‹ Mémoires du maréchal-général Soult, duc de DalmatieChapitre 20 sur 55 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La campagne de 1 796 s'était terminée par des Suecè« rempo revers pour les armes françaises , en Allemagne, rarméed'itn L'Autriche avait préservé ses Ëtats héréditaires, et elle avait ramené nos armées sur le Rhin , au point de départ. Ce résultat était la conséquence , non-seulement des quelques fautes de nos généraux, mais bien plus encore du plan vicieux de campagne tracé par le Directoire. Toutefois plusieurs avantages importants résultèrent de cette campagne : pour la première fois nous pénétrions au cœur de T Allemagne, qui vit alors de près nos forces et put les mesurer. Deux des cercles de l'empire, celui de Souabe et celui de Franconie, se détachant de la coalition, faisaient leur paix séparée avec nous , et l'armée impériale perdait ainsi quarante mille hommes. Un grand effet moral était surtout produit, un exemple était donné, et l'Autriche restait seule sur le continent, à être en

guerre avec nous. Mais le plus grand avantage de cette campagne fut d'avoir fait la diversion la plus efficace en faveur de Tannée d'Italie, qui, de son c6të, marchait de victoire en victoire, à Roveredo, Bassano , Saint-Georges , Arcole , Rivoli , et finissait par faire tomber la célèbre Mantoue. Cinq fob les armées autrichiennes furent renouvelées sur ce théâtre de la guerre, et eUes furent dévorées autant de fois. Â la fin, TAutriche n'avait plus à y envoyer que des troupes de nouvelle levée , tandis que leii meilleures étaient loin de là ^ sur le Rhin , et 1*011 \m\i ajouter que la retraite de^ deux armées françaises jusqu'au Rhin eut pour conséquence, en y attirant les Autrichiens, d'obliger ceuiL<«i à s'étendre , à diviser leurs forces et à ne plus se trouver à portée d'appuyer leur armée d'Italie. L'archiduc Charles se rendait bien compte de cette position ; aussi, quatid l'armée de Rhin«^t- Moselle eut repassé le Rhin , voulut^il détacher une partie de sa propre armée, par leTyrol, pour aller secourir Tltalie, où elle serait arrivée à temps et avant la bataille de Rivoli ; mais le gouvernement autrichien en jugea autrement, et il s'obsiina aux sièges de Kehl et de la tête de pont de Huningue. La résistance héroïque qu'il y rencontra vint donc puissamment en aide à l'armée française d'Italie , car les Autrichiens ne se décidèrent à retirer des troupes des bords du Rhin, qu'après la prise de la

tête de pont de Huhfngue. Nous avions déjà pris les devants; la division Bernadotte, de l'armée dé Sambre-et-Meuse, et la division Delmas, de l'armée de Rhin-et-Moselle , étaient passées en Italie avant les Autrichiens , et elles avaient apporté au général Bonaparte un renfort de trente mille hommes d'excellentes troupes.

L*archiduc Charles fut alors prendre le commandement de l'armée autrichienne en Italie, mais il ne trouva plus cette armée que sur les bords du Tagliamento , où elle ne devait pas tarder à être également forcée. Ainsi, des trois armées que la république lança contre la monarchie autrichienne, les deux premières jouèrent le rôle modeste, mais utile cependant, de fkciliter les succès de la troisième , qui , plus heureuse , et dirigée par le plus grand génie militaire des temps modernes, eut la gloire de dicter la loi k T Autriche, aux portes de sa capitale.

Quoiqu'elles se fussent retirées sur la rive gauche du Rhin , les deux armées de Sambre-et- Meuse et de Rhin-et-Moselle n'avaient pas été entamées, et elles auraient bientôt été en état de

reprendre l'ofiensive, surtout la première, qui, depuis la fin de septembre , n'avait plus fait d'ô»*

péralion. Mais le général Beurnonville, qui n'avait

pas Thabitude du commandement et qui se méfiait

de ses propres forces, ne répondait que d'une

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manière dilatoire à toutes les propositions qui lui étaient faites; il préféra distribuer son armée dans les cantonnements de Tannée précédente , que même il étendit encore ; enfin , pour plus de sécurité , il conclut un armistice pour son armée. La division Ligneville formait un corps d'observation sur la rive gauche du Rhin, en face de Mayence. La division Lefebvre, bientôt suivie de la division Grenier, fut envoyée, vers la mi-novembre, pour la renforcer; ma brigade, qui faisait

l'extrême droite, fut d'abord établie à Golheim pour couvrir la route de Kayserslautern et pour se

lier avec Tarmée de Rhin -et -Moselle, dont la gauche , consistant en une faible brigade , était sur la ligne de la Speyerbach. Un mois après, je fus rappelé dans les environs de Coblentz , où je passai Thiver. J'obtins ensuite d'aller prendre quelques semaines de repos à Solingen, en passant dans la division Championnet, avec mission d'observer le débouché de la Wupper.

Dans le courant de février, le général Hoche vint remplacer le général Beurnonville dans le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse ; il revenait de l'expédition contre l'Irlande , qui avait échoué par des accidents de mer. L'armée fut heureuse d'avoir à sa tête un chef en qui elle avait la plus grande confiance ; elle espérait qu'avec lui enfin elle se relèverait des revers qui

avaient marqué la fin de la dernière campagne , et qu'elle comparait avec amertume aux succès continuels remportés par r armée d'Italie. Elle attendait le signal avec la plus vive impatience ; toutefois les trois premiers mois de Tannée se passèrent encore dans une inaction qu'on a peine à s'expliquer.

En Italie^ le général Bonaparte avait livré la célèbre bataille de Rivoli , ou plutôt une bataille de trois jours y commençant à Rivoli pour finir à Mantoue y et dans laquelle fut déployé tout ce que la science des mouvements, Temploi des troupes, l'audace, le calcul des chances , le génie militaire enfin, peuvent offrir de plus surprenant. Ces trois jours des 14, 15 et 16 janvier 1797 suffirent pour détruire la dernière armée que l'Autriche venait d'envoyer au secours de Mantoue , et pour la rejeter, avec perte de dix-huit mille prisonniers et de tout son matériel , dans les montagnes du Tyrol. Le 2 février, Mantoue, la clef de l'Italie, réduite aux abois et n'ayant plus l'espoir d'être secourue , se rendit avec treize mille hommes et un immense matériel. Le vainqueur ne perdit pas de temps pour préparer la nouvelle campagne qu'il allait ouvrir au cœur de la monarchie autrichienne et pour assurer ses derrières : quelques marches le conduisirent au miheu des États romains, et, dix-sept jours après la chute de Mantoue, le 19 février, il dictait, àTolentino, la paix

au saint^tége. Le 15 mars, il était au pied des Alpes ^ §e portant sur le Tagliamento et sur la route de Vientie , pendant que le général Joubert pénétrait dans le Tyrol. Une suite des plus habiles mancBUYres et des combats les plus audacieux amenait, un mois après, au delà de la double chaîne des Alpes et dans les plaines du Danube, le général Bonaparte , qui déjà avait détruit la moitié de Tarmée de l'archiduc Charles.

