CHAPITRE XII
Les événements qui venaient de remplir la pre«mîère partie de la campagne rendaient Toccupation de la Suisse de plus en plus importante. Les armées ennemies ne pouvaient rien entreprendre sur la France, avant de nous en avoir éloignés, et en les attirant sur nous, nous préservions nos frontières. Mais nous ne pûmes nous y maintenir que par une suite de combats à outrance , en luttant contre la nature autant que contre l'ennemi , sou* vent mourant de froid sur le sommet des glaciers^ et souvent menacés d'être engloutis par les neiges. Ce n'était pas le moment , et il ne nous appartenait pas, d'examiner si le gouvernement n'aurait pas mieux fait de respecter l'itidépendance de la Suisse et de conserver sa neutralité , pour couvrir cette partie de nos frontières. Nous étions là, pour faire notre devoir ; il nous traçait la conduite que nous avions à tenir pour faire triompher les armes
françaises , venger des revers que la valeur de nos soldats n'avait pu empêcher, et atténuer Teflet des désastres qui se succédaient en Italie.
Cette tâche n'était pas au-dessus des forces du général Masséna ; il Tembrassa avec confiance , et il la remplit avec gloire , en assurant le succès de ses audacieuses entreprises par la sagesse de ses calculs, et en surmontant les obstacles par sa persévérance. Aussi la France reconnaissante lui attribua avec raison de l'avoir sauvée dans cette campagne mémorable.
Un nouvel assaut , livré par le général Masséna aux retranchements de Feldkirch , le même jour où nous faisions d'inutiles efforts à liebliugen , n'avait pas eu meilleur succès que les précédents, malgré tous les prodiges de valeur du général Oudinot. 11 fallait attendre , pour prendre de nouvelles dispositions , que le général Jourdan se fut élevé à la hauteur de l'armée d'Helvétie. Mais lorsque le général Masséna apprit que l'armée du Danube avait au contraire été obligée de se replier sur les débouchés de la forêt Noire, il se hâta de se renforcer dans la défense des têtes de pont qu'il avait fait élever à Stein , à SchafThouse et à Eglisau, sur la rive droite du Rhin, au-dessous du lac; il augmenta la garnison de Constance et fit perfectionner les ouvrages du camp retranché du Petit- Bàle. Il voulait entretenir ses communications avec
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Tannée du Danube, ainsi que lui oiïrir un appui , si , après s'élre fait joindre par une partie de Tarniée d'observation , le général Jourdan parvenait à se reporter en avant, comme il en avait annoncé le projet.
Cette disposition du général Masséna était excellente sous tous les rapports , et si elle ne put pas servir à Tarmée du Danube pour un retour d'opérations offensives, elle lui fut très-utile pour sa retraite , en contenant les ennemis qui furent mis dans l'impossibilité de nous poursuivre. En eflet^ ils se seraient exposés à être pris en flanc et à revers par ces débouchés que le général Masséna s'était réservés sur le Rhin. Aussi l'archiduc jugeat-il avec raison que la première opération qu'il eut à entreprendre était de s'emparer de ces débouchés j avant de commencer les opérations contre l'aile droite du général Masséna, dans les Grisons. Ces dernières opérations devaient être favorisées par les progrès que les armées russe et autrichienne allaient faire en Italie. Mais l'archiduc perdit beaucoup de temps aux attaques des têtes de pont de Stein, de SchafThouse et d'Eglisau, ainsi qu'à l'attaque de Constance, où il employa une flottille de chaloupes canonnières, équipée par l'Anglais Williams S'il avait enlevé ces postes rapidement, aussitôt après la retraite du général Jourdan et avant que les moyens de défense en eussent été
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augmentés, ce mouvement nous eût fait perdre une grande partie de la Suisse et eût exposé à un grand danger l'armée du général Masséna , dont la droite , encore engagée vers les sources de l*lm et de TAdîge, eût peut-être été forcée de chercher un refuge en Italie. Dans ce même moment, les habitants des petits cantons , réunis à ceux des Grisons qui s'étaient insurgés de nouveau, venaient de pénétrer en force jusqu'à Reichenau, au-dessus de Coire. Si les Autrichiens les eussent soutenus, le passage par ces montagnes pouvait être interdit à nos troupes; tandis que le général Masséna eut le loisir de soumettre cette insurrection et de protéger le retour du corps commandé par le général Lecourbe. En même temps, il usa du commandement supérieur dont il venait d'être investi, pour faire entrer en Suisse des renforts qui lui donnèrent le moven de se mettre en défense sur les points principaux.
