POLOTSK
haut du rivage sur cette foule éperdue, il s'en noya un bon nombre. Notre brusque attaque dans la plaine avait tellement étonné les ennemis, qui s'attendaient à nous surprendre endormis, que pas un ne se mit en défense, et tous fuirent sans combattre; aussi j'eus le bonheur de regagner mon bivouac sans avoir à déplorer la mort ni la blessure d'aucun de mes hommes !... Le jour naissant éclaira notre champ de bataille, sur lequel gisaient plusieurs centaines d'ennemis tués ou blessés. Je confiai ceux-ci aux habitants du hameau près duquel j'avais passé la nuit, et me mis en route pour me rallier au corps dOudinot, que je rejoignis le soir même. Le maréchal me reçut très bien et complimenta le régiment sur sa belle conduite.
Le 2' corps, marchant constamment sur la rive gauche de la Dûna, parvint en trois jours en face de Polotsk. Nous y apprîmes que l'Empereur avait enfin quitté AViIna, où il était resté vingt jours, et se dirigeait vers Vitepsk, ville assez importante, dont il comptait faire le nouveau centre de ses opérations.
En s'éloignant de Wilna, l'Empereur y avait laissé le duc de Bassano en qualité de gouverneur de la province de Lithuanie, et le général Ilogendorp comme chef militaire. Aucun de ces deux fonctionnaires ne convenait pour organiser les derrières d'une armée, car le duc de Bassano, ancien diplomate et secrétaire ponctuel, n'avait aucune connaissance en administration, tandis que le Hollandais Ilogendorp, parlant très mal notre langue, n'ayant aucune notion de nos usages et règlements militaires, ne pouvait réussir auprès des Français qui passaient à Wilna et de la noblesse du pays. Aussi les richesses qu'offrait la Lithuanie ne furent d'aucun secours pour nos troupes.
Polotsk, ville située sur la rive droite de la Duna,
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est composée de maisons en bois et dominée par un immense et superbe collège, alors tenu par des Jésuites, qui presque tous étaient Français. Elle est entourée de fortifications en terre ayant jadis soutenu un siège dans les guerres de Charles XII contre Pierre le Grand. Les corps d'armée de Ney, de Murât et de Montbrun, pour se rendre de Drissa à Witepsk, avaient établi sur la Dûna, en face de Polotsk, un pont de bateaux qu'ils laissèrent au corps d'Oudinot, destiné à marcher sur la route de Pétersbourg. Ce fut donc en ce lieu que le 2» corps prit une autre direction que la Grande Armée, que nous revîmes seulement l'hiver suivant au passage de la Bérésina.
Il faudrait plusieurs volumes pour retracer les manœuvres et les combats de la partie de l'armée qui suivit l'Empereur à Moscou. Je me bornerai donc à indiquer les faits les plus importants, à mesure qu'ils se dérouleront.
Ainsi, le 25 juillet, il y eut près d'Ostrowno une affaire d'avant-garde très favorable à notre infanterie, mais oii plusieurs régiments de cavalerie furent trop précipitamment engagés par Murât. Le 16° de chasseurs fut de ce nombre. Mon frère, qui y servait comme chef d'escadrons, fut pris et conduit bien au delà de Moscou, à Sataroff, sur le Volga. Il y retrouva le colonel Saint- Mars, ainsi qu'Octave de Ségur. Ils s'entr'aidèrent à supporter les ennuis de la captivité, auxquels mon frère était déjà habitué, car il avait passé plusieurs années dans les prisons et sur les pontons des Espagnols. Nos chances de guerre étaient bien différentes : Adolphe, fait trois fois prisonnier, ne fut jamais blessé, tandis que, recevant très souvent des blessures, je ne fus jamais pris.
Pendant que l'Empereur, maître de Wilna, manœu-