Arrivée à ce point extrême , Tarmée d'Italie se trouvait cependant dans une position fort dangereuse. Sur ses derrières était un pays mal soumis, car une insurrection terrible éclatait dans les États vénitiens, le jour même de la cessation des hosti«> lités. Sur sa gauche était le Tyrol , le plus ferme boulevard de la monarchie autrichienne , dont la belliqueuse population s'était levée en masse, et que le général Joubert avait évacué pour rejoindre l'armée. On dut bien regretter alors l'inaction des armées du Rhin ; leurs opérations eussent dâ concorder avec celles de l'armée d'Italie, pour essayer de se mettre en rapport avec elle, en se portant, par la Souabe, sur le Tyrol allemand; tout au moins eussent-elles dû menacer l'Autriche, de plus d'un côté. L'armée d'Italie était seule et sans soutien à Léoben. Il pouvait arriver que la cour de Vienne ne se décourageât pas encore, et qu'elle tentât un dernier effort, en avant devienne, avec

les troupes qu'elle était à même de recueillir de divers côtés et avec les levées qui arrivaient des provinces dévouées à la monarchie. L'armée française pouvait , dans ce cas , se trouver très-compromise» L'archiduc Charles voulait agir ainsi ; mais l'heureuse étoile du général Bonaparte le servit mieux que jamais; l'empereur craignit les inalheurs de la guerre pour sa capitale , et les préliminaires de paix furent signés à Léoben, le 17 avril 179T.

Petidant tout ce temps, les armées étaient res- Préiiminair

^ ^ "^ de Léobci

tées immobiles sur le Rhin. Il est possible que les besoins qu'elles éprouvaient aient contribué à cet inconcevable retard, car elles avaient été uégligées, comme Tannée précédente ; elles n'avaient reçu aucun secours , et la détresse financière était toujours la même. L'armée de Rhin-et-Moselle était surtout fatiguée par les deux sièges qu'elle avait soutenus, au cœur de Thiver; le courage des troupes devait suppléer à tout. Cependant, le 17 avril, elles n'étaient pas beaucoup mieux pourvues qu'un mois auparavant.

Le plan de campagne était conçu, comme celui de l'année précédente. L'armée de . Sambre-et- Meuse devait passer le Rhin la première; l'aile gauche , sous les ordres du général Championnet , partait des environs de Dûsseldorf et se portait sur la Sieg , pour favoriser lé passage du centre et de

Faile droite, qui devait se faire à Neuwied, où nous avions conservé la tête de pont.

Le 17 avril, ma brigade, qui faisait Tavantgarde de la division Championnet , passa la Sî^ à Siegbei^ et poussa ses avant-postes jusqu'à Uckerath , sans rencontrer Tennemi. Le général autrichien Werneck, qui commandait dans cette partie, craignant de nous voir déboucher à la fois par la Sieg et par Neuwied , avait pris une position intermédiaire à Dierdorf, et il n'était ainsi en force d'aucun côté; il avait cependant laissé devant Neuwied une division établie dans de bons retranchements , mais elle ne pouvait pas empêcher le général Hoche de déboucher : elle était trop Êdble pour lui tenir tête. Le centre et la droite de l'armée passèrent en efTet le Rhin à Neuwied, le 1 8 avril au matin. La position autrichienne fut abordée à la fois [)ar ses deux ailes : à sa droite par le général Grenier, et à sa gauche, qui s*appuyait au Rhin, par le général l-efebvre. Les redoutes, quoique bien armées , furent bientôt enlevées ; le centre essaya de résister , mais il ne tarda pas non plus à être enfoncé, et le tout s'enfuit dans la direction de Dierdorf, en nous abandonnant cinq mille prisonniers et un nombreux matériel. Le même jour, j'eus une affaire assez vive, en avant d'Uckerath, avec une forte arrière-garde ennemie composée principalement de cavalerie; elle fut également

culbutée. Nous nous attendions à trouver Vennemi en position d'abord à Altenkirchen , puis à Neukirch ; raais il précipita sa retraite sur Welzlar. Je continuais à faire tête de colonne de gauche, et je cherchais , en forçant de marche , à déborder la droite de Tennemi, par Diilenburg et Birken. Cependant la position de Wetzlar n'était pas plus tenable que les autres , et le général Werneck continua, en toute hâte, sa retraite sur le Mein, sans même s'arrêter dans la position de Friedberg. De monc6té, j'accélérais le plus possible mon mouvement par Giessen, et le 24 j'atteignais Hunger, touchant à la Nidda. Ce même jour, le général I^febvre se présentait devant Francfort , où il prévenait le général Werneck ; il avait été dirigé par le général Hoche, aussitôt après l'affaire devant Neuwied, avec l'aile droite de l'armée, pour passer la Lahn à Limburg , faire rentrer dans Mayence les troupes appartenant à la garnison de cette place , et gagner Francfort par Kônigstein. Il entrait déjà dans la ville, malgré le général Werneck, qui s'était empressé d'accourir , lorsque les hostilités furent subitement arrêtées : un courrier venait d'apporter les préliminaires de paix signés à Léoben. Cette nouvelle tira l'armée du général Werneck d'un très-grand embarras. Notre aile gauche , qui était déjà sur la Nidda , et l'aile droite, qui s'emparait de Francfort, ne laissaient aux Au-

3$0 MÉMOiaCS

IrichieDS j pressés en inéaie temps par le ceDire de Tarmée qui entrait à Friedberg, qu'une ligne de retraite par Hanau ; ils n'avaient pas un instant à perdre pour en profiter, et encore f^tait-^il difficile

vmée qu'ils y parvinssent, sans être fortement entamas.

, à la noo. Un armistice fut conclu , et la Nidda fut prise pour

is de paix, ligne de démarcation des deux armées.

/armée A Tarméc de Rhin-et-Moselle , la campagne fut

asse le cucore plus courtc y car elle ne consista qu en une

! pasM EUiin.

opération, le passage du Rhin àDiersheimi les 20 et 21 septembre. Ce passage devait être surpris pendant la nuit ; mais différents accidents l'ayant retardé jusqu'au jour , il fallut le faire de vive force et avec des dispositions incomplètes, puisqu'elles avaient été faites dans une autre intention. Le premier jour , les Autrichiens n'avaient heureusement pas beaucoup de forces sur ce point; mais de notre c6té, les troupes ne pouvaient passer que très-lentement sur des bateaux et sans la protection de l'artillerie. Aussi le terrain fut-il très«vivement disputé , et il fallut toute la valeur de nos soldats, à qui les chefs donnaient l'exemple, pour résister, pendant la durée de ce premier jour, aux attaques qui se succédaient sans interruption. Ce fut seule-» ment dans la seconde journée qu'on parvint à établir un pont et que l'armée put déboucher, en repoussant l'ennemi. Le troisième jour, elle se pré|)arait à poursuivre ce succès , quand sa map-

che fut au^si arrêtée par la nouvelle des préliminaires de paix. Comme elle n avait pas encore fait de progrès sur la rive droite du Hhin , la ligne de démarcation fut très-peu étendue , et la plus grande partie de Farmée fut obligée de retourner dans les anciens cantonnements de la rive gauche , depuis longtemps épuisés.

