‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 185 sur 259 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Du moment où Gaëte nous avait ouvert ses portes, le général en chef avait fait organiser une flottille armée; mais, à peine maître de Naples, d'autres soins l'occupèrent, et, pour se trouver en état d'attaquer la Sicile, aussitôt que l'arrivée de la flotte de l'amiral Pléville achèverait de rendre cette opération possible, il activa de tout son pouvoir les ateliers et chantiers de la marine, et ne négligea rien pour avoir sous voile une frégate dont la carcasse avait échappé aux flammes (i), deux chébecs, six cutters, deux divisions de chaloupes canonnières et bombardes, et les transports nécessaires à 48,000 hommes. Mais encore, pour utiliser les immenses approvisionnements de la marine et tout en demandant

(1) Réfugiée en Sicile, la reine de Naples, cette digne sœur de Marie- Antoinette, n'avait cessé d*agir pour pousser l'anarchie à son comble et pour en accroître les crimes afin de faire regretter la royauté et d'eu faire désirer le retour. Elle avait donc chargé soQ amant et ministre Âcton de faire assassiner, sous le couvert de la Révolution, tous les personnages marquants restés à Naples, et particulièrement les gens de la classe moyenne, jusqu'aux notaires inclusivement; l'ordre comportait aussi de donner la plus grande extension au pillage et de faire brûler les demeures de ceux qui étaient marqués pour périr; à cet ordre elle ajouta, pour le comte de Thurn. celui de brûler tous les vaisseaux. Ce dernier ordre fut ponctuellement exécuté, de même que sans notre arrivée le premier l'eût été. De fait, des trente-six bâtiments de guerre dont se composait Ja flotte napolitaine, il échappa seulement la carcasse que le général Championnet utilisa.

Page 1