‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 35 sur 39 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

Avant de passer à la campagne de Gênes, j'ai Armée d'itMir besoin de dire succinctement ce qui s'était passé à l'armée d'Italie, depuis que le général Championnet en avait pris le commandement. Les armées françaises , en Suisse et en Hollande, avaient terminé, par d'éclatants succès, la campagne de 1799, qui avait commencé par des revers. L'armée d'observation du Rliin avait elle-même, quoique réduite à un rôle très-secondaire, passé cette campagne en'affaires partielles; elle avait menacé, à plusieurs reprises, une forteresse importante, et elle était enfin parvenue à se maintenir sans être entamée, ainsi qu'à couvrir notre frontière.

Il s'en fallait bien que la malbeureuse armée d'Italie fût dans une pareille situation. Toute l'Italie était perdue, depuis Naples et la mer Adriatique jusqu'aux Alpes, à la seule exception des montagnes de la Ligurie. Cent mille Français

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avaient péri ou étaient prisonniers; plus de chevaux, presque plus d'artillerie. Le peu de braves qui restaient d'une magnifique armée se débattaient, contre la famine et la contagion, sur le sommet des Apennins, où la tolérance de l'ennemi les laissait encore. C'étaient cependant ces tristes débris, qui devaient rassembler leurs forces exténuées et ajouter une nouvelle page à la gloire des armes françaises, en se dévouant pour défendre Gènes. Avant de réunir sous son commandement les armées des Alpes et d'Italie, le général Championnet commandait la première, qui consistait en un cordon de troupes destiné à couvrir notre frontière. Il avait fait, depuis le Val d'Aoste jusqu'au Col de Tende, une guerre de postes, et il y avait remporté quelques avantages. Il dut naturellement chercher à opérer la réunion des deux armées en avant de Coni, dernière place qui nous restât en Piémont.

Premiers Daus cc dcssciu , sa colonne de gauche, com-

généiai f.ii.m- maudec par le gênerai Duhesme , marcha , le conSs 13 septembre, d'Aoste sur Ivrée, où était établie

^SaWg'rno'. * 1'^ division autrichienne du général Hadick, et menaça Turin, tandis que deux autres colonnes partaient de Suze et de Pignerol. Ces diverses colonnes devaient se réunir sur Fossano et Savigliano, avec la division du général Grenier qui parlait de la vallée de la Stuia ; mais, isolées les

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unes des autres, elles furent battues séparément. Le général Duhesme , attaqué par la garnison de Turin , qui était venue apporter du renfort aux troupes engagées , dut se retirer à Pignerol , et quelques jours après , à Fenestrelles. Le général Grenier, attaqué à son tour par le général Mêlas avec des forces doubles, fut également repoussé et éprouva des pertes. 11 se relira en partie sur Coni et en partie sur Saluées.

La réunion des colonnes du général Championnet avait manqué , parce que celles-ci ne se soutenaient pas, et par la trop grande étendue de terrain qu'elles embrassaient avec d'aussi faibles moyens. Le succès eût été plus probable, si les vingt ou vingt-cinq mille hommes de l'armée des Alpes , dont le général Championnet disposait , eussent été ralliés dans le marquisat de Saluées, et portés en un seul corps sur Savigliano , où ils auraient eu la forteresse de Coni pour appui, surtout si le général Championnet eût entrepris cette opération six jours auparavant. Alors, le général Moreau , qui commandait intérimairement l'armée d'Italie, entre la mort du général Joubert et l'arlivée de Championnet, avait essayé de faire une diversion en faveur de la citadelle de Torlone , près de succomber; il avait tenté de se porter encore sur Novi, mais il avait été repoussé. Si ce mouvement eût coïncidé avec celui de l'armée

des Alpes , rarmée ennemie eut été obligée de se diviser, et elle eût pu, d'un côté ou de l'autre, ne pas se trouver en force suffisanle pour empêcher la réunion des deux armées françaises. Celles-ci, une fois réunies , auraient même pu remporter des succès. Mais il est rare de voir un pareil accord entre deux généraux qui doivent concerter leurs projets et les diriger vers un but commun. Chacun y apporte ses prétentions particulières, ou tout au moins consacre trop exclusivement son attention et ses soins à ses propres opérations , et c'est ainsi qu'on perd de vue l'ensemble. Position Après cette opération manquée , le général

de l'armée. , i i o i i i • • •

Championnet rapprocha de Saluées la division du général Duhesme ; il laissa à ce général le commandement provisoire des tioupes de l'armée des Alpes, et il se rendit à Gènes, pour recevoir du général Moreau le commandement de l'armée d'Italie. Cette armée était ainsi répartie ; Une division de trois mille hommes, commandée par le général Miollis, était placée dans la rivière du Levant, à Nervi, où elle observait le corps autrichien du général Klenau, établi à Rapallo. Quatre mille hommes d'infanterie et deux cents de cavalerie, aux ordres du général Laboissière , étaient campés sur le revers des montagnes, entre Novi et Yoltaggio. Cette division avait devant elle le général autrichien Karaczay, avec dix

mille hommes, qui occupaient la position de Pezzolo.

