LETTRES
ÉCRITES PAR t,E COLONEL DE MARBOT EN I8I5'
(Après le licenciement du 23' de chasseurs et son incorporation au 3* de la même arme, le colonel de Marbot est nommé au commandement du 7» de hussards (d'Orléans). Ce régiment fait partie du l""" corps d'observation, aux ordres du comte d'Erlon.)
Cysoing, 10 avril 1813.
. . .Je suis en face de Tournay et je garde la ligne depuis Mouchin jusqu'à Chéreng. Quand je dis que je garde la ligne, je n'ai pas grand'peine, car les Anglais ne font aucun mouvement et sont aussi tranquilles à Tournay que s'ils étaient à Londres. Je crois que tout se passera à l'amiable. J'ai été hier à Lille, où j'ai été on ne peut mieux reçu par le général en chef comte d'Erlon.
Saint-Amand, 5 mai.
...Je viens de recevoir l'ordre de former une députalion (lociiKi nriicicrsct dix sous-officiers ou soldais |>(nir aller à J'aris, au Champ de Mai. I/(U(lr(^ porte que le
' Ces lottres sont les seuls ducuiiionls que nous possédions sur lu cnruijaf^nc de Waterloo.
colonel sera lui-même ù la tète de la députation. Celles de tous les régiments de la division doivent se mettre en route pour être rendues le 47 à Arras et partir le lendemain pour Paris. Tout est ici fort tranquille, et Ion n'y parle pas de guerre. Il y a beaucoup de désertions dans les troupes étrangères. Les hommes qui en arrivent assurent que tout ce qui est belge, saxon ou hollandais, désertera à nous. Mon régiment devient de jour en jour plus considérable. J'ai 700 hommes. Dans mon dépôt, il en est arrivé 52 hier; le costume les flatte tant qu'ils arrivent drus comme mouches; on ne sait où les fourrer...
Sâint-Ainand. S mai.
...Depuis huit jours, la désertion est au dernier degré dans les troupes étrangères. Les soldats belges, saxons, hanovriens, arrivent par bandes de 15 à 20. Ils affirment que les Russes ne viennent pas et qu'on croit qu'il n'y aura pas de guerre. Cela paraît ici presque certain. S'il en arrive ainsi, que de paroles perdues! Que de projets qui se trouveront manques!...
Pont-sur-Sambro, 13 juin
,..Je suis arrivé ce matin de Paris à Valenciennes. J'ai trouvé mon régiment sur la place. Il traversait la ville pour aller vers Maubeuge. Je n'ai eu que le temps de mettre mes effets sur mes chevaux, de confier ma voiture à un ami et de partir. Je tombais de sommeil, mais il a fallu marcher toute la journée au milieu d'une armée immense. Nous venons de prendre position pour cette nuit... Nous marchons!... Il paraît que le gant est jeté définitivement... Je ne crois pas qu'on se batte avant cinq jours...