‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 84 sur 259 · GRENADIERS DÉÇUS. S · texte numérisé non relu

GRENADIERS DÉÇUS. S

eoToyer; mais j'écrivis à cette mère que son fils, mortellement blessé, m'avait chargé de lui envoyer son dernier souvenir, et j'igoutai qu'avant de mourir il avait reçu tous les secours de la religion. Toutefois n'est-il pas des douleurs que rien ne console ?

Des incidents moins tristes se mêlent au souvenir de cette révolte et de sa répression. Le logement dans lequel on m'avait transporté avait été fait dans la maison d'un des habitants les plus riches, mais aussi des plus avares da pays ; il était absent, et cette circonstance avait contribué à le faire piller un peu plus que d'autres ; toutefois, par mes soins beaucoup d'objets avaient été rapportés, de sorte que le dommage se réduisait à peu de chose. Informé du zèle que, sans le connaître, j'avais eu pour ses intérêts, il apparut trois jours après notre arrivée, et après m'avoir rendu grâce de ce que j'avais bit pour lui, après m'avoir demandé à plusieurs reprises et redemandé, de manière à m'impatienter, s'il n'y avait plus aucun danger pour ce qui composait ses effets mobiliers, après en avoir eu dix assurances garanties sur ma parole d'honneur, après avoir obtenu d'être assisté par mes deux adjoints pour l'enlèvement d'objets qu'il désirait faire transporter dans une terre qu'il avait en Toscane, il^ se rendit en une grande salle, où, pour ma garde, toute une compagnie de grenadiers avait été casernée; il fit enlever un immense tableau du Christ, auquel personne n'avait fait attention, ouvrit une armoire pratiquée dans l'épaisseur du mur, armoire que le tableau cachait entièrement, et fit emporter par quatre domestiques, qui l'avaient suivi, quatre petites caisses faites avec beaucoup de soin et extrêmement lourdes.

Rien ne peut rendre la stupéfaction des grenadiers, à la vue de cette armoire, de ces caisses, dont, sans s'en

douter, ils avaient été les gardiens pendant trois jours et trois nuits : lorsque, la dernière caisse partie, ils entendirent l'Harpagon s'écrier : • Quand on aurait pillé toute ma maison, je n'aurais rien perdu, du moment où j'ai retrouvé mes caisses » , lorsqu'ils apprirent qu'elles étaient pleines d'or, l'étonnement fit place à une telle colère, que, après s'être réciproquement reproché leur bêtise, les grenadiers en vinrent aux injures, aux menaces. M'étant renseigné sur la cause de ce vacarme, que -j'entendais,je donnai l'ordre de prendre immédiatement les armes sous prétexte d'inspection; sans cette diversion, la scène, comique jusque-là, se serait terminée de la manière la plus tragique. Les grenadiers en furent donc pour des regrets, dont le souvenir sans doute a fait déplacer bien des tableaux.

Le 13 mai, le général Valette fit répandre avec toute la profusion désirable une proclamation que je rédigeai; elle promettait pardon et protection à ceux qui, aviant trois jours, auraient remis leurs armes, renouvelé leur serment à la République, réintégré leurs foyers et repris leur travail. L'effet dépassa les espérances, et nous rentrâmes à Perugia.

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