Les négociations pour la paix définitive s'ouvri- u uouvdi rent entre le gênerai Bonaparte et les plenipoten- arrête i»i ho tiaires autrichiens. Elles durèrent six mois, et plus d'une fois on put croire qu'elles allaient être rom* pues. Alors encore on dut regretter que les deux armées françaises , qui venaient à peine de passer le Rhin, eussent été arrêtées sitôt ; si elles eussent été sur rinn ou au moins sur le Danube, elles eussent pesé tout autrement dans la balance des négociations , tandis qu'il y avait beaucoup à craindre pour Tarmée d'Italie , qui restait isolée et fort exposée, si la guerre eût recommencé. Les Autrichiens traînaient les négociations en longueur et mettaient ce temps à profit pour reconstituer leurs armées ; ils faisaient pour cela les plus grands efforts , et ils trouvaient de grandes ressources dans le dévouement des populations , attachées depuis des siècles à la dynastie impériale. Us espéraient aussi que la lutte engagée au sein du gouvernement français entre la majorité du Directoire et la majorité des conseib leur viendrait en aide :

Pichegru y jouait le premier rôle , et il était permis de se flatter que le parti dont il était le chef l'emporterait. La journée du 18 fructidor, dans laquelle la majorité du Directoire s'appuya sur l'armée et sur les deux généraux le plus en évidence , Bonaparte et Hoche, déjoua ces calculs. De son côté y le général Bonaparte prévoyait bien que le renouvellement de la guerre remettrait en question beaucoup d'avantages obtenus. On fut ainsi , de part et d'autre , plus disposé à conclure , et le Traité traité de paix fut enfin signé à Campo-Formio, ^m^^"^ le 17 octobre 1797. La Belgique était cédée à la France ; rAutriche acquérait en com|)ensation les États de Venise; une république cisalpine, composée du Milanais, du Mantouan, du Modenais et des trois légations de la Romagne , était reconnue. Ce traité ne comprenait pas encore l'empire gei^ Congre* manique. Un congrès devait s'ouvrir incessamment leRiistadt. ^ Rastadt, pour négocier la paix entre la république française et l'empire, et l'Autriche promettait ses bous offices, pour faire reconnaître la cession à la France de tous les pays situés sur la rive gauche du Rliin. En attendant, les garnisons autrichiennes devaient évacuer toutes les forteresses du Rliin et les remettre à des garnisons électorales. Cela fut d'abord exécuté pour Mayence; la garnison autrichienne quitta cette forteresse, le 28 décembre, et une garnison française y entra peu après.

NôUs passâmes toute l'année dans nos cantonnements sans faire aucun mouvement ; mais nous étions sur le quî-vive, observant de près les Autrichiens, et nous nous attendions souvent à la reprise des hostilités. Je restai à Lauterbach et à Laubachy sur la rive droite de la Nidda. Nous étions complètement étrangers à ce qui se passait à Paris, et nous ne nous occupions, en aucune façon, de politique. Cependant, Tesprit républicain était encore très-vif dans les rangs de l'armée; aussi, quand la lutte fut engagée entre la majorité des conseils et celle du Directoire , celle-ci appela Tarmée à son secours. On donna le mauvais exemple de faire faire des adresses par des corps de troupes. Le général Hoche fut à Paris, et l'on fît avancer deux divisions de l'armée de Sambreet-Meuse dans les environs de la capitale , sous le prétexte de les envoyer sur les côtes de l'Océan. Ce mouvement eut lieu à Tinsu du directeur Carnot et du ministre de la guerre lui-même; du moins ce dernier en fit la déclaration. Le général Bonaparte fut plus circonspect que le général Hoche : il se borna à envoyer à Paris le général Augereau, qui fit le coup de main du 18 fructidor. Quant au général Hoche, ils'aperçul probablement, au dernier moment, qu'il ne jouerait pas dans le coup d'État projeté le rôle qu'il croyait devoir lui revenir, et qu*il y serait associé à des hommes I. 23

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E'j^aii. ec pjor en |ievpeiuer ie jooiriniirf TanBee fit <^leT^ un ■w^nmoffiâ «in» U |iJaîoe cotre G>* bleoU et Andemacik. ou «ûq corptt Ifuft dépoâr.

Le graéral Hocbe pouetiait ies «(laiites qui coo? ^MotïïA le grand €a|tfUmey et ii ies bisaît rcsaoetîr (or ks doof ntérîeiirs ks ptu» sediûsants. Soo |xjft fj/jUe et majestoeiu, sa pb%:iioooaiîe ouverte H priHetiaiiley aitinirot b coofiaoce a la pfemîère ^ue^ cooioie sur les champ* de bataiUe, toute sou altitude cricDmaiidait Tadmiration. Lu coup d*<etl

prampl et sur j un canctère entrepreoanl qu'aucune diflBculté n*étail ca{jable d'arrêter^ des sentimeois trèsrâevés, el en même temps, ime grande bonté, une solIici|ude constante pour le soldat : fl n*en bDaît pas tant pour que Tannée aimât en lui im chef qui avûl toujours été heureux, et qui avait la gjom d'avoir pacifié la Vendée. On fan a reproché Fandbition. 0 n'avait que trente ans, lorsque la mort l'enleva à la France} à cet âge, k la tête d'ime armée, avec la réputation dont fl jouissait et le senriment qu'A avait de sa proprv valeur, fl était bien diflKdle de se préserver <lr Fan^Ntion, surtout lorfqu'fl voyait s'élever à ses oAtés des réputaboos quH se cm«ait rupaHr d'égaler. Èmssi, je croîs que si Hodbe càt vécu, i eût prévenu le t% bnmnre, fju du ■uâns qui eut pries le râle de Fompée. lofvqoe le nouveau César s'rmpurcr du pouvoir «uprénK*.

La paii de Caupo-f oraûro avait rendu le rrpoa

et la Ffanoeii

pédition «foi jfta uw sfaaMk- dwe aur les trmrmw^ wêma qm <i9Ma haw Aar a la Fs clb^partit>!>aufcif7% Ouavail

les M*» 4e rOoean

avec lesquels il ne pouvait lui .convenir d*être confondu. 1) se hàla donc de rejoindre son armée; mais à peine était-il arrivé à son quartier général de W^tzlgr, qu'une courte mal^idie, dont la fia^ do général tur^ parut ^sez ejn^^traprdinair^ i Teinporta , le 19 s^pte|i)bre (troisième jour cppaplémentaire). Des bruits d'erppoisoqnement circulèrept alors; les soupçons se fondaient sur ce que le général Hoche était vraiseqibl^blement dépositaire dç secrets importants , et qu'il devait y avoir des p^Vr ^nnes intéressées à ce qu'il cessât de leur porter ombrage p^r sa supériorité et Tascendant qu'il exerçait sur son armée, voisine de la France. On ne peut pas admett(*e légèrement des soupçoqs d'une nature aussi grave, et il est plus que probable qu'ils n'avaient rien de fondé; cependant ils n'ont jan^ais été éclaircis. (^uoiqu il en soit, les plu$ sincères re^ret^ l'accompagnèrent au tombeaii, et, pour en perpétuer le souvenir, l'armée fit élever un monument daus la pleine entre Coblentz et Ândernacbi où son corps fut déposé.

