‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 179 sur 203 · LE COMTE D'ERLON · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ERLON

répété qu'il ne pouvait attendre, je frappai le grand coup et je lui dis : c Puisque Votre Excellence me force c à remplir ma mission dans toute sa rigueur, je vous < déclare que le maréchal Masséna, généralissime des c armées françaises en Portugal, m'a chargé de vous c transmettre, tant en son nom qu'en celui de l'Empec reur, Yordre formel de ne faire faire aucun mouvement c à vos troupes et de vous rendre aujourd'hui même c auprès de lui à Torrès-Novas ! »

Le comte d'Erlon ne répondit rien et demanda ses chevaux. Pendant qu'on les préparait, j'écrivis au maréchal Masséna pour l'instruire de ce que j'avais été dans la nécessité de faire en son nom. Je sus plus tard qu'il approuva ma conduite. (On trouve à la page 286 du tome VIII des Mémoires de Masséna, par le général Koch, un passage relatif à la mission que je dus remplir auprès du comte d'Erlon, et dont Masséna aura sans doute pris note ; mais la scène dont je fais ici mention est imparfaitement racontée.)

Le comte d'Erlon était un homme fort doux et raisonnable; aussi, dès qu'il eut quitté le camp de Ney, avoua-t-il qu'il n'eût pas été convenable à lui de s'éloigner de l'armée de Portugal sans aller saluer le généralissime, et pendant tout le trajet de Thomar à Torrès-Novas il me traita avec beaucoup de bienveillance, malgré la véhémence que j'avais été obligé de mettre dans les observations que j'avais cru devoir lui adresser. Son entretien avec Masséna acheva sans doute de le convaincre, car il consentit à rester en Portugal avec ses troupes, qui furent envoyées en cantonnement à Leyria. Masséna me sut d'autant plus de gré de la fermeté et de la présence d'esprit dont j'avais fait preuve dans cette affaire, qu'il fut informé, peu de jours après, que le duc de Wellington, ayant formé le projet de venir nous attaquer dans

nos cantonnements, en avait été empêché par l'arrivée de la division du général comte d'Erlon ; mais que si ce renfort se fût éloigné, les Anglais auraient marché sur nous, et profité de la dispersion de nos troupes pour nous accabler par le nombre des leurs.

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