BADINAGE. C
aussi difficile, et qui nous intéressait avec Pauline, je fis la gaminerie de supposer un échec; je déclarai Tobtention des passeports tout à fait impossible; follement, je poussai le badinage assez loin, et Pauline, prenant au sérieux le soi-disant refus du gouvernement, en conçut un tel désespoir que, brusquement, je vis son visage couvert de larmes; tout confus, je me bâtai de la détromper» de la rassurer; alors elle releva sa jolie tète, soupira et me regarda. Sa physionomie exprimait à la fois le chagrin passé et le plaisir naissant; ses yeux pleuraient encore et déjà sa bouche riait, et, sur cette bouche, je lisais mon pardon. C'est que dans Naples tout entière, il n'était plus question que du départ de notre armée, c'est que Pauline, d'un esprit si fin et qui ne put être abusée comme d'autres sur le sens de nos préparatifs, avait formé le projet de profiter de ce départ pour voyager avec moi; c'est que j'étais enchanté de voyager avec elle et que ces passeports obtenus représentaient pour elle la satisfaction d'un caprice, pour moi la réalisation d'un délicieux espoir. Il ne restait plus qu'à me laisser demanderpar M. Ricciulli que je consentisse à être suivi par sa famille et par lui ; car, en l'état de bouleversement du pays, voyager loin des troupes, c'était trop s'exposer. Ce Ricciulli était un terrible jaloux, mais, plus encore un malheureux poltron. On devine si je promis ce que le soin de son honneur devait lui faire repousser, ce que la peur lui faisait réclamer.
La retraite était décidée, l'heure en était fixée. Le 8 mai, la division devait quitter le camp de Maddaloni pour s'avancer sur Teano; personne, à Naples, ne doutait que ce départ ne fût imminent; mais il était encore tenu secret, et, bien entendu, c'est en feignant l'ignorance et sous la réserve des ordres à recevoir que j'avais, en esquivant toute affirmative, fait ma promesse à Ric-
ciulli. Néanmoins, le 4, nous courûmes tous deux pour les passeports, mais sans pouvo^ rien terminer, attendu que \e général Macdonald, qui, le soir, devait quitter Naples pour n'y plus revenir, resta, pendant toute cette journée, enfermé avec les membres du gouvemement.
A mesure que le moment de la retraite approchait, on redoublait de soins pour n'en rien laisser paraître, et, comme diversion, le 5, je proposai d'aller dîner avec le frère de Michel Lagreca, Luigi, resté souffrant à la Favorite; je devais profiter du voisinage pour faire Tascension du Vésuve. Je ne connaissais pas encore < la montagne >, comme disent les Napolitains, et c'était seulement pour avoir accompagné le général Duhesme dans quelques-unes de ses promenades, que j'avais visité les autres curiosités du pays, notamment Herculanum et Pompei, où, par parenthèse, en vrais soldats, nous fîmes faire et nous mangeâmes notre déjeuner au foyer et dans la cuisine d'une caserne romaine. Notre excursion se fit à la Favorite; malgré mon regret de quitter pour quelques heures Pauline, j'eus le temps avec Dath et deux guides de faire l'ascension, d'arriver le premier au cratère, d'y sauter, d'y tirer un coup de pistolet que mille échos répétèrent, de me faire sortir de là par mon guide, à l'aide d*un habit en guise de corde, de redescendre chez Termite, d'y rencontrer sept Français avec lesquels, la connaissance faite, nous prîmes rendez-vous pour le lendemain quatre heures du matin, dans le bat daller visiter ensemble Bauli, Cumes, Baja, Misène, Tendroil où disparut Pline le Naturaliste, la grotte et le tombeau de la Sibylle, les étuves de Néron, l'Achéron, l'Averne, etc. Je n'ai jamais pu me résigner à quitter un pays sans en avoir vu tout ce qu'on y peut voir.
Le lendemain nous étions exactement partis: nous nous rendions au cap Misène» quand nous nous trou-