‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 73 sur 203 · RETOUR A MOLK · texte numérisé non relu

RETOUR A MOLK

sans doute qu'on ne tirât sur nous, ayant de savoir si nous étions Français ou Autrichiens. En effet, peu d'instants après, j'étais ! reçu sur le rivage par le colonel Gautrin et le 9* de housards appartenant au corps du maréchal Lannes. Si nous fussions débarqués une demilieue plus bas, nous tombions dans les postes ennemis !... Le colonel de housards me prêta un cheval et me fit donner plusieurs chariots, sur lesquels je plaçai les grenadiers, les matelots et les prisonniers; puis la petite caravane se dirigea sur Môlk. Pendant ce trajet, le caporal ayant, par mon ordre, questionné les trois Autrichiens, j'appris avec bonheur que le camp d'où je venais de les enlever appartenait au corps du général Hiller, celui dont l'Empereur désirait si vivement connaître la position.

Ainsi, plus de doute, le général Hiller avait rejoint le prince Charles de l'autre côté du Danube; il ne pouvait donc plus être question de bataille sur la route que nous occupions, et Napoléon n'ayant plus devant lui que la cavalerie ennemie, placée en avant de Saint-Pôlten, pouvait en toute sécurité pousser ses troupes sur Vienne, dont nous n'étions plus qu'à trois petites marches* Ces renseignements obtenus, je lançai mon cheval au galop, pour les porter au plus vite à l'Empereur.

Il faisait grand jour quand je parvins à la porte du monastère. J'en trouvai les abords obstrués par toute la population de la petite ville de Môlk, au milieu de laquelle on entendait les cris déchirants des femmes, enfants, parents et amis des matelots enlevés la veille. Je fus à l'instant entouré par ces bonnes gens, dont je calmai les vives inquiétudes en leur disant en fort mauvais allemand : « Vos parents et amis vivent, et vous allez les voir dans quelques instants! » Un immense cri de joie s'étant alors élevé du sein de la foule, l'officier

français chargé de la garde des portes se présenta, et dès qu'il me vit» il courut» ainsi qu'il en avait reçu l'ordre, prévenir les aides de camp de service d'informer l'Empereur de mon arrivée. En un instant, tout ce qui se trouvait dans le palais fut sur pied; le bon maréchal Lannes vint à moi, m'embrassa cordialement et me conduisit sur-le-champ auprès de l'Empereur, en s'écriant : « Le voilà, Sire, je savais bien qu'il revienc drait I... il amène trois prisonniers du corps du général

c Hillerf » Napoléon me reçut on ne peut mieux, et

quoique je fusse mouillé et crotté de toutes parts, il posa sa main sur mon épaule, sans oublier sa plus grande preuve de satisfaction, le pincement de l'oreille. Je vous laisse à juger combien je fus questionné I... L'Empereur voulut connaître en détail tout ce qui m'était advenu pendant ma périlleuse entreprise, et lorsque j'eus terminé mon récit, Sa Majesté me dit : c Je suis très content de vous, chef d'escadron Marbotl... »

Ces paroles équivalant à un brevet, je fus au comble de la joie I... Un chambellan ayant annoncé en ce moment que l'Empereur était servi, je comptais attendre dans la galerie qu'il fût sorti de table, lorsque Napoléon, me montrant du doigt la salle à manger, me dit : c Vous c déjeunerez avec moi. > Je fus d'autant plus flatté de cet honneur, qu'il n'avait j'amafr été fait à aucun officier de mon grade. Pendant le déjeuner, j'appris que l'Empereur et les maréchaux ne s'étaient pas couchés, et qu'en entendant le canon gronder sur la rive opposée, ils s'étaient tous précipités au balcon! L'Empereur me fit répéter de quelle manière j'avais surpris les trois prisonniers, et rit beaucoup de la frayeur et de l'étonnement qu'ils avaient dû éprouver.

On vint enfin annoncer que les chariots étaient arrivés, mais ne pouvaient pénétrer que très difficilement dans le

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