INCENDIE DE POLOTSK
Maison, la défendirent pied à pied, car, à la lueur de l'incendie, on se voyait comme en plein jour.
Polotsk brûla complètement : les pertes des deux partis furent considérables; néanmoins la retraite de nos troupes s'effectua avec ordre : on emmena nos blessés transportables; les autres, ainsi qu'un grand nombre de llusses, périrent dans les flammes.
Il paraît que le désaccord le plus complet régnait entre les chefs de l'armée ennemie, car pendant cette nuit de combat Steinghel resta fort tranquille dans son camp et ne seconda pas plus Tattaque de Wittgenstein que celui-ci n'avait secondé la sienne le jour précédent '. Ce fut seulement quand Saint-Cyr, après avoir évacué la place, se fut mis hors des atteintes de Wittgenstein, en brûlant les ponts de la Dûna, que Steinghel commença le 20 au matin à prendre des dispositions pour nous attaquer; mais les troupes françaises étant alors toutes réunies sur la rive gauche, Saint-Cyr les porta contre Steinghel, qui fut culbuté avec perte de plus de 2,000 hommes tués ou pris.
Dans ces rudes engagements de quatre jours et une nuit, les Russes eurent six généraux et 10,000 hommes tués ou blessés. La perte des Français et de leurs alliés ne fut que de 5,000 hommes hors de combat, différence énorme, quil faut attribuer à la supériorité du feu de nos troupes, surtout à celui de l'artillerie. Mais l'avantage que nous avions eu sous le rapport des pertes était en partie compensé, car les blessures que le maréchal Saint-Cyr avait reçues allaient priver l'armée du chef
' Si nous en croyons les Mémoires de Tchitchakoff, le funeste désaccord qui r(''gnait trop souvent parmi les lieutenants de Napoléon existait également parmi ceux d'Alexandre. C'est à ee désaccord que les débris de la Grande Armée auraient dû en partie leur salut lors du passaye de la Bérésina. (Noie de l'éditeur.)
ne MÉMOIRES DU GÉNÉRAL DE MARBOT,
en qui elle avait une entière confiance. Il fallait le remplacer. Le comte de Wrôde, alléguant son rang de général en chef des corps bavarois, prétendit avoir le commandement sur les généraux de division français; mais ceux-ci refusant d'obéir à un étranger, le maréchal Saint-Cyr, quoique très souffrant, consentit à garder quelque temps encore la direction des deux corps d'armée et ordonna la retraite vers Oula, afin de se rapprocher de Smoliany et couvrir ainsi le flanc de la route d'Orscha à Borisoff, par laquelle l'Empereur revenait de 3Ioscou.
Cette retraite fut si bien ordonnée, que Wittgenstein et Steinghel, qui, après avoir réparé les ponts de la Dùna, nous suivaient en queue avec 50,000 hommes, n'osèrent nous attaquer, bien que nous n'eussions que 12,000 combattants, et ils n'avancèrent que de quinze lieues en huit jours. Quant au comte de Wrède, dont l'orgueil blessé ne voulait plus se plier à l'obéissance, il marchait à volonté avec un millier de Bavarois qui lui restaient et une brigade de cavalerie française, qu'il avait emmenée par subterfuge, en disant au général Corbineau qu'il en avait reçu l'ordre, ce qui n'était pas! La présomption du comte de Wrède ne tarda pas à être punie; il fut attaqué et battu par une division russe. Il se retira alors sans autorisation sur Wilna, d'où il gagna le Niémen. La brigade Corbineau, refusant de le suivre, revint joindre l'armée française, pour laquelle son retour fut un grand bonheur, ainsi que vous le verrez lorsque je parlerai du passage de la Bérésina.