Le général lioche possédait les qualités qui cour stituent le grand capitaine, et il les faisait ressortir par ]es dons extérieurs les plus séduisants, Son port noble et majestueux, sa physionomie ouverte et prévenante, attiraient la confiance à la première vue, comme sur le$ cbarpps de batailla i toute sou attitude comm^nd^it r^dpfiiratiop, Un coup d'qsil

ciinctere.

prompt et sûr , un caractère entreprenant qu'aucune difficulté n'était capable d'arrêter, des sentiments trèscélevés, et en même temps, une grande bonté, une sollicitude constante pour le soldat : il n'en fallait pas tant pour que Tarmée ain^ât en lui un chef qui avait toujours été heureux , et qui avait la gloire d'avoir pacifié la Vendée. On lui a reproché l'ambition. 11 n'avait q^ie trente ans, lorsque la mort l'enleva à la France j à cet âge, k la tète d'une armée, avec la réputation dopt U jouissait et le sentiment qu'il avait de sa propre valeur, il était bien difficile de se préserver de l'ambition, surtout lorsqu'il voyait s'élever k ses côtés des réputations qu'il se crpyait capable d'égaler. Auissi^ je crois que si Hoche eût vécu, il eût prévenu le 18 brumaire, ou du moins qu'il eût pris le rôle de Pompée, lorsque le nouveau César vint s'emparer du pouvoir suprême.

La paix de' Campo-Formio avait rendu le repos au continent, et la France n'avait plus devant elle que son éternelle ennemie, l'Angleterre. L'expédition aventureuse d'Egypte fut alors décidée, exr pédition qui jeta une grande gloire sur les armes françaises, mais qui coûta bien cher à la France ; elle partit le 19 mai 1708. On avait fait, en même temps , des préparatifs sur les côtes de l'Océan , contre l'Angleterre elle-même. Ces préparatifs ont passé poiu* n'avoir été que de &usses démonstra-

Armée Lngleterre.

>otrepnM Àogl«b sur [)*teiide.

tioDSy daiis le but de donner le change aux An* glais et de détourner leur attention de la Méditerranée ; je crois cependant qu'il y a eu , au moins, un moment où le Directoire a pu avoir une intention plus sérieuse; les noms des généraux auxquels les divisions furent confiées, tels que Jouberty Lefebvre, Championnet, Grenier, sembleraient indiquer qu'on avait d'abord pensé à quelque chose de plus qu'à une promenade de troupes. Quelques années plus tard, l'empereur Napoléon est revenu à cette même idée; mais, quand l'expédition d'Egypte eût été définitivement arrêtée, comme on ne pouvait pas faire deux expéditions pareilles, à la fois, la réunion de troupes à laquelle on donna le titre pompeux d'armée d'Angleterre, ne trompa plus personne. J'y fus envoyé pour sa première organisation, au commencement de mars 1798, et je fis toujours partie de la division Championuet. Ma brigade était cantonnée dans les environs de Bruges et d'Ostende, lorsque, le 19 mai, une escadre anglaise vint faire une tentative très-sérieuse sur cette dernière ville, et plus sérieuse encore sur toute une province, qu'elle eût détruite de fond en comble , si elle avait réussi.

Deux mille cinq cents hommes d'infanterie et huit cents marins furent débarqués, pendant la nuit, et les bâtiments légers de Tescadre s'appro-

chèrent assez de la ville pour la couvrir d'une grêle de bombes et d'obus. Cette attaque était combinée avec les intelligences que les Anglais entretenaient dans la ville. A ce signal , leurs agents excitèrent un mouvement ; des postes furent surpris, des batteries enclouées, et des tentatives faites pour ouvrir les portes à Tennemi. Le bataillon qui y tenait garnison ne répondit à la sommation qui lui fut adressée , que par la plus vigoureuse résistance. Cependant, les cantonnements voisins prirent les armes, au premier coup de fusil ; ils se formèrent dans Tobscurité, et attaquèrent à la baïonnette le corps anglais, qui s'é* tait porté sur Técluse de Slyckens pour la détruire. Cette écluse fait communiquer le canal de Bruges avec la mer , contre laquelle elle protège toute la West-Flandre. Si on fût parvenu à la détruire, la province entière eût été submergée, des villes eussent été englouties, les plus riches campagnes perdues, des milliers d'habitants eussent péri ou eussent été ruinés. C'est ce qui jette tant d'odieux sur une expédition qui n'était pas une opération de guerre , qui ne s'attaquait pas à un ennemi armé, mais qui n'avait d'autre but que la dévastation y la ruine de populations inofTensives et protégées par toutes les lois de la guerre, entre peuples civilisés, qui enfîn voulait faire le mal pour le mal. Heureusement, l'écluse était si solidement con-

struile^ qu'elle l'ésista aui tentatives de ctestruo tion ; une fougasse prattc|liée contre lès maçon* deHes fit un assez gràfid dégât, mais facile à réparer cependant \ des pétat^ds attachés aujt porstel manquèrent aussi leur effelé Nous ramassâmes sur les lieux de curieux moUveitients d'horlo^gériè qui étaient destinés à mettre le feu ^ et qui avaient été abandonnés par les Anglais dans lètlh fuite, DU arrachés par l'explosion de la (bugflsèe, avant d'avoir produit leur effets Nm bf*avës troupes eurent aussi le tenlps d'accourir et de sauver Técluse. Elleë tie comptaient qiMf ê\t cèhts hommes 9 mais elles se précipitèrebt avilc tàbt de furie sur uti ennemi six fois plus noftti'» breùx qu'elles, que celui-ci (ut obligé d'abaDdotl"» ner à la hâte son œuvre de destrutdod et dé sê réfugier sur les dutiës voisines; Une tnotlié sèulè<ment parvint à régagner iWadrej mais diJt-huU cents hommeS) moihs heureux, fUTeht poUrsUtvi^ dans leur positiou, et forcés de tnettre bas lés Armes. C'étaient depehdatit des troUpés d'élite ; il s'y trouvait le régiment du prince dé Galles avec quatre compagnies des gardés^ L'escadre, égale^ ment maltraitée par lé feu dé là ville dirigé èùr elle, fut eti Angleterre rapporter la tiouvéUe de cette triste ejtpéditlotl , qui Uë hoUs cdûtâ qu'une vingtaine d'hommes ( pârnii lés blessés ^e trdil^ vait lé capitaine Héudéleii de la 46* demi'brigddé,

DU MARÉCHAL- GÉlSÉR AL SOULT. 389

qui fié distihgua particulièrement. Au nombre des prisonniers^ dDus trouvâmes détix généraux ^t c5ent huit officiers , entré autres le général John Mooi-e, le même cJUe Je retrouvai comtliàddant Tariiiéé fttiglaiâe érï Èâ{)agtié au^ fnôis de décembre 1 8Ô8 et dé janvier 1 80^. Sitigulier rapprochement ! A notre première rencontré , il liiî éh coûta la liberté i k là seéonde, douze àtis pltis tard , il lui eu Êoàta là vie : car 11 périt dèvâbt la Corôgne, de là ttiôrt dêÉ braves.

Les AdglaU (disaient sôUvërit dé petits débarquëinents partiels qlii ii^âvaient aucilne importance militaire, mais qui inqiiiétàiéilt la population des côteS. Le Directoire ordonna de ne faire aucun quartier a ceux qiii seraient pris, et dé les traiter comme des incendiaires*. C'était bien la, de part etd'àiitre, rachàmemeht de deux peuplés entre lesquels 11 y avait des siècles de guefré et de haine. Quelques mois auparavant , et lorsque j'étais encore etî Allemagne, on avait ouvert dans toute la t*rance et dans les armées mêmes, dés listes de souscription, pour recueillir des fonds destinés à Texpédilion d^Àngleterre. I)ans ma brigade, la souscription s^éléva à plus de six mille francs, somme énorme, si on la compare à la pauvreté dans laquelle nous nous trouvions.

i . Voir, à la fin du chapitre, N* 1 i .