Le général Watrin était, avec cinq cents hommes, au col de la Bocchetta, où passait la route de Gènes à Alexandrie ; il était destiné à soutenir le général Lahoissière.

Le fort de Gavi avait une garnison de trois cents hommes. Aux portes de Gènes, deux mille Polonais, commandés par le général Dombrowsky, occupaient \ oltri et Campo-Freddo. La ville de Gènes avait une garnison de trois mille hommes.

Le surplus de l'armée d'Italie était concentré sur les hauteurs en avant de Savone et San-Giacomo, d'où l'on poussait des postes jusqu'à Capriata. C'était la troupe la plus rapprochée de la droite de l'armée des Alpes , mais encore trop éloignée pour avoir avec elle ses communications libres et pour qu'il fût possible de se secourir réciproquement.

Depuis ses succès à Fossano et Savigliano, le général Mêlas s'était rapproché de Coni, et il disposait ses principales forces à former l'investissement de cette place. Des détachements français, qui se tenaient encore dans la vallée d'Aoste , en étaient repoussés et rejetés au delà des monts. En même temps, les généraux Ott et Frolich faisaient les sièges d'Âncône, du château Saint-Ange à Rome, de Civita-Vecchia et de quelques autres

places dont les garnisons françaises ne pouvaient

tarder à se rendre.

L'armée du général Mêlas était , sur la fin de septembre, évaluée à soixante mille hommes. Le général Cbampionnet en avait à peu près cinquante-trois mille à lui opposer, par la réunion de l'armée des Alpes et de l'armée d'Italie ; mais il avait à garder un grand nombre de débouchés, qui aboutissent à la frontière de France, à travers la chaîne des Alpes; ceux des Apennins, pour couvrir les communications de Gènes avec la France , ainsi qu'à pourvoir à la défense de cette ville, dont la ])opulation avait besoin d'être contenue. Ainsi , quoique les forces respectives des deux armées, prises dans leur ensemble, ne fussent pas trop disproportionnées, le général Cbampionnet ne pouvait mettre en ligne, sur un champ de bataille , qu'un nombre de combattants trèsinférieur à celui des ennemis. Pour comble d'embarras, les instructions qu'il avait reçues du gouvernement ne lui permettaient pas de prendre une ligne plus resserrée , où il eût pu se rapprocher des subsistances, concentrer, reposer, rétablir ses troupes délabrées, et les préparer à reprendre l'offensive dans la campagne suivante.

Conseil Le général Gouvion Saint-Cyr commandait l'aile

''TGên'er"" droite de l'armée. Appelé à un conseil de guerre, que le général Cbampionnet convoqua, pour aviser

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aux dispositions qu'il convenait de prendre , il démontra que si, contre tous les principes de stratégie et les règles de prudence , on se déterminait à défendre VÉtat de Gênes, où tout était épuisé, la ruine entière de l'armée en serait l'inévitable conséquence, et qu'après avoir vu ce qui restait de troupes mourir de faim , il faudrait bien se résoudre à quitter le pays , si même auparavant on n'était réduit à quelque situation désespérée , soit par la misère qu'on éprouvait, soit par le fait de l'ennemi qui. au moindre effort, pouvait intercepter les communications avec la France. Le général Saint-Cyr proposait, en conséquence, de replier l'armée sur la ligne de la Roya, en avant de Mce, où elle pourrait recevoir des vivres, se rétablir, et, tout en se reposant, garder les principaux débouchés du Piémont, que bientôt les neiges allaient réduire à un petit nombre. Ainsi préparée à reprendre les hostilités , l'armée pouvait rentrer en Italie avant que les Autrichiens, qui allaient étendre leurs quartiers d'hiver dans le Milanais, se fussent rassemblés, et elle avait alors la chance de remporter des avantages.

Ce conseil était dicté par la sagesse , et la voix du général Saint-Cvr méritait d'être écoutée. On ne pouvait lui opposer aucune bonne raison. Mais il en coûtait trop d'avouer que , dans une campagne, on avait perdu toute l'Italie, et qu'on

était dans l'impuissance de garder le peu qui en restait; on voulait conserver des espérances, ou plutôt des illusions. De loin , le Directoire pouvait faire ces calculs ; de près , on eût fait insulte à la raison , si on eût méconnu l'évidence du péril. Déjà l'armée manifestait un mécontentement, qu'elle porta plus tard jusqu'à la sédition; elle était fatiguée de combats sans cesse malheureux; elle manquait de tout; ses forces étaient épuisées , son moral abattu , et devant elle se présentait un avenir plus effrayant encore. Chacun se rendait compte de cette affreuse situation; on ne pouvait espérer aucune amélioration ; les délais augmentaient l'anxiété; et l'opinion des troupes, dont le général Saint-Cyr avait été l'interprète, semblait devoir entraîner la décision du conseil de guerre. Mais le général en chef Championnet annonça qu'il avait reçu des ordres du gouvernement , qui lui prescrivaient impérieusement de défendre l'État de Gènes et de sauver Coni. Il ne restait plus qu'à obéir.

