142 sur 178 · LE RU IN · texte numérisé non relu

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nourrir des soldats, se plaignirent hautement, et il est de fait que cette charge était trop lourde pour les communes.

Comme il fallait garder, ou du moins surveiller les divers points de Timmense ligne que forme le Rhin depuis Bàle jusqu'à la Hollande, on établit comme on le put les nombreux malades et blessés dans les hôpitaux de Mayence. Tous les hommes valides rejoignirent les noyaux de leurs régiments; puis les divisions et corps d'armée, dont la plupart ne se composaient que de très faibles cadres, furent répartis le long du fleuve. Mon régiment, ainsi que tout ce qui restait du corps de cavalerie de Sébastiani, descendit le Rhin à petites journées; mais, bien que le temps fût superbe et le paysage charmant, chacun était navré de douleur, car on prévoyait que la France allait perdre ces belles contrées, et que ses malheurs ne se borneraient pas là.

Mon régiment passa quelque temps à Clèves, puis quinze jours dans la petite ville d'Urdingen, et descendit ensuite jusqu'à Nimègue. Pendant ce triste voyage, nous étions péniblement affectés en voyant à la rive opposée les populations allemandes et hollandaises arracher de leurs clochers le drapeau français pour y replacer celui de leurs anciens souverains!... Malgré ces tristes préoccupations, tous les colonels tâchaient de réorganiser le peu de troupes qui leur restaient; mais que pouvions-nous faire sans efTets, équipements ni armes de rechange?...

La nécessité de faire vivre l'armée forçait rKmpereiir à la tenir disséminée, tandis que pour la r('>organiser il aurait fallu créer de grands centres de réunion. Nous étions donc dans un cercle vicieux. Cependant les enne- mis, (pii auraient dû passer le Rhin p(;u de jours après nous pour empêcher notre réorganisation, se sentaient

encore si affaiblis par les rudes coups que nous leur avions portés dans la dernière campagne, qu'il leur fallait du temps pour se remettre. Ils nous laissèrent donc tranquilles tout le mois de novembre et de décembre, que je passai en grande partie sur les bords du Rhin, dans un fantôme de corps d'armée, commandé par le maréchal Macdonald.

Je reçus enfin, ainsi qUe les autres colonels de cavalerie, l'ordre de conduire tous mes hommes démontés au dépôt de mon régiment, pour tâcher d'}'^ reconstituer de nouveaux escadrons. Le dépôt du 23° de chasseurs étant encore à Moris, en Belgique, je m'y rendis. Ce fut là que je vis la fin de l'année 1813, si fertile en grands événements, et pendant laquelle j'avais couru bien des dangers et supporté bien des fatigues.

Avant de terminer ce que j'ai à dit*e sur cette année, je crois devoir indiquer sommairement les derniers événements de la campagne de 1813.

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