« et prise ■brcitACeâi.

3M MÉMCXaES

L'armée d'AD^kterre, comme cm l'appelait, ne pouTait cependant pas continuer à jouer un rôle aussi inutile , si ce n*est même ridicule ;-elle fut dissoute, Fautomne suivant. Je (us renvoyé à Tarmée qui portait le nom d'année de Hayence, et qui était formée des deux armées de Sambreet*Meuse et de Rhin-et-Moselle ; le général Joulxnrt la commandait alors en chef, mais au mois d'octobre, le commandement fut rendu au général Jourdan. Je fus à Wolkum , en Westphalie , prendre le commandement provisoire de la 3* division ; mais cette division fut dissoute peu ^rès, et je fus chargé, dans le courant de décembre, de commander le blocus d'Ehrenbreitstein , place qui ne nous avait pas été remise, comme Blayence, par les troupes électorales , parce qu*au moment d'effectuer cette remise , des difficultés s'étaient élevées, au congrès de Rastadt, et s'étaient, depuis lors, compliquées de plus en plus. Ce blocus était lenu avec la sévérité la plus rigoureuse, pour qu'aucun approvisionnement et même aucune nouvelle n'eût accès dans la place. Enfm, le 27 janvier 1739, la garnison, commandée par le colonel Faber, et composée de quatre bataillons, des éleclorats ecclésiastiques de Trêves et de Cologne, ayant épuisé ses magasins, capitula; il était temps, car déjà la guerre s'annonçait de nouveau.

Conduiu

La paix de Campo-Formio avait succédé à cinq années d'une guerre acharnée, et cependant cette **" T)incio\ paix ne pouvait être encore qu'une trêve, tant qu'il y avait en pirésence, d'une part : des gouvernements humiliés de leurs récentes défaites, et en conservant un vif ressentiment, qui les poussait même à des actes d'imprudence; de l'autre, ^ un gouvernement à la fois profondément immoral et brouillon, qui dévorait, à l'inlérieur, les ressources de la France, et qui, pour couvrir ses dilapidations et se maintenir au pouvoir, ne trouvait pas de meilleur moyen, que de lancer de nouveau son pays dans les chances de la guerre, et de jouer à l'aventure le prix , si laborieusement acquis, de tant de sacrifices. Quelques gouvernements étrangers, tels que les cours de Rome et de Naples, donnèrent à la France de justes sujets de plainte. Le Directoire les exagéra et en tira un parti qui ne ressemblait en rien aux réparations qu'on était en droit d'exiger. Cela ne lui parut pas encore suffisant : il fit, de propos délibéré, des actes d'agression , de la nature la moins justifiable , sur un peuple qui ne lui fournissait pas l'ombre d'un prétexte pour agir ainsi , et que le plus évident intérêt de la France , auquel se joignaient ici les souvenirs de la liberté , aurait dû faire respecter : sur le peuple suisse. Nous le verrons bientôt. Le premier exemple de provocation avait été

36t MÉMOIRES

MMtat donné en Hollande. Après l^èntree des ltt)upes firancaises à Amslerdam, au mois de janvier 1795, une république bâtave y avait été établie ; mais, suivant les traditions du pays , quelques restes de système fédératif avaient été conservés dans la constitution, ils déplaisaient au Directoire, qui ne trouvait pas non pîils la république batave assez docile. Le 22 janvier 179â, une répétition du 1 8 fructidor fut faite , à Amsterdam , avec le concours des troupes françaises; une nouvelle constitution, en tous points semblable à la constitution française, fut promulguée, et les membres du gouvernement, ainsi que ceux de rassemblée , qui ne participaient pas à ce mouvement, furent arrêtés.

«edeRome. Ije mcmc système ne tarda pas à être transporté en Ifaiie, à la faveur des premiefs prétextes. Le 27 décembre 1797, ta populace fanatique de Rome avait commis un odieux attentat. Elle s'était portée à l'ambassade de France, l'avait envahie et avait massacré le général Duphot; rambassadcur iui-méme, Joseph Bonaparte, aurait eu le même sort , s* il ne s'y était soustrait par la fuite. Le gouvernement papal n'avait rieti fait pour réprimer d'aussi horribles excès , et il ne se prêta pas davantage à en donner satisfaction, l^ne armée française, sous les ordres du général Berthier, fut alors dirigée sur Rome, où elle entra sans coup férir ; mais là ne se borna

DU MAKÉCHAL^OÉHÉRAL SOULT. 868

pas la réparation. Le 16 février 1798| un mou veinent itisurt^otiôdnel fut suscité dans la basse dasse ) une république roniaine ^ calquée sur le modèle de la république française, fut proclamée^ et le pape Pie VI , fait prbonnier, fut l'elégué en Toacaiiei Lé gouvernement papal s'était déclaré trdp tôt; il avait compté siir Tassistance de la ëoUr de Naples^ mais celle-ci n'était pas encore pi*éle| elle attendait le départ de Texpédition française, qui était destinée à passer en Egypte^ et qui pouiràit menacer la Sicile; elle voulait ensuite vdir l'issliedu combat que les escadres anglaises et françaises allaient se livrer dans la Méditerranée^

Cependant la cour de Naples^ après là bataille LegouTernement d'AboUkir^ où la marine française fbt détruite^ déck^a!gùaT«. bessa de dissimuler^ et elle reçut en triotnphe^ dans ses ports, Famiral Nelson^ avec les vaisseaux qu'il venait de nous prendre; Tous les Français qui étaient dans le royaume^ et jusqu'aux habitants aecusés d'avoir des relations avec eux, furent accablés des plus mauvais traitements, et livrés à toutes les insultée d'une populace imprudemment déchaltiée parle gouvernement lui-même. Nelson exerçait toute influence sur le ministre Actdti^ ^ut* la reine, et par elle^ sur le roi ; le gouvertietnent napolitain, d'un autt*e côté , avait demandé à l'Autriche un général pour commander son armée. I>e général Mack lui fut envoyé ; il avait alors ilile réputation

qu'il a très-peu justifiée; il était plein d'une présomptueuse confiance, qui lui faisait dédaigner de se renfermer dans la défensive; il se regardait comme destiné à être le sauveur de T Italie, et il entraîna le roi à se mettre lui-même à la tête de son armée, pour marcher à la conquête de Rome. 1^ général Championnet commandait la petite armée française, qui ne comptait que dix-fauit mille hommes. Il prit le sage parti de se replier devant un ennemi trop supérieur en nombre, d'évacuer Rome et de prendre une position d'attente, en concentrant son armée. Le roi de Naples fit son entrée triomphale à Rome, le 27 novembre 1798; mais son triomphe fut de courte durée. Les Napolitains , voulant attaquer l'armée française , firent toutes les fautes .que le général Championnet avait prévues ; quinze jours ne s'étaient pas écoulés, depuis leur entrée à Rome, qu'ils étaient complètement battus, qu'ils regagnaient précipitamment leurs frontières, après avoir essuyé les plus grandes pertes et dans le plus grand désordre , et que le roi quittait Rome clandestinement. Il ne se crut même pas en sûreté à Naples, et, le 21 décembre, il s'embarqua pour la Sicile , sur un bâtiment anglais^ emportant avec lui tous les fonds du trésor, et tous les objets précieux qu'on put réunir.

