Le Comte Kaunitz à l'Empereur Léopold
Analyse et extraits. Munich, 18 décembre 1688.
Lie Baron Leidel a communiqué au Comte Kaunitz la réponse de l'Électeur aux propositions de l'Autriche telle qu'elle a été délibérée en Conseil.
l'» L'Électeur demande que l'Empereur obtienne effectivement de la couronne d'Espagne l'abandon des Pays-Bas espagnols, et, qu'à cet effet, il envoie un négociateur spécial. La paix ne sera pas conclue avec la France avant que les Pays-Bas ne soient conquis et (jue le traité de paix ne stipule le maintien des Pays-Bas dans les mains de l'Électeur, avec l'assentiment et même le conoours do l'Électeur de Brandebourg, des États Généraux et de toutes les puissances voisines.
2o Dans le cas où il faudrait renoncer aux Pays-Bas, l'Électeur demande que : i» pour tenir lieu de cette juste prétention; 2* pro roto; 3<» gratitudinis causa propter auxilia lata contra Tureas; 4o pro subsidiis in futurum ; l'Empereur lui cède un territoire en proportion avec ses prétentions,
3<> Si cette condition aussi ne peut être remplie, l'Électeur demande pro voto et gratitudine, à la place du million qui loi a été offert, les marquisats de Burgau et de Neubuig.
4* Il demande enfin un subside annuel de 300,000 fl. pour un contingent de 8,000 hommes, ou de 450,000 fl. pour 12,000 hommes, le tout usque eut casum successionis Hispanies,
Kaunitz a déclaré à Leidel qu'il trouvait ces demandes exorbitantes. Il a formellement rejeté toute cession de territoires appartenant aux possessions allemandes de la maison d'Autriche (die Teutsche monarchia dèss Erihauss)^ il a laissé entendre que ad casum mortis sine proie (quod Deus avertat) sux catt^olics mqjestatis, on pourrait peut-être trouver un aquivalens dans les États de la succession, qu'on serait disposé à agir à Madrid pour obtenir l'introduction, dans le futur instrument de paix, de la cession des Pays-Bas, mais qu'aujourd'hui cette question ne pourrait être soulevée, ni surtout communiquée aux autres puissances, sans amener des retards très préjudiciables à la cause commune.
Au reproche qui pourrait être fait à la maison d'Autriche de se montrer ingrate pour les services rendus par l'Électeur en Hongrie, Kaunitz a répondu par l'expression des sentiments les plus affectueux et les plus sincères, par l'exposé des avantages que l'Électeur a retirés de la guerre. « U a assuré sa sécurité et c celle de TEmpire du côté de l'Orient, il n'a plus à craindre c qu'un siège de Vienne mette de nouveau ses États en danger, il • s'est donné un grand meritum vis-à-vis de Oieu, de 8a Sainteté « le Pape, de Sa Majesté l'Empereur, de l'Empire romain et de « toute la Chrétienté; il a gagné une gloire immortelle et mis « l'Empereur en situation de pouvoir librement défendre les front tières occidentales de TEmpire. » Kaunitz a fait ressortir ensuite le désintéressement avec lequel l'Empereur a subvenu à l'entretien des troupes électorales et a terminé l'entretien par les offres suivantes qu'il a déclaré devoir être les dernières :
Un subside annuel de 200,000 fl. duranU bello et de 100,000 n. tempore pacis, jusqu'à ce que le casiu sueeessionis Hispanies se présente et que l'Empereur ou ses héritiers parviennent servato sue^ cessionis ordine ad quietam pouessionem illitu monarehi». Le paiement d'un million en cinq annuités de 200,000 fl. non pro vato, mais titulo gratitudinis pour les dépenses faites en Hongrie par l'Électeur ; quant au votum, l'Électeur le maintiendrait au chiffre de 8,000 hommes.
Ces propositions ont été examinées en conseil des trois ministres et il a été répondu que l'Électeur consentait à ne pas retarder la conclusion du traité jusqu'à ce qu'il ait été mis en possession des Pays-Bas; il demandait qu'un envoyé impérial Mt dépéché à Madrid pour régler la question, après avoir' passé à Munich pour
y rec^v.^ir ««?» în^tructions ; il indiquait poar cette mission le Gjinie de Ljbkowitz; il persistait à demander le marquisat de Bur:zau ei Neubcrg sur l'Inn pro xoto et gratiludine et un subside de 3<».0(» û. p*jur un contingent de 8,000 hommes.
En transmettant cette réponse à Kaunitz, le grand Chambellan lai a lionne le conseil de hâter la conclusion du traité et de céder au moins Neuburg afin de faire cesser les murmurationes tiialatolijrum et d'empêcher qu'on ne puisse dire que TËlectenr, après avoir dépensé onze millions pour secourir l'Empereur, n'en avait pas reçu un pied de terre.
Kaunitz demande des instructions définitives.
(Origin. aliem. Arch. I. R. de l^enne.)