‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 96 sur 178 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Reprise des hostilités sur l'Elbe. — Batailles do Lutzen et de Bautzen. — Armistice. — Je rejoins mon régiment. — Etat de l'armée. — Malaise général. — Napoléon devait traiter. — Force des armées en présence.

Pendant que je m'occupais activement à reconstituer mon régiment et que tous les colonels, principalement ceux de cavalerie, étaient retenus en France par les mêmes soins, les hostilités recommencèrent sur TEIbe, que les alliés avaient franchi.

L'Empereur, ayant quitté Paris, se trouvait le 25 avril à Naumbourg en Saxe, à la tète de 170,000 hommes, dont un tiers seulement étaient Français, une partie des troupes récemment dirigées sur l'xVllemagne n'étant point encore arrivées sur le théâtre de la guerre. Les deux autres tiers de l'armée de Napoléon étaient formés des contingents de la Confédération du Rhin, dont la plupart étaient fort mal disposés à combattre pour lui. Le général Wittgenstcin, auquel notre désastre de la Bérésina avait donné quelque célébrité, bien que les éléments nous eussent fait beaucoup plus de mal que ses combinaisons, commandait en chef les troupes russes et prussiennes réunies, fortes de 300,000 hommes, qui se présentèrent le 28 avril devant l'armée de Napoléon, aux environs de Leipzig.

Il y eut le i" mai un vif on.ijngemcnt à Poserna, dans la plaine déjà célèbre par la mort de Gustave-Adolpb.a

Le maréchal Bessières y fut tué clun coup de canon. L'Empereur le regretta plus que l'armée, qui n'avait pas oublié que les conseils donnés par ce maréchal, le soir de la bataille de la Moskova, avaient empêché Napoléon de compléter la victoire en faisant combattre sa garde, ce qui eût changé la face des événements et amené la destruction complète des troupes russes.

Le lendemain de la mort du maréchal Bessières, et pendant que Napoléon continuait sa marche sur Leipzig, il fut attaqué à Timproviste et en flanc par les Russo- Prussiens, qui avaient passé la rivière de l'Elster avant le jour. Dans cette bataille, qui prit le nom de Lutzen, l'action fut des plus vives; les troupes nouvellement arrivées de France combattirent avec la plus grande valeur. Les régiments de marine se firent particulièrement remarquer. Les ennemis, battus de toutes parts, se retirèrent vers l'Elbe; mais les Français, n'ayant presque pas de cavalerie, ne purent faire que peu de prisonniers, et leur victoire fut incomplète. Néanmoins, elle produisit un très grand effet moral dans toute l'Europe, et surtout en France, car ce premier succès prouvait que nos troupes avaient conservé toute leur supériorité, et que les glaces de la Russie avaient pu seules les vaincre en 1812.

L'empereur Alexandre et le roi de Prusse, qui, après avoir assisté à Lutzen à la défaite de leurs armées, s'étaient rendus à Dresde, furent obligés d'en sortir à l'approche de Napoléon victorieux, qui prit, le 8, possession de cette ville, où son allié le roi de Saxe vint bientôt le rejoindre. Après un court séjour à Dresde, les Français y passèrent l'Elbe et suivirent les Prusso- Russes, dont ils joignirent et battirent l'arrière-garde à Bischofswerda.

L'empereur Alexandre, mécontent de "Wittgenstein,

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