Le général Championnet crut alors que , malgré

pioDoet.

la faiblesse de son armée , il pouvait profiter du Conquête désordre qui régnait dans le royaume de Naples, gênélîirciwi pour en faire la conquête , et il s^avança sur deux colonnes principales et par les deux routes qui conduisent de Rome à Naples, celle de TeiTacine et celle des Abruzzes. Il arriva avec la première colonne devant Capoue , sur le Volturne , mais il s'y trouva dans un grand embarras ; le général Mack avait encore rassemblé des troupes sous la protection de Capoue; le Volturne, grossi par les pluies, était difficile à passer; en outre, une insurrection générale éclata et entoura la petite armée française. Cette même insurrection avait retardé la marche de la seconde colonne, commandée par le général Dubesme. Cependant les deux colonnes finirent par opérer leur jonction devant Capoue ; mais la situation de Farmée française n*eu restait pas moins assez critique. Le général Championnet fit, dans cette circonstance, preuve d'une trèsgrande fermeté, et il fut heureusement servi par les Napolitains eux-mêmes. La grande ville de Naples était alors livrée à toute espèce de désordres; la populace s'agitait, et devenait très-menaçante; l'insubordination avait aussi gagné Tarmée. La régence laissée par le roi se voyait impuissante à contenir l'explosion , et tous ceux qui avaient quelque chose à perdre à Naples, comprirent qu'ils n'avaient de salut que dans l'arrivée des Français.

lA I I

iiaires eicitées par riDfloenoe finmçaise, envaliir s» États. Poor en finir ztcc loi , on le somma de fournir un corps auxiliaire pour respédilioo de Rome; et comme il alléguait diTerses excuses, le général Joubert \ répondit en s emparant, par surprise, des principales places du Piémont, et en entrant dans Turin. Une république y remplaça aussi la monarchie piémontaise.

Il ne (ut pas enfin, jusqu'à la république cisalpine, création si récente de la France, qui ne fut traitée avec la même rigueur. Le Directoire lui imposait toutes ses volontés et ordonnait Tarrestation, dans Milan même, de ceu\ qui se hasardaient à faire quelques représentations. La nouvelle république, érigée en État indépendant par le traité de Campo-Formio. u*en était pas moins et ostensiblement traitée en province conquise.

MaLs ce fut avec la Suisse que le Directoire se dispensa le plus de ménagements. De tout temps, la neutralité de la Suisse avait été reconnue par l'Europe, et elle avait été obser\ ée pendant la dernière guerre ; c'était principalement la France qui en avait profité; la partie la plus ^-ulnérable |)eutétre de ses frontières avait été couverte par cette neutralité. Ot avantage était infiniment plus important que celui d'avoir quelques débouchés de plus sur TAllemagne et surTItalie; car ces mêmes débouchés se retournaient aussi, par la même

raison y contre la France, dans un cas donne, et la suite ne Ta que trop prouvé.

La Suisse n'avait fourni aucun sujet de plainte au gouvernement français ; il est vrai qu'elle avait un attrait pour le Directoire : la ville xle Berne passait pour posséder un trésor qui renfermait trente à quarante millions de francs , et il n'en fallait pas tant pour exciter la cupidité.

Les tentatives contre la Suisse furent préparées de longue main , et l'on dit en chercher les prétextes dans sa constitution même. Cette constitution, œuvre des siècles, offrait des bizarreries; c'était le système cantonal et fédératif ; mais tous les cantons n'étaient |)as égaux en droits : quelques-uns même étaient sujets des autres. 11 y avait aussi des inégalités de droits entre citoyens de même canton ; mais ces questions d'ordre intérieur n'étaient en rien de la compétence des gouvernements étrangers. Dans les derniers jours de 1797, des Vaudois, dont le canton était sujet de celui de Berne , s'adressèrent au Directoire , et probablement à son instigation , pour qu'il intervînt en faveur de l'égalité de droits qu'ils réclamaient. Le Directoire ne manqua pas à cet appel; déjà il venait de prononcer l'annexion à la France d'une partie de Tancien évêché de Baie. En réclamant pour les Vaudois , il tint au canton de 1. 24

:nO MÉMOIRES

Berne le langage le plus hautain et le fit appuyer par une division de Tarmée d'ilalie, qui entra dans le canton, pour soutenir les insurrections qu'on y avait fomentées et qui ne tardèrent pas à se propager dans divers autres cantons. Peu après , le Directoire signifia toute sa volonté : il exigeait que l'ancien pacte fédéral de la Suisse fût changé et qu'une république pareille à la république française lui fût substituée. Les Bernois avaient é|)uisé tous les moyens de conciliation; ils armèrent enfin un corps de vingt-cinq mille hommes qui prit une position purement défensive* Cependant deux nouvelles divisions étaient entrées en Suisse ; le général Brune, qui les commandait, attaqua, le 3 mars 1 798, Tarmée bernoise, et, quoiqu'elle se défendit avec valeur , elle ne put résister a la supériorité des armes françaises ; elle fut entièrement défaite, et les vainqueurs entrèrent dans Berne oii se passèrent de regrettables scènes de violence. Le général d'Erbach , commandant de l'armée suisse , fut massacré par les paysans qui l'accusaient de trahison. Après cet événement, les autres villes de la Suisse ne pouvaient essayer aucune résistance : elles se soumirent ; mais elles furent frappées d'énormes contributions de guerre qui , avec le trésor de Berne, défrayèrent en par* tie l'expédition d'Egypte. Le Directoire disposait dès lors librement de la Suisse ; il lui envoya un

DU MARÉCHAL-GÉINÉRAL SOLLT. 371

délégué chargé de lui donner une constitution, et celle-ci fut proclamée à Arau , le 12 avril. Elle loèorrections déclarait une république helvétique , une et indi-* visible, comme la république française. Restait à faire accepter cette constitution par des populations qui n'avaient jamais rien connu de pareil et qui étaient attachées à leurs antiques traditions. La partie inférieure et riche de la Suisse^ occupée par les troupes françaises, se soumit cependant et accepta la constitution ; mais il y avait dans les montages des petits cantons, berceau de la liberté suihse , et dans celles du haut Valais une race d'hommes simples, énergiques, dévoués à leur honneur national et à leur religion. Leur constitution cantonale était démocratique depuis des siècles, mais ils ne voulaient pas de Tespèce de démocratie qui leur était imposée par les étrangers: ils refusèrent la nouvelle constitution et s'armèrent sous la conduite de deux anciens officiers, Paraviccini et Âloys Reding ; la famille de celui-ci était la première du canton d'Uri, et y exerçait une influence patriarcale. Us conçurent même le projet de se porter sur Ârau, pour en chasser le nouveau gouvernement, et de commencer par Lucerne et par Zurich. Ils entrèrent à Lucerne et y commirent des excès, mais ils Tévacuèrent bientôt; Zurich fut seulement menacée. À cette nouvelle , le général Schauemburg était accouru au

secours de Zurich ; deux combats sanglants furent livrés sur les deux rives du lac, à Rapperscliwyl et h Richtenschwyl ; les insurgés se battaient avec désespoir , et beaucoup se firent tuer. Cependant ils furent forcés, et les petits cantons furent contraints de capituler; la lutte était par trop inégale. Des colonnes mobiles parcoururent les petits cantons, pour assurer la soumission. Dans le même temps, une insurrection semblable avait éclaté dans le haut Valais , et elle eut le même sort ; malgré leur résistance animée par le fanatisme , les Valaisans furent forcés , et la ville de Sion prise d*assaut par le général Lorge.

 la même époque enfin , la république de Genève fut purement et simplement réunie à la France, sans elTusion de sang.