litoatioD Ainsi il ne laissa sur le bas Rhin que les troupes
s^hH!*" indispensables pour entretenir la petite guerre contre divers corps d'observation que l'archiduc y avait détachés, et contre les rassemblements de paysans. L'armée d'observation, qui était toujours en avant de Mannheim et dont le général avait été renouvelé , fut chargée de pourvoir à ce service, ainsi que de veiller à la conservation des camps retranchés de Kehl et de Dusseldorf , et à
celle des places de Mannheim, de Mayence et d'Ehrenbreitstein. Tout le restant de rarmée fut dirige sur la Suisse, et j'y retrouvai la plupart des troupes que je venais de commander. Je venais aussi de recevoir ma nomination au grade de gé^ néral de division (avril 1 799) , dont j'exerçais les fonctions depuis la bataille de Liebtingen'.
Je réunis ma nouvelle division dans le Frickthaï, et je fus chargé de la rive gauche du Rhin, depuis le confluent de TAar jusqu'à Bàle. L^s ennemis faisaient alors supposer , par leurs mouve* ments , qu'ils avaient le projet de passer le fleuve à Waldshuth ou à Seckingen , et de forcer notre gauche. -Mais ces démonstrations n'avaient pour objet que de masquer l'attaque des postes que nous avions encore sur la rive droite . Le 1 3 avril, le général autrichien Nauendorff se présenta devant SchaflPhouse et entra de vive force dans la ville , malgré l'opiniâtre résistance que lui opposa le détachement qui la défendait. L'ennemi ne put cependant empêcher cette petite troupe de repasser le Rhin et de se mettre à l'abri d'mie nouvelle attaque, en brûlant le pont.
La perte de SchafThouse et la retraite de la garnison de Constance, qui fut, pendant plusieurs
i . Voir, à la fin du chapitre, la composition de Tarmée en Suisse, n<^ 13.
jours, vivement canoniiée par la flollille de l'Anglais Williams, déterminèrent le général en chef à faire évacuer les postes de Stein et d'Eglisau.
En se bornant à ces avantages , les ennemis firent voir que, pour le moment, ils n'avaient pas le projet de pousser plus loin leurs conquêtes de ce côté. On en tira la conséquence qu'ils allaient diriger leurs efforts vers le haut Engadin et le pays des Grisons , pour forcer le corps du général Leoourbe , qui continuait à occuper ces deux pays , à se retirer, tandis qu'en même temps Tarchiduc couvrirait les levées extraordinaires qui se faisaient dans le Tyrol , qu'il favoriserait les opérations des armées alliées en Italie, et qu'il donnerait Tappui de ses forces aux habitanls des petits cantons dont l'insurrection faisait, de jour en jour, des progrès alarmants pour nous.
La guerre que les ennemis allaient ainsi porter au milieu des Alpes , érait une guerre de postes, où la nature, l'art et la valeur des troupes nous permettaient de balancer la supériorité des Autrichiens et de gagner du temps. Le général Masséna
était trop habile pour ne pas profiter de l'avantage momentané que lui donnaient ces nouvelles dispositions de Tennemi. Jugeant, d'après elles, qu'il ne serait point inquiété sur sa gauche , il donna à sa droite tous ses soins, disposa des corps intermédiaires pour la soutenir , éleva des retranche-
menls sur tous les débouchés, pressa la formallon de plusieurs demi-brigades helvétiques qui, par la suite, lui furent d'un utile secours, et se hâta de pacifier les cantons de Schwilz, d'Uri et d'Unterwald, dont les habitants ayant pris les armes, avaient leurs avant-postes à Einsiedlen et menaçaient de marcher sur Zurich.
Je fus chargé de l'opération délicate d'aller les iiMumctio réduire, de les désarmer et de rétablir la paix dans petitii unto leurs montagnes. Leur insurrection avait été accompagnée de grands excès. Au moment où elle avait éclaté , un grand nombre de Français épars dans ces cantons avaient été arrêtés , dépouillés et assassinés; de petits détachements avaient été surpris ; les uns avaient vendu chèrement leur vie , d'autres avaient pu capituler , mais ils avaient été jetés dans les prisdhs. L'exaltation des esprits était à son comble et l'insurrection s'étendait rapidement ; une foule d'agents autrichiens jetaient des promesses parmi ces populations simples , et leur annonçaient de prompts secours. Un gouvernement insurrectionnel, qu'un des chefs venait d'installer à ÂltoriT, à l'imitation des fondateurs de la Hberlé helvétique , dirigeait tout ce mouvement.