On a dit que a la situation désespérée, dans laquelle se trouvaient les directeurs de la république, et la crainte de la révolution qui les menaçait, leur avaient inspiré l'étrange résolution de garder Gènes et de maintenir l'armée dans ce pays, afin d'atténuer, aux yeux de la France, les malheurs dont leur incurie était cause. » H est

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vraisemblable que quelque motif de cette nature a dû les déterminer, quoiqu'il se tiouvât parmi eux un homme d'un talent supérieur (Carnot) qui, en d'autres temps, avait su donner à la guerre une meilleure direction; mais dans cette circonstance, sa voix a dû être étouffée. Quoi qu'il en soit, on ne peut dissimuler que les événements de la campagne suivante n'aient presque justifié une disposition , qui exerça ensuite sur eux la plus grande influence. Mais au mois de septembre 1799, personne ne pensait à de pareils événements , ni ne pouvait prévoir la bataille de Marengo. On ne saurait, par conséquent, faire honneur au Directoire de cette prévoyance, et, dans ce cas même, on peut encore se demander s'il fallait acheter l'avantage de la conservation de Gênes , au prix des immenses sacrifices que cette conservation nous a coûtés.

La première opération du général Championnet devait être d'essayer de sauver Coni. 11 renforça son centre , qui était aux environs de cette place, et il laissa à Gênes le général Saint-Cyr avec l'aile droite. Ce général devait non-seulement couvrir Gênes , mais seconder, par des diversions et des démonstrations sur sa ligne, le mouvement général de l'armée.

Le général Saint-Cyr avait désapprouvé le plan qu'on suivait. Lorsqu'il fut chargé de concourir à

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exécuter ce mêine plan , il s'en acquitta avec le même dévouement et la même intelligence que s'il en eût été l'auteur, et il sut tirer parti des faibles moyens qui lui avaient été laissés, par de si bonnes dispositions, qu'on regretta de ne pas voir entre ses mains le commandement de l'armée. Il nous eût épargné beaucoup de pertes. C'est ainsi que le vrai mérite sait faire céder sa volonté devant le devoir.

Succès 11 était instruit que les ennemis se proposaient

du gcni'iiil 111 , .

Gouvion-Siiiit- de 1 attaquer avec des forces supérieures et d en-

Cyr. . ^

treprendre de le rejeter dans Gênes , ou , de concert avec la croisière anglaise qui empêchait les secours d'y entrer, ils l'auraient tenu enfermé. Pour prévenir d'aussi fâcheuses conséquences, il se décida à prendre l'offensive ; il marcha successivement sur les corps séparés des ennemis, qui ne s'attendaient à rien moins qu'à sa visite , les combattit , les repoussa de leurs positions , leur enleva des prisonniers, et, les ayant mis pour quelques jours dans l'impuissance de lui nuire , il revint attendre à Gênes qu'ils lui fournissent une nouvelle occasion de punir leur témérité.

La première opération fut dirigée contre le général Klenau, dont la division était à Rapallo. Espérant qu'à la faveur d'une surpi-ise il pourrait l'envelopper , le général Saint-Cyr ordonna , le 14 octobre, au général Watrin de gagner avec

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une brigade les denièies de celte position en tournant la montagne et en se dirigeant de la Bocclietta sur Braco , au delà de la Sturla. Les deux mille Polonais du général Dombiowsky devaient s'embarquer, à Gènes , avec une partie de la réserve, suivre la côte du Levant, et aller débarquer au port de Moneglia, près de Braco, où la réunion des deux colonnes devait s'opérer. En même temps le général MioUis devait attaquer de front. Ces bonnes dispositions devaient réussir, et la division du général Klenau eût été tout enlevée, sans des retards (jue le général Watrin éprouva dans sa marclie ; cette division se bâta de décamper; mais son arrière-garde, composée de douze cents bommes, fut prise. Les colonnes françaises et la flottille rentrèrent dans leurs positions sans aucune perte.

Dès le lendemain, le général Saint-Cyr se dirigea sur la division autricbienne du général Karaczav, qui était à l'ozzolo. Il la fit d'abord attaquer par le général Laboissière, qui fut repoussé et ramené jusqu'au pied des montagnes. Cependant le général Saint-Cyr, rassemblant, à ÏNovi, les Polonais et la petite division Watrin , marcba sur les derrières de l'ennemi. 11 n'avait pas de cavalerie , et le général Karaczav en avait une nombreuse; mais ce mouvement audacieux ne s'en fit pas moins avec la plus grande précision.

