CHAPITRE XXVII
1810. — Mésaventure dans un bal masqué. — Création de l'ordre des Trois Toisons. — Mariage de l'Empereur avec Marie-Louise d'Autriche.
Il est un écueil qu'évitent rarement les personnes qui écrivent leur propre histoire, c'est la minutie des détails : je cède d'autant plus à cet entraînement, que vous m'y avez encouragé après avoir lu ce qui précède.
L'année 1810 s'ouvrit pour moi sous d'heureux auspices : je me trouvais à Paris auprès de ma mère, et les blessures que j'avais reçues pendant les deux dernières campagnes étaient parfaitement guéries, ce qui me permettait d'aller dans le monde. Je me liai plus intimement avec M. et Mme Desbrières, dont j'épousai la fille l'année suivante. Hais, avant d'arriver à ce moment heureux, je dus faire la pénible campagne de Portugal, où je courus de bien grands dangers.
L'Empereur venait de nommer le maréchal Masséna généralissime d'une armée formidable, qu'il se proposait de diriger au printemps sur Lisbonne, occupé en ce moment par les Anglais.
Nous faisions donc nos préparatifs de départ; mais comme, selon leur habitude, les Français préludaient aux combats par les plaisirs, jamais Paris ne fut plus brillant que cet hiver-li. Ce n'étaient, tant à la cour qu'à la ville, que fêtes et bals somptueux, auxquels mon grade et mon titre d'aide de camp du prince d'Ësslingme faisaient