‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 66 sur 130 · Villars au marquis de CroUsy · texte numérisé non relu

Villars au marquis de CroUsy

Au camp à hauteur d'Erdeudy^, le 30 aoust 1687.

Je recois dans ce moment une; lettre que vous mé faites l'honneur de m'écrire du 7 aoust. C'est la seconde depuis que je suis en campagne, et je vois que vous n'avés encore reçu, des miennes que celles du 5 et 14 juillet. Il ne s'est point passé de semaine que je n'aye eu l'honneur de vous écrire pour le moins deux fois, et je fais tout de mon mieux pour que mes lètres soient en chemin le moins possible. Mais vous devés conter qu'il faut quelque tems pour les lire en chemin, et l'on prend assurément cette peine-là à Vienne.

Par ma dernière, je vous mandois que nous dessendions le

1. Aujourd'hui Erd5d, petite place sur la rive droite da Dtanbe, un peu au-dessous du confluent de la Drave.

Danube, que cependant l'on avoit toujours envoyé un convoy de 1,000 chariots de farines à Ségédin pour que l'armée ne soufrit point dans la marche qu'on prétend faire en Transsyivanie, que les mesmes chariots dévoient revenir charger encore des farines qu'on fait dessendre par des bateaux. Les nouvelles qui nous étoient arrivées que les ennemis fuyoient vers Belgrade et que je TOUS ay aussi mandées qu'Essek étoit comme abandonné, nous avoient donné quelque espérance de pouvoir passer le Danube au-dessous d'Essek et emporter cette place, mais nous avons trouvé en arrivant vers Erdeudy qu'il y avoit une garnison de Turcs de 600 hommes. Les païsans nous ont appris qu'il y avoit quatre hachas dans Essek et que l'armée ennemie étoit près de Valkowar; ainsi, selon les aparences, l'on ne songera point à passer le Danube, Ton attendra les chariots et ensuite l'on prendra la route de Ségedin. L'armée est un peu fatiguée ; il ne seroit pas impossible aux Turcs de défendre la Transsilvanie ou au moins d'empescher d'y prendre des quartiers d'hiver. Ce païs*là est couvert de quatre de leurs places, qui sont : Waradin, Youlo, Lipa et Temisvar^ Ils peuvent garnir ces places autant qu'il leur plaira et sur la fin de septembre toutes sortes de sièges deviennent difficiles sans hasarder de batailles ; métant leur infanterie dans ces villes et un corps de dix ou douze mille chevaux dans le plat païs, ils obligeroient assurément les troupes impériales à retourner ou en Haute-Hongrie, ou dans les pays héréditaires. Elles sont déjà un peu fatiguées et cela ne se peut pas autrement : voicy le 44* camp que fait la plus part des troupes. Je crois que dans fort peu de jours l'Électeur reprendra le chemin de Vienne.

L'on remarche demain vers Sobor ^ en remontant le Danube, et l'Électeur a quasi déclaré que dans trois ou quatre jours il reprendroit la route de Vienne.

Page 1