L'infanterie française , disposée obliquement , repoussa toutes les charges de la cavalerie autrichienne et chargea à son tour l'infanterie ennemie. Le général Raraczay, mis en déroute , se retira derrière la Bormida , abandonnant au général Saint-Gyr quinze cents prisonniers avec sept pièces de canon , et lui laissant la liberté d'occuper la plaine pendant trois semaines et d'y nourrir ses soldats.

Le général Mêlas avait rassemblé son armée entre la Stura et le Tanaro , pour ouvrir le siège deConi, mais les opérations du général Saint- Cyr l'obligèrent à détacher le général Kray au soutien du général Karaczay, et le général Bellegarde au secours du général Klenau. Cette diversion devait favoriser le général (>hampionnet , qui avait réuni son centre , composé de vingthuit mille hommes, entre Mondovi et Coni, et qui manœuvrait encore pour se réunir, sur la Stura, avec le général Duhesme , venant de Fenestrelle. Cependant les mouvements du général Championnet avaient donné l'éveil au général Mêlas. Devinant le projet des Français , et jugeant avec raison que sa droite était menacée , il prit le sage parti de concentrer son armée; il se hâta de renforcer sa droite, et fit évacuer Mondovi. 11 refusa sa gauche et se concentra sur une position oblique entre la Grana et la Stura, la droite appuyée

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à Marenue un peu au-(lessous de Savigliano, et la gauche , à Fossaiio , laissant à son adversaire la liberté de s'étendre, et Tattiiant à lui par cette retraite simulée.

En effet , le général Championnet , après avoir fait occuper Mondovi , avait poussé un corps de sa droite jusqu'à Bene , presque sur les derrières des ennemis; au centre, le général Victor se portait devant Fossano ; et , à la gauche , le général Grenier était entré à Savigliano pour se réunir au général Duhesme , qui était déjà entré à Saluées. Telle était, le soir du 3 novembre, la position des deux armées. Le lendemain, les Français voulaient attaquer, à la fois, Fossano au centre, et Marenne à la gauche , par Savigliano. 11 se rencontra que, de son côté, le général Mêlas avait fait les mêmes dispositions, pour attaquer les Français et profiter de la dispersion de leurs colonnes.

Les deux armées se heurtèrent ainsi, le U no- Bataille

^ ^ . . / . "^^ Fossano ou di

vembre au matin, à peu près a moitié chemin de Génoia. leurs premières positions, mais les dispositions des \utrichiens leur donnaient l'avantage. Le général Grenier , accablé par deux fortes divisions ennemies , sans que la division Duhesme parût encore, fut repoussé d'abord sur Savigliano, puis sur la route de Coni. Les Autrichiens s'étaient fait un bon appui de la petite place de Fossano ; 1 action y fui très-vive, et les succès étaient ba-

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lancés sur ce point entre eux et le général Victor; mais la déroute de la division Grenier laissa à découvert la gauche du général Victor, qui n'eut alors d'autre parti à prendre que de se retirer sur Murazzo ; il effectua sa retraite en bon ordre et sans é!re entamé. Ces actions meutrières avaient déjà eu lieu , lorsque le général Duliesme parut à Savigliano; mais, malgré toute la diligence qu'il avait faite, il arrivait trop tard. Le général Mêlas le contint aisément avec des troupes de sa réserve, et le général Duhesme fut heureux de pouvoir faire sa retraite sur Saluées et ensuite sur Briançon.

Rehiiite Le lendemain , le général Mêlas poursuivit ses

(le riiriTU'f IViin- , ,. . , . t^ '

(.lise. avantages sur les divisions Victor et Grenier; une arrière-garde, que la première avait laissée à Morozzo, ne suivit pas à temps le mouvement de l'armée ; elle fut enlevée ou jetée dans la Stura. La division Grenier se retira d'abord sur le camp de San-Dalmazzo, en arrière deConi; mais elle ne put s'v maintenir, malgré la résistance opiniâtre que fit le général Richepanse , et elle fut obligée de se retirer jusqu'à la position de Limone , audessous du col de Tende. La division Victor s'était repliée sur la division Lemoine, qui était à sa droite , et elles s'établirent toutes deux sur les hauteurs en arrière de Mondovi; mais elles ne purent pas y tenir longtemps ; après la retraite de

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la division Grenier sur Limone , le général Mêlas fit tourner leur gauche , et elles durent se retirer encore par la haute vallée du Tanaro.