Toute la Suisse était soiunise, à l'exception des Grisons protégés par des troupes autrichiennes; elle fut mise au pillage. Sous les ordres de Tagent du Directoire, Rapinat, dont le nom prêta souvent à de tristes rapprochements, la Suisse vit fondre sur elle tout ce qu'on |)eut inventer en contributions de guerre, emprunts forcés, récjuisitions ; en même temps on déclarait propriétés françaises les caisses des villes , les caisses de dépôt, les magasins publics, et, par surcroit encore, une nuée d'agents sul>alternes se livraient impunément à toute sorte d'exactions pour leui* pix)pre

compte. On cite à ce sujet une belle réponse faite par une députation suisse.

L'entrée des troupes françaises à Zurich avait été précédée d'une proclamation qui promettait que rien ne serait demandé pour l'entretien des troupes, dont la solde et les subsistances étaient, disait-elle, assurées par les envois de France. Une fois en ville, il fallut cependant faire des demandes de vivres; elles furent justifiées par l'excuse que les convois étaient malheureusement en retard ; on fit la promesse de les rendre en nature, à l'arrivée des convois, ou de les rembourser avec les premiers fonds que le Directoire enverrait. L'agent du Directoire sanctionnait par sa présence cet engagement. Quelques jours après, un arrêté impose à la ville de Zurich une contribution extraordinaire de guerre payable dans un très-court délai; l'abus de la force était la seule raison à donner d'un pareil manque de foi. Une députation de notables se rend auprès du général commandant, pour lui faire des représentations. Le général était d'autant plus embarrassé de répondre qu'il n'était lui-même pas coupable; il n'avait agi que d'après des ordres. Il cherchait, comme la j)remière fois, à trouver des excuses dans le retard des convois attendus dé France, dans les besoins pressants de l'armée , lorsque l'orateur de la députation le tira d'embarras : « Général, lui dit-il,

nous ne sommes pas venus pour vous reprocher d'avoir oublié vos engagements que sans doute on vous a obligé à violer, ni pour nous plaindre que la contribution soit trop forte, mais pour vous dire, au contraire, que nous pouvons payer davantage et pour vous prier de nous le demander. » Puis , lui saisissant vivement la main : « Quand vous nous aurez pris, ajouta-t-il, des richesses qui ont énervé notre courage et dont nos ancêtres savaient se passer, nous reviendrons dignes d'eux, nous reviendrons Suisses. »

Cependant la Suisse ne bougea pas ; elle était comprimée par l'armée d'occupation. Il n'y eut qu'un soulèvement dans le canton d'Untervalden, produit par un nouveau serment de fidélité à la constitution, que l'on exigea des habitants; ce canton se refusa unanimement à le prêter. Deux colonnes furent envoyées , au mois d'août, pour le réduire à l'obéissance , l'une par le lac de Lucérne, l'autre par le passage du Brunig; les paysans se défendirent avec le plus grand acharnement; mais ils étaient les plus faibles, et leur défense fut cause que la petite ville de Stanz prit feu et fut consumée ; beaucoup de monde de tout âge et de tout sexe y perdit la vie. Cette exécution frappa de terreur ceux qui pouvaient être dans les mêmes dispositions.

L'Autriche avait assisté à tous ces événements,

DU MARÉCHilL. GÉNÉRAL SOULT. 375

dont quelques-uns 9 surtout ceux de la Suisse ^ la L'Autri«i toucliaient de près, sans y prendre part; eue con- prépaient à tiouait B temporiser, ann de reconstituer ses armées, de laisser partir l'expédition d'ÉgypIe, qui nous enlevait trente-six mille hommes d'élite, avec nos meilleurs généraux , et de négocier avec la Russie, pour avoir son concours dans la guerre qui allait commencer. Le nouveau roi de Prusse, Frédéricfîuillaume III, était déterminé à persévérer dans le système de neutralité que son prédécesseur avait fini par adopter, et il résista à toutes les sollicitations qui lui furent adressées pour Ten faife sortir. Mais Tempereur Paul V% qui venait de monter sur le trône de Russie , ne voulut pas que son gouvernement restât plus longtemps en de*liors des grands mouvements de FEurope. U avait recueilli les émigrés français après la paix de Campo-Formio ; le corps germanique, dont les négociations continuaient, à Rastadt, avec le gouvernement français , réclamait son appui et sa garantie; enfin, après la prise de Malte par l'expédition qui se rendait en Egypte , le grand-*maitre Hompesch avait résigné sa dignité, et ce qui restait encore de Tordre de Malte avait décerné la grande maîtrise à lempereur. Par son caractère, ce prince n'avait pas besoin de tant de motifs pour se décider; il rassembla une armée sur les frontières de la Pologne, et sous les ordres du célèbre Souwa-

Tovfj pour la joindre à Tarmëe autrichienne, quand il en serait temps.

Cependant , depuis le traité de Campo-Formio, les négociations n'avaient pas, en apparence du moins y discontinué entre T Autriche et la France. Le congrès de Rastadt traitait les affaires du corps germanique; sa mission était de trouver des compensations ou des indemnités sur la rive droite du Rhin , pour les princes possessionnés sur la rive gauche , et dont le territoire allait être réuni à la France. Mais ce travail, hérissé de difficultés, n'avançait pas. A côté du congrès, des conférences particulières entre la France et T Autriche avaient été ouveiles à Seitz en Alsace ; elles avaient pour prétexte une insulte que le général Bernadotte, ambassadeur de France près la cour d'Autriche, avait reçue à Vienne, le 13 avril 4798. MSMdear La populacc dc cette ville avait arraché le dra- I Vienne, pcau tricolorc que le général Bernadotte avait fait mettre sur la porte de son hôtel; elle avait même pénétré dans Tintérieur, et y avait commis des outrages. Le gouvernement autrichien n'avait cependant pas refusé des satisfactions ; il avait cherché à retenir Tambassadeur français, mais celui-ci n'avait pas voulu entrer en explications et avait quitté \ienne*. Le fait était grave, et la France

' On a découvert depuis que le Directoire , dans la vue de

DU M ARteHAL- GÉNÉRAL SOULT. 377

avait droit à une réparation ; c'est ce qui devait être examiné dans les conférences de Seltz. Mais ces conférences devaient , au fond, porter beaucoup plus sur les changements que le Directoire avait apportés à Tétat de l'Europe depuis le traité de Campo-Formio , et sur ses empiétements en Italie et en Suisse. U était difficile qu'on parvint à s'entendre, et Ton n'y apportait probablement pas un désir plus sincère d'un côté que de l'autre. Le Directoire ne devait pas être disposé à se désister de sa politique, et la cour de Vienne prenait déjà ses dispositions pour le cas d'une rupture où toutes les chances paraissaient être en sa faveur; elle ne voulait que gagner encore quelque temps, pour être tout à fait prête, et pour conclure un traité de subsides avec l' Angleterre. Aussi les conférences de Seltz n'eurent-elles pas plus Ruptnre de résultat que le congrès de Rastadt. Enfin, deseiu. comme l'armée russe continuait à se rapprocher

se ménager un grief dont il put un jour et dans un cas donné faire usage vis-à-vis de l'Autriche, avait donné au général Bemadotte des instructions trés-secrètes , pour qu*il saisît une occasion de créer ce grief, et c'est en conformité de cet ordre que le général Bemadotte imagina de faire arborer le drapeau français sur la porte de son hôtel , ce qui est contraire aux usages. Il choisit même un jour de fête populaire pour cela. Des gens de la basse classe , dont les têtes étaient montées, crurent y voir une provocation et se portèrent alors à ces coupables excès.

