‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 199 sur 259 · RAVITAILLEMENT DR CORFOU · texte numérisé non relu

RAVITAILLEMENT DR CORFOU

qui, à neuf lieues de Foggia, me laissa pendant vingt* sept heures dans un complet isolement.

Pour profiter de ces vingt-sept heures et tout en donnant de plus en plus le change sur le motif qui m'ameoait, j'allai comme curieux parcourir la ville, visiter le port, la douane 3t les magasins, voir les églises et les couvents, mais au fond prendre, sur les ressources existantes, les notes les plus 3xactes possible, et arrêter mes dispositions afin que, les troupes une fois arrivées, il n'y sût qu'à charger les barques et à composer les équipages, <^ qui ne pouvait plus être queraiîaire d'un jour; en fait, tout se trouva terminé le 28 février dans l'après-diner. Hes deux compagnies étaient arrivées; restait à faire partir ces barques et à s'assurer que les patrons conduiraient leurs chargements à Corfou; pour cela, je fis stipuler pour eux de forts payements qu'ils ne devaient toucher que sur les reçus du commissaire des guerres de Corfou, visés par le général commandant cette lie, et je les prévenais que, s'ils n'arrivaient pas tous, ceux qui arriveraient se partageraient les salaires de ceux qui ne seraient pas arrivés; de plus, que leurs familles seraient responsables de leur conduite, de la valeur des chargements, et gardées à vue jusqu'à leur retour.

Tout se trouvant ainsi disposé, et ma flottille devant mettre à la voile le lendemain, 1"' mars, à la pointe du jour; ayant donné au commandant des troupes, qui restait chargé du commandement de ce canton, et mes ordres et mes instructions, rien ne réclamait plus ma présence à Manfredonia; au sortir de table avec l'évêque, j'allais donc remonter en voiture et repartir pour Foggia, lorsque, continuant avec ce prélat je ne sais plus quelle conversation, nous passâmes sur le balcon d'où l'on dominait tout le golfe.

£n jetant comme un dernier coup d'oeil sur cette vaste

étendue, j'aperçus vers les monts Gargano et à un mille environ de Punta Rossa un bâtiment à Tancre, sur le compte duquel j'interrogeai Tévèque. J'appris ainsi que c'était une forte polaque, ou petite corvette napolitaine, percée à vingt-deux canons, en ayant quatorze en batterie, montée par quatre-vingts hommes d'équipage, et sortie du port la veille de notre arrivée. Ce qui prouvait que le commandant de ce bâtiment avait fui à l'approche du colonel Goris.

« Et que contient ce bâtiment? ajoutai-je comme machinalement. — Quelques caisses appartenant au roi. — Et sait-on ce que renferment ces caisses ? — Je l'ignore, mais ce sont des objets presque sans valeur. — Et par qui est commandé le bâtiment? — Par un certain Pascale Tortora, attaché au roi et embarqué avec tonte sa famille. — Connaft-on sa destination? — Trieste. — Et qu'est-ce qui détermine sa halte ? — Le vent, absolument contraire en ce moment, mais qui demain ou aprèsdemain doit changer avec la lune. — Monseigneur, dis-je alors à l'évêque, voilà un incident qui retarde mon départ. > Et, pendant qu'il regrettait les renseignements qu'il m'avait donnés avec un peu de jactance, pour ne pas dire de goguenardise, je fis rentrer mon escorte et dételer ma voiture, fermer les portes de la ville et le port, placer enfin quelques hommes au haut des clochers, afin qu'aucun signal ne pût être fait.

Certain que nul avis ne serait donné, je me rendis au port. Je fis choix de deux belles barques pontées; je fis transporter et amarrer sur chacune d'elles une pièce de canon, prise dans une des batteries du port, et je fis approvisionner chacune d'elles de vingt-cinq coups et munir d'écouvillons, de lames à feu, etc. J'attachai à leur service et pour chacune six canonniers de marine napolitains et six soldats français choisis, auxquels,

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