Rien n'empêchait plus dès lors le général Mêlas de se livrer en toute sécurité au siéçe de Coni . pour lequel ses préparatifs étaient déjà faits; au- ])aravant il voulut encore éloigner les corps français qui se tenaient à l'entrée des vallées. Un fort détachement remonta la Stura jusqu'au col de l'Ârgentière, et s'établit au célèbre passage des Barricades. Le général Grenier fut aussi délogé du camp de Limone; il se retira au col de Tende, et bientôt apiès à Sospello, près de Nice. Les vallées supérieures du Tanaro et de la Bormida jusqu'à Cairo furent également occupées, et deux corps d'observation placés, l'un du côté de Mondovi et l'autre devant le col de Tende , se tinrent en mesure de contenir les nouvelles attaques, peu probables d'ailleurs , que l'armée française pourrait essayer. Enfin des renforts furent envovés au général Kray, sur la Bormida , pour le mettre à même de repousser le général Saint-Cyr, au revers des Apennins. Toutes les issues étant ainsi fermées, le sié"e de Coni commença.

Le résultat final de ce siège ne pouvait être siége douteux. La garnison se défendit vaillamment ; "^jKi'r'ies'Âutri'

/ / 1 . I 1 > p chiens.

mais, écrasée par deux cents bouches a leu et par une pluie de bombes qui fit sauter les magasins à

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poudre et alluma des incendies dans toute la ville, sans aucun espoir d'être secourue, elle capitula au bout d'un mois, avec les nombreux blessés qui y avaient été transportés après la bataille de Fossano. La perte de Coni nous enleva le dernier point qui fût encore en notre possession sur le revers des Alpes et des Apennins; c'était la dernière conséquence de cette funeste campagne, qui se terminait comme elle avait commencé.

Les dernières opérations du général Championnet nous avaient coûté douze mille hommes, perle dans laquelle la bataille de Fossano, qu'on appelle aussi bataille de Génola , entrait pour moitié; c'était plus du tiers de l'armée. Le général Championnet avait eu , il est vrai, devant lui un ennemi supérieur en forces ; cependant le funeste résultat de son expédition est surtout à attribuer aux fautes qu'il commit. Il avait eu le dessein de manœuvrer contre l'aile droite de l'armée ennemie ; ce projet pouvait être couronné de succès , si les ennemis n'eussent point fait de changement notable dans leur ligne ; mais lorsqu'ils eurent deviné ce qui les menaçait, et lorsqu'ils se furent concentrés, ce changement imposait au général Champion net le devoir de modifier son plan ; car il ne trouvait plus l'armée ennemie dans sa première position ; elle n'embrassait plus une grande étendue, à travers laquelle nos colonnes pussent passer. La con-

duite du général Mêlas fut, au contraire, très-judicieuse ; il resserra sa position , et se concentra , pour se porter ensuite en masse à la rencontre du général Championnet, aussitôt qu'il le verrait venir à lui, avec ses divisions désunies ; il se mettait ainsi à l'abri de tout revers , et il se ménageait toutes les chances, pour profiter des fautes qu'allait commettre son adversaire.

Le général Championnet fut la dupe de cette apparente timidité ; persuadé que les Autrichiens étaient en pleine retraite, il continua à s'engager inconsidérément , sans lier ses colonnes entre elles , car il est à remarquer que les divisions Grenier et Victor furent seules à soutenir le choc de l'armée autrichienne, qui dépassait trente mille hommes. Elles ne pouvaient éviter d'être accablées , pendant que les divisions Lemoine et Muller étaient à droite de Fossano , du côté du Tanaro, sans prendre part à la journée du 4 novembre. La marche de la division Duhesme , sur laquelle on comptait pour renforcer l'aile gauche, n'avait pas été non plus exactement calculée ; elle ne put arriver sur le champ de bataille, que lorsque tout était fini et perdu. Cette division venait de loin , et d'une direction opposée à celle de 1 armée ; on s'exposait donc à de faux calculs, lorsqu'on combinait son mouvement avec celui du restant de l'armée. Ce né-

tait pas sur le champ de bataille mémequ'on pouvait lui donner rendez-vous. Ce fut ainsi que les fautes du général Cbampionnet et Fliabileté du général Mêlas , devaient avoir pour conséquence inévitable la défaite du peu qui restait encore de l'armée d'Italie.

Nouveaux Lcs opérallous du général Saint Cyr étaient heu-

•anta t'es rem- „ i-rrf i il i //i

rtéspariegé- reusemcut tort dilterentes de celles du gênerai Cbampionnet. Lues étaient si parlaitement calculées, que tout ce qu'il avait prévu se réalisait. Si les ennemis venaient pour l'accabler de leur supériorité, ils le trouvaient suppléant au nombre , par sa vigilance , mêlant l'agression à la défense ; jamais surpris , toujours en mesure , bardi avec calme , entreprenant sans témérité , et par de savantes combinaisons déjouant les projets des ennemis, ou leur enlevant même des succès , alors que ses dangers augmentaient.