Déclaration de guerre.

Situation des années.

de r Autriche, le Directoire déclara à la cour de Vienne que , si cette armée venait à franchir les limites de Tempire , ce cas aérait ooniidére par lui comme une rupture de la paix. L'armée russe ne devait pas s'arrêter sur cette déclaration , et le cabinet autrichien ne répondit pas à la note du Directoire; son parti était pris. Il avait demandé le secours des Russes , il subordonnait ses généraux à un général russe, sans prévoir qu*il ouvrait ainsi à la Russie le chemin qui l'amenait dans l'occident de l'Europe, et qu'ime fois dans cette direction , cette puissance devait prendre dans les affaires européennes l'influence prépondérante et la première place. I>epuis lors, en effet, cette supériorité des successeurs de l'empereur Paul T' a été en s'agraudissant sans cesse , et force aéra un jour (le s'y soumettre, à moins d'une entente, à peu près impossible à réaliser, entre tous les gouvernements de l'occident.

Iwe silence gardé par le cabinet de Vienne, sur l'ultimatum du Directoire, était la déclaration de la guerre. Ce dernier ne voulut pas se laisser prévenir par les mouvements des armées étrangères, et il résolut de prendre l'initiative des opérations. L'ordre fut donné de passer le Rhui, le 1*' mars

Le théâtre de la guerre allait être fort différent de ce qu'il avait été dans les campagnes précé-

(lentes. En Italie , nous nous étendions jusqu'à Naples; au nord des Alpes, nous occupions la Suisse. L'armée de Naples, forte de trente mille hommes, était perdue pour les opérations , car ce n'était pas à Naples, mais sur les rives du Pô qu'allaient se décider les destinées de l'Italie. Cette armée n'était plus sous les ordres du général Championnet; ce général avait essayé de s'opposer aux exactions et aux injustices du Directoire; il avait été destitué, arrêté; il aurait même été mis en jugement, si le Directoire n'avait fini par reculer devant l'indignation de l'armée. Il avait été remplacé par le général Macdonald. Le géné^ rai Sclîérer avait également remplacé le général Joubert dans le commandement de l'armée d'Ilalîe. Cette armée, affaiblie par des délachemenis qui gardaient la Toscane et les Légations, ne réunissait pas cinquante mille hommes sur la ligne du Mincio.

Dans les campagnes précédentes, la neutralité de la Suisse avait été interposée entre la guerre en Italie et la guerre sur le Rhin. Maintenant que nous occupions la Suisse, elle devenait le pivot obligé des opérations, pour relier, dans le système de l'offensive, les armées qui manœuvraient de chaque côté des Alpes, et pour boucher, dans le système de la défensive , la trouée par laquelle l'ennemi aiurait , non-seulement pu les prendre toutes deux à re-

vers, mais prendre aussi à revers la ligne ellemême du Rbin. Cette importante position était occupée par Tarmée dite d'Helvétie, sous les ordres du général Masséna ; forte de trente mille hommes, elle s'était avancée dans les petits cantons , et elle devait occuper lé Rhinthal , depuis le lac de Constance jusqu'au-dessus du Coire, pour, de là , gagner les sources de Tlnn et de FAdige.

L'armée principale, qui prenait le nom d'armée du Danube, était réunie sur le Rbin, de Strasbourg à Huningue, sous les ordres directs du général Jourdan. Elle devait se porter, par la Souabe, sur la rive droite du Danul)e, et se lier à l'armée d'Helvétie. Elle devait enfin être appuyée par une armée d'observation , aux ordres du général Bernadette, chargé de garder le Palatinat et les débouchés du Necker et du Mein. Mais les forces de ces deux armées étaient tout à fait insuffisantes : la première ne s'élevait pas à quarante mille hommes , et la seconde n'en réunit pas plus de huit à dix mille. L'armée d'observation et celle d'Helvétie étaient sous le commandement supérieur du général Jourdan. Ainsi, les trois armées comprises sous ce commandement , n'atteignaient pas ensemble le chiffre de quatre-vingt mille hommes, et elles allaient avoir à lutter contre l'armée autrichienne, forte de cent soixante

mille liommes, sous rarchicluc Charles. Le gros de cette dernière armée était cantonné en Bavière, avec ses réserves dans le Tyrol ; le général Hotze, avec trente mille hommes, occupait le Voralberg et les frontières des Grisons. Enfin, en Italie, une armée autrichienne de quatre-vingt mille hommes, attendait, sur TÂdige, Tarmëe russe, forte de soixante mille hommes, qui s^avançait à grandes marches.

Telle était, sur tous les points, la disproportion de forces, entre les armées françaises et les armées ennemies, et la même disproportion existait, dans la composition du matériel des armées. Du côté des Autrichiens , la cavalerie et Tartillerie étaient en excellent état, tandis que du nôtre, il était loin d'en être de même , et sous ce rapport nous n'étions pas mieux qu'à la fin de la guerre précédente; cette branche si essentielle du sei'vice avait été négligée comme toutes les autres, comme Teffectif même de l'armée. On avait attendu les derniers mois de 1798, pour décréter une levée de deux cent mille hommes. S'ils eussent alors rejoint les drapeaux, on eût d'abord été fort embarrassé pour les armer et les équiper, et Ton n'eût encore eu que des conscrits; mais il n'y en eut qu'une très -petite partie qui rejoignit, et les vides qui s'étaient faits dans les rangs de l'armée, pendant ces dix-huit mois de paix, furent très-loin

382 MÉMOIRES l>U MARÉCHAL-GÉNÉRAL SOULT.

d'être comblés. On avait fait toute sorte de réductions dans Tarmée, et on Tavait systématiquement laissée s'amoindrir, à cause du désordre des finances. Il fut encore heureux qu'une partie de Tarmée vécût en pays étranger^ où elle trouvait des ressources , car si elle eût été toute en Fiance, elle eût achevé de se fondre. I^ Directoire dévorait tout : la fortune publique était au pillage, l'intrigue, la corruption, les dilapidations, s'étendaient partout, et la défense du pays était sacrifiée. C'est à cette époque cependant, que le Directoire poursuivait sa politique ambitieuse et envahissante , qu'il remuait l'Italie et la Suisse, et qu'il provoquait de nouveau l'Europe à la guerre. 11 faisait tout ce qu'il fallait pour amener la guerre, il paraissait même la faire entrer dans ses calculs et la vouloir, et en même temps il Jie son* geait à aucun des moyens nécessaires |K)ur la faire. On a pehie à comprendre un ]>areil aveuglement. Aussi allons-nous voir combien peu de temps il fallut, non-seulement pour faire perdre à la France les belles conquêtes qu'elle avait faites, mais pour que son indépendance fût de nouveau menacée, car elle courut alors au moins autant de dangers qu'au commencement de la guerre , et elle ne dut d'en être préservée qu'à un concours de circonstances heureuses, et on peut dire for^ tuites, (|u'il n'était pas permis d'espérer.

NOTES ET PIECES

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