‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 2 sur 259 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Après avoir prouyé son indomptable énergie par le plus effrayant emploi du pouvoir, la Convention touchait au terme de sa durée. Mais, en terminant son rôle immense, elle ne dérogea pas à ce qu'elle avait été. Quoiqu'il ne versât plus des torrents de sang, son bras resta de fer, et ce fut avec un calme imperturbable qu'elle acheva des travaux qui seront immortels.

Le 13 vendémiaire lui avait laissé vingt jours d'existeDce; elle les consacra à la consolidation de son œuvre, à raffermissement de la liberté. Enfin, le 4 brumaire (26 octobre 1795), retentirent, de la bouche de son président, ces mots solennels, que suivirent mille cris de : Vive la République I c La Convention nationale déclare que sa mission est remplie et que sa session est terminée. >

n faut avoir été témoin de ce moment, pour comprendre le vide qui sembla se produire. C'est que la Convention, jetée au milieu des plus grands périls, les avait impunément bravés; elle avait osé tout vouloir et réussi à tout accomplir. Aux prises avec l'Europe entière, elle

2 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON TIIIÉDaULT.

conçut et exécuta la pensée d'opposer une grande nation en masse à des années mercenaires, toutes les richesses d'un vaste État à de simples impôts et la volonté de tous à celle des rois. Suppléant au zèle par la terreur, aux ressources par la banqueroute, elle exerça la tyrannie pour empêcher le retour du despotisme et fit ainsi plus de maux individuels que la coalition des ennemis ne pouvait en faire craindre; mais en même temps qu'elle subjugua la France par l'épouvante, elle dompta l'Europe à force de victoires; dès lors ses moindres volontés furent irrésistibles, ses jugements sans appel et leur exécution immédiate; douze cent mille hommes se levèrent à sa voix pour assurer ses triomphes; sans argent et sans crédit, elle prodigua des milliards. Sacrifiant à la nécessité de son rôle une génération presque entière, elle prit pour elle tout l'odieux de ce sacrifice et nous légua l'honneur des plus importantes conquêtes; elle nous rendit enfin nos frontières naturelles que, sans Napoléon, nous n'aurions pas perdues.

Napoléon lui-même s'amoindrit à ce parallèle; toutefois ce n'est pas ainsi que je jugeais la Convention, lorsque, victime de son régime de sang, j'étais réduit à me cacher tout en me battant pour elle, lorsque mon père avait pu songer au suicide pour échapper à d'horribles menaces d'exécution. Mais que sont les tortures des individus au milieu de si graves bouleversements ! L'homme passe, les faits et leurs conséquences restent; aussi, quand la Convention disparut, laissant le souvenir de son œuvre immense, on pouvait se demander si ceux qui recueillaient son héritage sauraient le soutenir, et la sécurité du présent était troublée par les appréhensions de l'avenir.

Deux jours suffirent à la mise en activité du gouvernement directorial, quoique Sieyès eût rendu nécessaire

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