,mbat<ieNovi. Lc iiiêmc jour que se livrait la bataille de Fossano, le général Krav, avant reçu un renfort considérable , avait passé la Bormida , et s'était dirigé, par Marengo, sur Pozzolo , pour attaquer le général Saint-Cyr , autour de Novi. Le général Sainl-Cvr s'établit sur deux lignes, la première à Novi , la seconde sur les bauteurs en arrière, où le terrain , d'un accès difficile, obligeait les Autrichiens à se diviser pour aller à lui ; il y mit toute son artillerie, qi-.i ne consistait qu'en quatre pièces

de canon. L'ennemi était du double plus fort en infanterie que le général Saint-Cyr ; il avait en outre deux raille hommes de ravalerie et seize bouches à feu. Une si grande supériorité lui donnait la facilité d'attaquer de front la première ligne des Français et de la déborder. Mais cette ligne n'était placée que pour attirer les Autrichiens sur la seconde, et aux premières menaces de l'ennemi, elle fit sa retraite en bon ordre. Tout à coup les Autrichiens, qui la poursuivaient sans précaution, se trouvent en présence du général Saint-Cvr et delà réserve du général Dombrowskv. La petite batterie française est démasquée; l'ennemi, étonné de cette résistance inattendue , hésite , chancelle; il est à son tour chargé par l'infiuiterie française , la lOô^en tète, et poursuivi jusqu'au delà de ^ovi, laissant le champ de bataille couvert de morts , et dix-huit cents prisonniers , avec quatre pièces de canon , entre les mains du général Saint-Cvr. Celte action remarquable eut pour théâtre le lieu même où le général Joubert avait été tué, moins de trois mois auparavant ; ainsi , sa mort fut vengée.

Cet échec ramena les Autrichiens sous les murs d'Alexandrie, où le général Kray fut attendre que le général Mêlas, après avoir pris Coni, lui eût envoyé de nouveaux renforts, pour pouvoir reprendre l'offensive. Le général Saint-Cyr replaça ses

divisions dans leurs premières positions , sur l'Apennin, et il rentra à (iénes , où l'anarchie des autorités, la consternation et l'insubordination du peuple et la misère des troupes , menaçaient de faire éclater des soulèvements.

Séditions II fallut toute la fermeté du général Saint-Cyr

Femefé'dTgé- pour remédier à ce désordre. D'abord il changea >r. j^^ autorités de la ville, tranquillisa les habitants , et prit des mesures pour prévenir leurs séditions; il calma la première effervescence de ses troupes, et il les tint plus concentrées. Mais l'esprit d'insubordination n'en faisait pas moins des progi'ès alarmants parmi ses soldats, histruit que ceux qui gardaient les retranchements de la Bocchetta les abandonnent, arrachent les drapeaux des mains de leurs officiers, et emmènent avec eux leur artillerie . le général Saint-Cvr accourt au milieu d'eux. « Où courez-vous , soldats , leur dit-il? — En France! en France! répondent-ils. — Eh bien ! si la voix de l'honneur n'est plus entendue , malheureux ! écoutez au moins celle de la raison et de votre intérêt ! ^ otre perte est certaine : voyez le chemin qu'il vous faut prendre , l'espace que vous allez parcourir, les périls qui vous attendent ! Doutez-vous que l'ennemi, qui vous suit, ne vous atteigne dans le désordre de votre marche? Avezvous oublié que vous avez fait im désert entre la France et vous , que vf)us avez tout dévoré, qu'il

n'y reste rien ? Voyez ! vous n'a\ ez de salut que dans vos baïonnettes. Repoussez IVnnemi , et le premier vent favorable nous amène nos convois, nos vivres, nos munitions, que voire lâcheté va livrer à l'ennemi ! Retournez à vos postes que vos officiers ont gardés; mais je ne vous rendrai vos drapeaux que lorsque vous aurez réparé votre faute, et que vous l'aurez fait retomber sur l'ennemi. X

Ces accents éloquents du général Saint-Cyr entraînèrent les soldats; ils rentrèrent dans le devoir, et ne demandèrent plus qu'à se battre. T/occasion ne tarda pas à se présenter. Quelques jours après, le général Kray renouvela ses tentatives, et fit attaquer la Bocchetta, par les généraux HolienzoUern et Eidel. Ce poste important était défendu par les mêmes soldats qui venaient de s'insurger; leur repentir doubla leur courage, et ils repoussèrent vertement l'ennemi ; leurs drapeaux leur furent rendus.