Dans cette situation des esprits, l'indulgence ou
la sévérité pouvaient également faire échouer mon
entreprise. L'indulgence pouvait être considérée lu '5
comme une marque de faiblesse , et Timpunité déterminer de nouveaux soulèvements. 11 m'était aussi ordonné d'obtenir une prompte réparation des traitements inbumains qui avaient été exercés sur nos soldats , et de prendre des mesures efficaces , pour assurer, dans Tavenir, la sécurité de Tarmée. Mais la sévérité avait également ses inconvénients: elle pouvait exciter les insurgés à la résistance, les déterminer à faire dépendre leur salut de leur courage , leur rappeler l'exemple de leurs pères qui s'étaient afTrancliis de la servitude autrichienne, nous engager enfin dans une nouvelle guerre qui emploierait une partie de nos forces et ferait une diversion favorable à l'ennemi.
Cette dernière considération me parut décisive. Elle venait se joindre à la répugnance que j'éprouvais pour des mesures rigoureuses, qui auraient confondu les innocents avec les coupables, et qui . auraient pesé sur des populations dont le plus grand tort était de s'être laissé entraîner , tandis que les instigateurs et les chefs seraient , pour la plupart , parvenus à s'y soustraire. J'estimais le caractère suisse qui avait conservé des vertus an* tiques; j'étais frappé de ses nobles qualités et j'avais le ferme espoir qu'il saurait comprendre ma modération. Je fus ainsi affermi dans le parti de la clémence , et je voulus n'avoir recours aux moyens de rigueur qu'à la dernière extrémité. Je
pris sous ma responsabililé le pardon général que je désirais commencer ])ar offrir aux insurgés.
Le 2 mai (12 floréal), je me présentai devant leur premier rassemblement qui était campé à Rolhenlhurm, près d'Einsiedlen. Ceux qui le corn* posaient me donnèrent d'abord beaucoup de peine, pour éviter l'engagement qu'ils provoquaient par leurs bravades , et pour leur faire entendre des paroles de paix. Je parvins pourtant à faire répandre dans leurs rangs des exemplaires de ma proclamation, et j'en appuyai reffet par l'appareil de mes forces qui étaient prêtes à les attaquer. Ils furent ébranlés et m'envoyèrent des députés pour me proposer leur soumission, à la condition de ne pas être recherchés sur le passé. Je le promis, et à l'instant le rassemblement fut dispersé, les armes furent déposées, la confiance se rétablit, et cette heureuse nouvelle se répandit dans les environs.
Je m'arrêtai quelques heures à Rothenthurm, Entrée pour donner le temps aux autres rassemblements, qui occupaient divers postes dans le canton, d'être instruits de ce qui venait de se passer, et pour les engager à suivre cet exemple ; puis je partis pour Scliwitz avec ma division. Pendant la marche, j'éprouvai la satisfaction de voir les paysans venir en foule déposer leurs armes sur la roule, ofirir à ma troupe des rafraîchissements et nous témoigner leur reconnaissance. A une lieue de Schwitz, je
el poursuivre ceux qui , sur la foi de mes promesses, venaient de se soumettre. Tout était perdu, si j'avais laissé continuer cet odieux système de réaction et si je n'étais parvenu à faire éloigner les soldats suisses : le peuple aurait repris les armes pour sa défense et recommencé une guerre civile qui eût augmenté nos embarras.
Je me hâtai d'écrire au général en chef:
•c Schwits, le 13 floréal an vu.
« J'apprends à l'instant , mon général , que .les troupes helvétiques avancent sur nos derrières et qu'elles ont pris position à Schindellegi. Une de mes ordonnances les y a rencontrées , et à son retour, on l'y a retenue , pour lui persuader que de nouveaux attroupements étaient formés à Rothenthurm. Ce matin, l'ordonnance est passée à Roihenthurm; elle n'y a vu aucun rassemblement et y a reçu le meilleur accueil de la part des habitants; tout était parfaitement tranquille. En semant de pareils bruits et en manifestant des dispositions aussi violentes , il est certain qu'au lieu d'apaiser la révolte , on ne fera que Texciter. Les esprits sont encore aigris ; il faut beaucoup de douceur pour les ramener entièrement. Je crois que par ce moyen on y parviendra plus sûrement que par une rigueur outrée, qui nous engagerait dans une longue et désastreuse guerre. Vous connais-
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sez la haine qui existe entre les habitants de di* vers cantons; si on les met en contact, elle sepro* [)agera et elle produira de funestes effets. Je vous prie de rëfléchir à ces considérations , elles sont de nature à fixer votre attention. »
