‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 32 sur 59 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

L'armée russe se retirait sur sa capitale:

elle fit encore (juelquè résistance à Moiaïsk et gagna Moscou. Nous occupâmes cette ville sans coup Férir. Murât y entra a la suite des Cosaques, s'entretint avec leurs chefs et donna même sa montre a l'un d'eux. Ils lui témoignaient l'admiration que leur causait son courage , rabattement qu'entraineiit les lon'gues disgrâces, lorsque des couj^s de fusil se firent enten- / dre : c'était quelques centaines dé bourgeois qui avaient pris les armes. Ils firent eexmêmes cesser ce feu inutile et continuèrent leur retraite. •

Napoléon fit son. entrée le lendemain. Il ♦ s'établit au Kremlin svec une partie de sa gax'de et les personnes de sa maison; mais nous étions si mal, que je fus obligé de prendre un autre logement. Je m'installai a quelque distance dans une maison qui appartenait a un des membres de la famille Nareschkin. J'étais arrivé a quatre heures du sioir. La ville était encore intacte: la douane seule était la proie des flammes , qui la dévoraient déjà avant qu'aucun Français ne ]>arût ; mais la imit vint , ce fut le signal de l'incendie ; a gauche ,. a droite , partout il éclatait.

Les édifices publics, les temples y lespiio-

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Eriétés particulières, tout était en feu. La conagratioa ^tait générale, rien ne devait échâjrper. Le vent soufflait avec violence ; lembrasement fit dés progrès rapides. Amitiuitlefoyer était si effrayant, que mes ^aides-de-camp nie réveillèrent j ils me soutinrent; je gagnai une fenêtre d'oii je contemplai ce spectacle , qui devenait affreux. L'incendie s'avançait sur nous : a quatre heures oA me prévint qu'il fallait déloger. Je sortis; quelques instants après là maison fut réduite en cendres. Je me fis conduire du .coté du Kremlin; tçut y était en alarmes. Je rétrogradai et me rendis au quartier de^ Allemands. On m y iKait arrêté rhoiel d'un général russe; j'espérais m y remettre djp mes blessures ; mais quand j arrivai , des bouèfées de feu et de fumée s'en échappaient déjà» Je n'entrai pas ; je retournai encore au Kremlin^ Chemin faisant j'aperçus des soldats, des artisans russes qui se répandaient dans lés maisons et les incendiaient. Nos patrouilles en tuèrent quelques uns en ma présence et en arrêtèrent un assers grand nombre. Je rencontrai le maréchal Mortier. „0ù allezvous ? me dit-il. -r- Le ,,feu me chasse , quelque part que je me loge; „je vais décidément au Kremlin. • — Tout y est „én désordre, l'incendie gagne partout: éloi- ,,gneîÇ-vous plutôt. — Oà se retirer ? — A mon. •yhôtel; mon aide-de-camp vous conduiraé" Je le suivis. La maison était près de l'hospice des enfants-trouvés. Nous y étions a peine , qu elle était déjà embrasée. Je me déterminai de nouveau a aller au Kremlin. Je passai la Mos- ](ovv^a pour m'établir vis-a-vis le palais, qui

était encore intact. Je rencontrai en route le géi terril Lariboissière , accompagné de son fils, malade; Talhouct se joignit a nous; nous nous

'logeâmes tous dans des maisons placées sur la rivière. Mon propriétaire était un brave cbapeliei» rf ui apprécia ma position et mê prodigua tous les soins possibles. J étais a peine installé chex cet honnête artisan^ que le feu se manifesta de toutes parts. Je quittai à la hâte: les quais sont étroits; si j'eusse tardé, je n'eusse jm échapper avec ma voiture. Nous repassâmes l'eau et nous vînmes nous établir en plein air, demère les murs du Kremlin ; c'était Tunique moven de trom%r quel<(ue repos. Le vent soufflait avecune violence toujours croissante

^et alimentait l'incendie. Je me déplaçai encore une fois , mais ce fut la dernière. Je me retirai près d'une barrière: les maisons étaient isolées^ éparses; le feu ne put les aUeindre. Celle que foccupai était petite, comm^ode, et appartenait a un prince Gallitxin. J'j^ ai nourri pendant quinze jours au moins cent cinquante habitants^ réfugiés,

Napoléon, fut a son tour obligé de se retirer devant les flammes. Il quitta le Kremlin et porta son quartier-général hors de la ville, dans une maison impériale , oii il s'établit. Il n'y resta |>ns Jong-temps; il rentra air palais des

, cxars dès que Tinçèndie fut tout-a-fait éteint. Il envoyait presque tous les matins le général Narbonne savoir de mes nouvelles.. Ce général, f ômme beaucoup de monde, était fort inquiet. Il me disait souvent que l'empereur avait tort de compter sur la paix, que nous n'étions pas

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a même de dicter des conditions^ que les Russes ne s étaient pas résignés au sacriiice de leur capitale jpout accepter des traités désa\ anlageux. ,,Ils nous] amusent pour prendre leur „revanche et avoir |>lus beau jeu/*

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