Dans la rivière du levant, le général autrichien Klenau , à la tète de dix mille hommes, avait fait replier la brigade du général Darnaud, de Nervi, jusqu'à Saint-Martin d'Albaro, à la vue de Gênes; il avait laissé une de ses colonnes devant cette brigade, et établi l'autre au mont Fascio. Désormais tranquille du côté de la Bocchetta , le général Saint-Cyr fit occuper par des détachements

les postes de Torriglia, ScofTera et Montaggio, sur les derrières des ennemis; il confia aux colonels Mouton et Roussel une réserve destinée à soutenir le général Darnaiid , et il ordonna à celui-ci de se reporter en avant. Les Autrichiens , chassés de leurs positions, se retiraient en désordre , par les gorges de Scoffera , lorsque, assaillis par les détachements que la prévoyance du général Saint-Cyr y avait envoyés , ils furent complètement mis en déroute, et ils laissèrent au pouvoir des Français un très-grand nombre de prisonniers. Après cette défaite, le général Klenau fut rallier ses troupes sur la Magra.

On était au miheu de décembre. La pénurie était à son comble : tout était épuisé, et les habitants n'avaient aucune ressource. Du côté de la terre, les passages étaient fermés; l'escadre anglaise gardait la mer, et empêchait que rien ne parût à l'horizon. On se croyait abandonné, quand , trois jom's après le dernier combat , une tempête survint heureusement; elle éloigna la croisière ennemie, et, avant son retour, le convoi attendu avec l'anxiété du désespoir, était dans le port. La plus vive joie signala cette abondance momentanée, comme si elle eût dû continuer. De leur côté, les Aulrichiens éprouvaient aussi le besoin du repos; l'invincible résistance qu'ils avaient rencontrée, en s'appiochant de Gênes, leur avait

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fait sentir que , pour la vaincre , il leur faudrait plus de temps et plus de moyens qu'ils n'en avaient employé; ainsi, ajournant leurs projets, ils suspendirent leurs opérations , ils dispersèrent leurs troupes, et les mirent dans les excellents quartiers d'hiver du Piémont, de la Lombardie et de la Toscane. Quant aux Français, ce repos ne pouvait pas les rétablir; ils étaient toujours obligés de garder, par une suite de postes , le long développement des Apennins; ils étaient toujours en proie à la famine et à la maladie. Le général Cliampionnet lui-même en fut la victime ; atteint par l'épidémie qui régnait et abreuvé de chagrins , il termina tristement une carrière qui a\ait été brillante. Vers la tin, il avait éprouvé des malheurs ; peut-être n'était-il pas à la hauteur du commandement en chef d'une armée, dans des circonstances exceptionnelles , comme celles où il se trouva subitement placé ; mais il n'en avait pas moins un vrai mérite, et il possédait surtout les ])lus honorables qualités.

Ce fut dans cette situation que se passa Ihiver de 1799 à 1800. Le cabinet de Vienne avait voulu continuer la guerre. La dignité impériale n'a jamais renoncé à la possession de l'Italie. Des traités, que des guerres malheureuses lui ont fait subir, ont pu lui enlever momentanément cette possession ; mais elle ne les a jamais considérés

que comme des trêves, qu'elle se disposait à rompre à la première occasion ; et, après la campagne qui venait, grâce aux concours des Russes , d'annuller le traité de Campo-Formio , nulle occasion ne semblait pouvoir être plus favorable. 11 s'y joignait enc(n^e l'appât tles subsides de l'Angleterre, et enfin l'opinion , qu'à l'étranger, on avait de la France. On la voyait épuisée d'bommes, d'argent et de ressources ; ses armées , surtout celle d'Italie, en si mauvais état, qu'on ne croyait pas à la possibilité qu'elles fussent rétablies, dans le peu de temps qui s'écoulerait jusqu'à la reprise des hostilités. On pensait bien que le nouveau gouvernement ferait tous ses efforts pour y parvenir; mais il aurait recours à des violences , il ne serait point obéi, et les sacrifices qu'il exigerait provoqueraient des résistances; il serait alors obligé, pour se maintenir, de se désister de ses prétentions et de composer avec ses ennemis. Ce calcul était bien faux ; il méconnaissait étrangement le génie de l'homme qui présidait alors aux destinées de la France ; il méconnaissait la forte impulsion que les Français avait reçue, et le nouvel élan avec lequel la France se levait pour la seconde fois. Mais lorsque les passions sont en jeu, il reste peu de place pour les conseils delà prudence. Ici, les subsidesde l'Angleterre aidant, le cabinet de Vienne était trop ébloui de ses récentes victoires, pour mettre en doute

qu'il lui fallût plus qu'un dernier effort pour atteindre le but complet de son ambition.

La Russie venait cependant de se retirer. L'empereur Paul n'avait pris part à cette guerre que dans l'intention de détruire, en France, le gouvernement républicain , et d'v rétablir la monarchie ; d'ailleurs , il ne prétendait à aucun dédommagement. In tel exemple de désintéressement trouvait peu d'imitateurs, et l'empereur s'en aperçut. Démêlant les vues plus intéressées de ses alliés, mécontent de la manière dont les opérations militaires avaient été conduites, en Suisse et en Hollande, où il avait perdu ses troupes, indisposé contre les généraux autrichiens et contre le conseil aulique de \ ienne, dont il désapprouvait les dispositions, admirant surtout le général Bonaparte comme guerrier et comme homme d'État, il se retira brusquement de la coalition , déclara sa neutralité, et rappela son armée. Vainement, pour le fléchir, lui ofTrit-on de mettre sous les ordres directs du généralissime Souvvarow, l'armée autrichienne du Rhin, et de la faire commander par le général Kray , en remplacement de l'archiduc Charles, qu'on était résolu de sacrifier. L'empereur Paul fut inébranlable.

