LIT. [■ — CHAP. IX
traiter durement les individus , même grands seigneurs. J'ai même , à Scavina et à Landscron , rallié à coups de plat d'épce des fuyards, sans m'inquiéter s'ils étaient nobles ou non ; je n'a) fait en cela que ce que le baron de Viomesnil sera forcé de faire , et ce que vous eussiez fait à ma place. Je vous avoue que ce grief ne mérite pas voire attention: Quel est le troisième grief? — Oh! pour le coup, vous êtes un insolent, vous me bravez. Vous êtes une créature deM.de Choiseul. — Jesuis créature de-Dieu et de mon épée. Cette épithète ne convient qu'à vos valets, et je me retire. » II ouvre la porte; le duc lui dit : <> Je vais vous faire mettreà fa BastiFle. — Vous le pouvez; mais ce ne sera pas vous qui m'en ferez sortir. — Vous avez la tête bien dure. — Monsieur le duc , je ne connais que les balles plus dures que ma tête. Mais pourquoi me traitez-vous si mal ? ■ Le duc prend un air plus calme, et lui dit assez gracieusement : « Jesuis juste : vous m'avez mandé que vos appointemenls vous sont dus, je vous les ferai payer exactement, mais n'attendez rien de plus de moi. — Eh bien ! à la bonne heure. Je n'ai été que prêté aux affaires étrangères , j'en ai assez ; je vais m'adresser à mon ministre. » Huit jours après , les appointerons furent payés.
En sortant de cette vive conférence, il se rendit sur-le-champ chez le marquis de Monteynard , ministre de la guerre , qu'il n'avait jamais vu non plus. Ce ministre était enfermé dans son cabinet. Le valet de chambre , après l'avoir annoncé , vint lui dire qu'il revînt un autre jour ; qu'on n'avait pas le temps de lui parler. Très en colère, Dumouriez force la porte , la referme sur lui, et interrompt M. de Monteynard, qui, avec un froid glacial , lui demande pourquoi il force la porte d'un ministre. « Vous me voyez très-ému, lui dit-il : écoutez-moi, vous verrez si j'ai tort. » 11 lui raconte vivement la srène qu'il venait d'avoir aveele duc d'Aiguillon. Pendant ce récit, la ligure calme de M. de Monteynard s'anime; il le plaint , et l'assure qu'il ne trouvera pas en lui la même injustice.
M. dè Monteynard détestait le duc d'Aiguillon. Tout l'ancien parti du duc du Choiseul , surtout le prince deCoudé , qui l'avait porté au ministère, le soutenait contre lui, La conférence déniât très-longue ;et quatre jours après il l'attacha avec trois mille
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livres d'appointements à la légion de Lorraine, dont était colonel le comte de Viomesnil, frère du général chargé de la mission de Pologne , avec lequel il était lié depuis la Corse. Dès lors la confiance s'établit entre ce ministre et lui sur beaucoup d'objets.
Il raconta son aventure au comte de Hroglieetà Favier; on en fit un article delà correspondance secrète,qui divertit Louis XV. Ce roi détestait le duc d'Aiguillon , et ne faisait aucun cas de ses talents; il était cependant plus à son aise avec lui qu'avec le duc de Choiseul, dont la tranchante supériorité l'avait toujours gêné.
Il passa toute l'aimée 1772 entre Paris et Versailles, où il avait loué un petit appartement, à la mort de son onde. .N'étant qu'attaché a la suite de la légion de Lorraine , il n'était assujetti à aucun service. Cependant ce loisir n'était pas sans occupation. Son premier travail fut une Instruction pour les troupes légères; c'est un traité pratique de la petite guerre, et de tout ce qu'un officier doit apprendre pour devenir bon partisan. Il fit attacher un de ses élèves, nommé Montigtiy, comme capitaine de dragons à la légion de Lorraine , pour faire exécuter cette instruction. Elle y réussit, et elle aurait fini par être universellement adoptée, sans la réforme que M. de Saint-Germain fit de ces corps en 1774.
Il fut ensuite chargé par le ministre de l'examen d'un nouveau traité sur les hôpitaux militaires , donné par un médecin nommé Colombier. Cet ouvrage comprenait deux parties, l'une intitulée Hygiène militaire, l'autre Médecine militaire. Cela entraîna des discussions , des épreuves dans des hôpitaux qu'on établit exprès. Mais le régime des anciens administrateurs des hôpitaux royaux et de la vieille médecine remporta , et cela ne procura que quelques légères améliorations et la réforme de quelques gros abus, qui lui firentdes ennemis, pour avoir voulu soutenir Colombier, d'ailleurs homme dangereux et assez mauvais sujet, mais fort instruit.
Il fut chargé d'un autre travail qui lui prit six mois. Il avait rapporté de ses voyages desmémoires sur l'état et les ordonnances militaires du Portugal , de l'Espagne, de la Prusse, de la Russie et de l'Autriche. M, de Monteynard, à qui il les montra, lui ordonna J'en faire une analyse comparative et roisonnee, qu'il