‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 63 sur 130 · Villars au marquis de Croissy · texte numérisé non relu

Villars au marquis de Croissy

Au camp de Baya 2, le 22 aonst 1687.

Comme je connois, Monseigneur, que vous n'estes pas fâché d'avoir une connoissance entière de ce qui se passe icy, j'ay crû qu'outre la relation que je vous ay envoyée de la bataille, vous en auriés une idée plus parfaite si je vous la desseinois. Je ne suis pas un habille homme à ce métier-là; mais, pour la situation du païs et la disposition des troupes, vous la verres nettement dans ce papier 3, tout griffonné qu'il est; et, pour que vous connoissiés

1 . Cette localité, que Villars écrit aussi Satzwy, ne se trouve pas sur les caries tant anciennes que modernes que j'ai pu consulter.

2. Il ne peut s'agir ici de la ville de Baja, située sur la rive gauche du Danube, au nord de Mohacz, mais de quelque localité obscure entre Mohacz et Darda : je ne l'ai pas trouvée sur les cartes.

3. La planche que nous donnons est la réduction aux 5/12 du dessin original de Villars conservé aux Archives des Affaires étrangères, mais relié par erreur dans le volume coté Hongrie 8.

Je transcris ici les renvois écrits de la main de Villars dans l'angle droit de la feuille :

1* Le camp impérial.

mieux tous nos mouvemens, il faut vous dire que le corps des ennemis marqué 6, dès que notre gauche marquée 4 fut montée sur la hauteur marquée 13, tout ce corps, avec une promptitude merveilleuse, gagna toutes les hauteurs derrière nous, presque jusqu'au pied de la montagne d'Erschans, et, si dans le mesme tems le corps des ennemis marqué 5 eut attaqué, Tarriere-garde étoit constamment battue. Je puis vous dire sans nule vanité qoe dans ces momens-là je ne fus pas absolument inutile à Monsieur l'ËSeoteur, et vous saurés encore, pour vous faire connoistre dans quel péril nous étions, que dans le tems que notre cavalerie filoit à trois cens pas de Tennemi, nous n'avions point de seconde ligne, ce que les ennemis pouvoient voir distinctement. Ils ont eu intention d'ataquer Tarrière-garde, et pour cela ils se sont conduits par merveille jusqu'au moment de Tataquer qu'ils ont perdu. Monsieur de Lorraine nous envoya la brigade de cavalerie de Picolominy, et avec cela et toute la cavalerie de notre gauche nous rechassàmes tout le corps qui avoit pris nos derrières et nous nous remimes en bataille, c'est-à-dire notre gauche comme en

2* Marche de Tannée vers Sidos resserrée par les bois vers le pied de la montagne d'Erschans.

3* Colonne des bagages.

4* Troupes en bataille en sortant du camp pour prendre leur marche.

5* Corps de cavallerie que l'ennemy avança dès le matin sur nostre ligne.

6* Grand corps de cavallerie qui enveloppa nostre gauche dès qu'elle eust quitté le bois et prit les hauteurs derrière toute Tarriergarde.

7* Retranchement commencé par l'ennemy.

8* Gros bois impraticable qui couvroit nos aisles.

9* Le vallon.

10* Playne de Siclos.

11* Petites bayes dont l'ennemy estoit le maistre et qui resseroit U marche.

12* Grosse baye où l'on ne pouvoit passer qu'en desfilant.

13* Hauteur qui regnoit despuis la montagne d'Erschans jusqoes an camp des ennemis.

14* Montagne d'Erschans.

15* Siclos.

16o Bois qui couvroit nostre aisle gauche.

17* Fuitte des ennemis vers leur camp.

18* Hauteur que le corps des ennemis marqué 6 avoit gagné derrière nostre arriergarde.

19* Canon des ennemis.

sortant du camp, car, pour la droite, elle étoit dans la plaine de SicloB et nous étoit absolument inutile. Ensuite, Ton poussa les ennemis devant soy et Ton marcha toujours à eux, sans les charger, jusques à l'endroit où étoit le corps des ennemis marqué 6. Après quoi tout alla de front à leur retranchement qu'ils abandonnèrent et s'enfuirent. Peut-estre que cette dernière explication vous instruira encore mieux de ce que j'ay déjà eu Thonneur de vous mander. L'on persiste dans le premier dessein d'aller en Transsilvanie

L'Électeur renvoie la plus grande partie de son équipage, et, je crois, s'en ira lui-mesme aussi bientôt. La plupart des volontaires sont partis ou partent. Leurs troupes n'ont assurément pas besoin de fatigue. L'on aura réponse dans deux ou trois jours de Vienne 8or la bataille. Il y a des tems in6nis que je n'ay reçu de vos lettres. Je sais qu'il s'en est perdu de celles que Pestaloiy m'en- Toyoit et mesme des lettres de change, peut-estre sera-t-il arrivé de mesme à celles que j'ay l'honneur de vous écrire ; en tout cas, rendés-moy la justice de croire que j'ay été fort régulier.

Nous venons de passer le Danube. Son Altesse de Lorraine envoyé les comtes de Taff et de Falkenam', colonel commissaire, pour régler avec les ministres de l'empereur la distribution des quartiers d'hiver.

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