L'Autriche sentit vivement cet abandon , mais elle n'en fit que plus d'efforts pour soutenir la guerre à elle seule. Elle n'avait cependant avec

elle, sur le continent , que la Bavière et quelques princes de l'empire; caria Prasse et les autres Étals de l'Allemagne, ainsi que ceux du Nord, persévérèrent dans leur système de neutralité, et reconnurent les changements survenus en France. De nouvelles levées , faites dans tous les Etats autriclîiens, des approvisionnements et des préparatifs de tout genre , achevèrent de mettre les armées impériales sur le pied le plus formidable, et on résolut d'ouvrir la campagne , de bonne heure, pour prévenir les Français.

Le commandement en chef de l'armée d'Italie fut conservé au général Mêlas. 11 avait sous ses ordres plus de cent mille hommes en parfait état, dont quatre-\ingt-cinq mille d'infanterie et quinze mille de cavalerie. 11 avait à compléter ia conquête de l'Italie, parla prise de Gènes, à entrer ensuite dans les provinces méridionales de France , et à faciliter les opérations de la grande armée du Rhin, en envoyant deux corps , l'un en Suisse , l'autre en Savoie, pour opérer la réunion des deux armées et fiaj)per ensemble quekjue coup décisif. Le général Mêlas était secondé, dans ses opérations contre la ville de Gènes, et sur toute la cote de la Méditeiranée, par l'escadre anglaise aux ordres de l'amiral Keith , et il n'avait devant lui que vingtcinq mille Français exténués.

La grande armée du Rhin, forte de cent qua-

rante mille hommes, dont vingt-cinq mille de cavalerie , avec plus de cinquante pièces de canon , fut commandée par le général Kray, nommé feldmaréchal. L'archiduc Charles emportait, dans le gouvernement de la Bohême , où il venait d'être envoyé , les regrets unanimes des troupes, les témoignages d'affection des populations de l'empire et la disgrâce de son gouvernement , qui , sous prétexte de la mésintelligence des Russes , le punissait d'avoir trop librement conseillé la paix avec la France. Le prétexte n'existait plus, puisque la proposition d'éloigner l'archiduc n'avait pu déterminer l'empereur Paul à laisser ses troupes dans la coalition , et le fond était également faux , puisque l'opinion de l'archiduc sur la convenance de la paix, opinion d'homme d'État , et que l'événement a bien justifiée , n'avait rien de commun avec les services qu'il aurait rendus à la monarchie en restant à la tête de l'armée. Dans un moment surtout où les plus grands intérêts allaient être réglés par la guerre , on aurait beaucoup mieux fait de s'en rapporter à son génie pour diriger les opérations militaires. Ce n'est pas que le général Kray ne fût un officier général de mérite ; il passait, après l'archiduc , pour le plus distingué des généraux autrichiens. La bataille de Vérone , qu'il avait gagnée au commencement de la campagne sur le général Schérer, lui avait fait II. 24

370 ÎMÉMOIRES DU ISIARÉCHAL-GÉNÉRAL SOULT. honneur ; sa longue carrière lui avait acquis une grande expérience : il était considéré , aimé des troupes; cependant, leurs vœux accompagnaient le prince qu'il remplaçait.

La ligne du maréchal Kray s'étendait depuis le Voralherg et les débouchés du Tyrol, jusque sur le Bas-Rhin ; elle observait les camps retranchés que nous avions à Kehl, au Vieux-Brissach, et devant Bâle. Divisée en quatre corps, sous les ordres des généraux Kollowrath, Sztaray, Giulay et Klenau , cette armée ne devait commencer ses opérations qu'après celles du général Mêlas , lorsque ce dernier aurait pris Gènes , détruit les faibles restes de l'armée française d'Italie, qu'on ne supposait pas en état d'opposer une longue résistance, et envoyé deux détachements sur la Suisse et la Savoie ; jusque-là, le maréchal Kray n'avait qu'à contenir l'aimée du général Moreau et à la tenir dans l'inaction , afin de favoriser les opérations en Italie.

Tel était le plan d'opérations des ennemis. Nous verrons comment il fut déjoué par les événements de la mémorable campagne de 1800. Mais auparavant, j'ai à raconter la dernière partie des sacrifices et des souffrances , au prix desquels nos armées ressaisirent la victoire.

Tiy DU TOME DEUXIEME.

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