Cependant, par ordre de l'Empereur, le maréchal Victor, duc de Bellune, à la tète du 9" corps d'armée fort de 2.j,000 hommes de troupes, dont la moitié appartenait à la Confédération du Rhin, accourait de Smolenskpour se joindre à Saint-Cyr et rejeter Wittgenstein au delà de la Dùna. Ce projet eût certainement été suivi d'un
JONf/nON AVEC VICTOR. m
prompt effet, si Saint-Cyr eut eu le commandement supérieur; mais Victor étant le plus ancien des deux maréchaux, Saint-Cyr ne voulut pas servir sous ses ordres, et, la veille de leur réunion, qui eut lieu le 31 octobre devant Smoliany, il déclara ne pouvoir continuer la campagne, remit la direction du 2° corps au général Legrand et s'éloigna pour retourner en France. Saint- Cyr fut regretté des troupes, qui, tout en n'aimant pas sa personne, rendaient justice à son courage et à ses rares talents militaires. Il ne manquait à Saint-Cyr, pour être un chef d'armée complet, que d'avoir moins d'égoïsme et de savoir gagner l'attachement des soldats et des officiers en s'occupant de leurs besoins : mais il n'y a pas d'homme sans défaut.
Le maréchal Victor avait à peine réuni sous son commandement les 2' et 9'= corps d'armée, que la fortune lui offrit l'occasion de remporter une victoire éclatante. En effet, Wittgenstein, ignorant cette jonction et se fiant à sa supériorité, vint attaquer nos postes en s'adossant imprudemment à ,-i?s défilés très difficiles. Il ne fallait qu'un effort simuiid/.é des deux corps pour le détruire, car nos troupes, maintenant aussi nombreases que les siennes, étaient animées da meilleur esprit et désiraien-t vivement le combat; mais Victor, se méfmnt sans doute de lui-même, sur un terrain qu'il voyait pour la première fois, profita de la nuit pour se retirer, gagna Sienno et cantonna les doux corps d'armée dans les environs. Les Russes s'éloignèrent aussi, en laissant seuleni^^-."^\quelques Cosaques pour nous observer. Cet état de ciiuses, qui dura toute la première quinzaine de novembre, fut très favorable à nos troupes, car elles vécurent largement, la contrée offrant beaucoup de ressources.
Le 2;{' de chasseurs, posté à Zaj)olé, couvrait, un des iii. a
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flancs (les deux corps réunis, lorsque le maréchal Victor, informé qu'une nombreuse armée ennemie se trouvait à Vonisokoï-Ghorodié, prescrivit au général Castex de faire reconnaître ce point par un des régiments de sa brigade. C'était au mien à marcher. Nous partîmes à la tombée du jour et arrivâmes sans encombre à Ghorodié, village situé dans un bas-fond, sur un très vaste marais desséché. Tout y était fort tranquille, et les paysans que je fis interroger par Lorentz n'avaient pas vu un soldat russe depuis un mois. Je me mis donc en disposition de revenir à Zapolé, mais le retour ne fut pas aussi calme que l'avait été notre marche en avant.
Bien qu'il n'y eût pas de brouillard, la nuit était fort obscure: je craignais d'égarer le régiment sur les nombreuses digues des marais que je devais traverser de nouveau. Je pris donc pour guide celui des habitants de Ghorodié qui m'avait paru le moins stupide. Ma colonne cheminait en très bon ordre depuis une demiheure, lorsque tout à coup j "aperçois des feux de bivouac sur les collines qui domin^ct \ca marais!... J'arrête ma troupe et fais dire à l'avant-garde d'envoyer en reconnaissance deux sous -officiers intelligents qui devront observer, en tâchant de n'être pas aperçus. Ces hommes reviennent promptement me dire qu'un corps très nombreux nous barre le passage, tandis qu'un autre s-!établit sur nos derrières! Je tourne la tête, et. voyant des milliers de feux entre moi et Ghorodié que je venais de quitter, il me parut évident que j'avais donné sans le savoir au milieu d'un corps d'armée qui se :.'îi2parait à bivauaquer en ce lieu!... Le nombre des leux augmentait sans cesse: la plaine ainsi que les coteaux en fui-ent bientôt couverts et offraient l'aspect d'un camp de 50.000 hommes, au centre duquel je me trouvais avec moins de 700 cavaliers!... La ])artie n'était pas