‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 187 sur 259 · CDAMPIONNET ET LA COMMISSION CIVILE · texte numérisé non relu

CDAMPIONNET ET LA COMMISSION CIVILE

compliquer d'une manière atroce, et voici comment. Lorsqu'il était arrivé à la tête de l'armée de Rome, pour remplacer Macdonaid, il avait trouvé son prédécesseur vivant en paix avec tout le monde, ayant l'amour des commissaires et de leur insatiable bande que Bertbier avait tant favorisés, mais que Gouvion Saint-Cyr avait vainement essayé de réprimer. Or, avant même d'entrer à Rome etàAncône, où déjà il était assourdi partout ce que le cri public proclamait sur les abominations auxquelles Rome et les États romains avaient servi et servaient de tbéàtre, il avait sonné le tocsin contre les voleurs, en s'écriant dans une lettre au Directoire : < Je découvrirai et ferai disparaître ces sangsues dévorantes. > A peine à Rome, il poursuit tous les spéculateurs; l'indignation que lui causait tout cebrigandage était telle que peu d'heures avant de recevoir l'avis de sa destitution, à Naples il écrivait encore : c Des magasins approvisionnés pour nourrir 30,000 hommes pendant trois mois sont vides. La race toujours vorace de vos commissaires et agents a tout détruit. > Mais, n'écoutant que les rapports des commissaires eux-mêmes, le Directoire avait décidé qu'une commission civile, dans le genre de celle de Rome, serait attachée à chacune des armées de la République, et c'est ainsi qu'à l'armée de Naples avaient été attribués le commissaire civil Faypoult, le contrôleur Méchin, le receveur Chanteloup, le commissaire civil ayant droit aux honneurs militaires du même grade que le général de division.

Tant qu'avaient duré les combats, l'oubli avait entouré ces commissaires c si vils >, comme les caractérisaient nos soldats; mais sitôt Naples prise, ils commencèrent à faire plus de bruit. Bientôt on sut qu'ils espionnaient, observaient, calomniaient. On était loin encore d'attacher quelque importance à leurs menées et surtout de

supposer qu'ils pussent résister au moindre souffle d*uQ généra] en chef qui avait fait flotter le drapeau tricolore du front du Capitole au cratère du Vésuve. Quand, pour répondre à l'Europe prête à se ruer sur elle, la France n'avait que des armées afl'aiblies et dispersées, comment n'être pas frappé de ce fait que le concours d'un général comme Championnet était une Providence ?£t cependant les commissaires, ravalant tout ce qu'il avait fait, tout ce qu'il voulait faire, ne cessaient de prôner le général Macdonald et réussissaient dans leur rôle de dénonciateurs^ parce que, à l'abri de ce rôle, ils servaient de puissants intérêts. Ainsi deux pouvoirs et conmie deux camps se formèrent dans l'armée, l'un composé des troupes et des généraux, l'autre de la clique commissariale ayant pour homme d'armes le général Macdonald. Sans hésiter, le général Championnet jeta le cri d'alarme vers le Directoire, contre la commission civile qui, excitant par des exactions l'indignation et les murmures de l'armée, faisait exécrer la Liberté plus que les Rois; il s'indignait notamment de ce que le caissier, personnage inconnu dans les fastes de la Révolution et, dans le cas présent, le plus proche parent du commissaire civil, eût, à titre d'allocation, droit à une remise qui pouvait s'élever à trois millions six cent mille francs (i); il annonçait enfin qu il s'efforçait d'opposer une digue terrible aux intrigants et aux voleurs.

Cependant, en témoignant d'une telle résolution et en * la confirmant par des dépêches au Directoire, le général Championnet rendait plus saisissant le seul tort qu'il pouvait avoir aux yeux de ce même Directoire;

(1) Ce revenu colossal était produit par Tabandon fait au caissier de trois centimes sur toutes les sommes par lui perçues. Jamais caissier n'avait été et raisonnablement ne pouvait être ainsi rétribué. Aussi n'était-il qu'un préte-nom.

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