Je disais dans une autre lettre : « On a envoyé de Lucerne un commissaire du gouvernement helvétique, pour suivre mes opérations. Cet agent est accompagné par l'ancien préfet de Schwitz, qui s'était sauvé, au premier avis qu'il eut que les habitants voulaient se soulever. Ce dernier est, je crois, un homme bien dangereux : il ne parle que de vengeance, et il parait regretter que les insurgés aient été dissous pacifiquement. Je ne serais même point étonné qu'il entreprit de dénaturer mes dispositions, au résultat desquelles il devrait être le premier à applaudir. »
Ces représentations que j'adressais au général en chef, furent heureusement écoutées par lui. Les premières instructions qu'il m'avait données étaient très-sévères, à l'instigation sans doute des autorités helvétiques ; elles portaient que les rebelles devaient être traités sans miséricorde. Mais son bon esprit le fit revenir facilement sur ces dispositions; d'après ce que je lui représentai , il rappela inunédiatemenl les demi-brigades helvétiques et il fit donner Tordre aux commissaires du gou-
vernemenl de se retirer. Je crus alors pouvoir me confier à la loyauté des habitants de Schwitz, malgré toute Tinsistance que le directoire helvétique mettait à m'entrainer dans une voie différente', et je me disposai à continuer mon expédition sur les cantons d'Uri et d'Unterwald, que la nouvelle constitution avait réunis sous le nom de canton de Waldstetten. Je n'allais pas y trouver la même soumission qu'à Schwitz, et je m'attendais à faire usage de la force. Je me fis cependant précéder par une proclamation pareille à celle que j'avais adressée au canton de Schwitz, et j'y ajoutai l'heureux résultat qui venait d'être obtenu ; mais elle avait besoin d'un appui plus efficace.
ïje principal rassemblement des insultés était posté à ÂltorfT, et il avait à sa tête un ancien officier, nommé Schmitt, retiré du service de France, qui avait un caractère énergique, de l'audace, la connaissance de l'état militaire , et le titre de président du gouvernement insurrectionnel, qu'il avait lui-même établi. La position qu'il avait prise était on ne peut mieux choisie. Couverte, sur ses flancs, par des montagnes que les neiges rendaient encore inaccessibles, elle avait sur son front (à la rive orientale du lac des Quai re-Cantons une ligne continue de bons retranchements garnis d'art ille-
i. Voir, à la fin du chapitre, n* 14.
rie, doiU la droite allait s'appuyer aux rochers escarpés de Fluelen , et la gaucbe à la Reuss y près de son embouchure dans le lac. Les parapets avaient été renforcés par une grande quanlité de ballots de marchandises pris à la douane d'ÂltorfT, et tout annonçait la détermination de faire la plus opiniâtre résistance.
J'avais fait tout ce qui était possible pour éviter Teffusion du sang, mais je ne pouvais diiïérer plus longtemps d'accomplir ma mission. Elle devenait , de jour en jour, plus urgente. Il fallait, à tout prix, rouvrir l'importante communication sur Bellinzona, où le corps du général Lecourbe devait se diriger en évacuant TEngadin. Je ne pouvais mettre à mon opération d'autre délai que celui qui était indispensal^le pour faire mes préparatifs et pour rendre décisifs les premiers coups que je porterais.
En été, j'aurais pu faire partir une colonne du Muttenthal et la diriger, à travers la chaîne du Bruhnwald , sur Spiringen , dans le Schachenthal, d'où elle se serait portée sur Burglen et Allorfî, pour prendre à dos la ligne ennemie. J'avais même engagé la 53^ demi-brigade dans cette direction , sur l'assurance qu'on m'avait donnée que les âpres sentiers qu'elle devait suivre étaient déjà praticables aux gens du pays. Mais pendant la nuit, il tomba une si grande quantité de neige , que la
demi-brigade fut forcée de rétrograder et ne put participer à l'action. Je la fis suppléer par deux autres colonnes y que je destinai à faire diversion sur les deux rives du lac des Quatre-Cantons , eu passant par les dangereux sentiers qui sont à peine tracés à travers ces précipices. La première co* loiine, composée d'un bataillon, s'était avancée de Stantz sur Siblisberg et Bauen ; elle dut gagner SeedorfT et Attinghausen , vis«-à-vis AltorfT, pour s'emparer du pont de la Reuss, qui est entre ces deux endroits, et pour m'ouvrir au besoin un débouché. La seconde, forte de trois compagnies détachées à Sissiden , eut ordre d'aller , par la cha«> pelle de (>uillaume Tell et par les rochers qui sont au-dessus de Fluelen , inquiéter la droite des ennemis, pendant que moi-même, à la tète de la colonne principale, je me proposais de les attaquer de front.
Je ne pouvais amener cette colonne que par le lac, pour débarquer en face des retranchements ennemis. Je fus retardé d'abord par la dilïiculté de réunir les transports nécessaires, et ensuite par les vents contraires, qui nous retinrent, pendant trois jours, au port de Brunnen, près de Schwitz. I£nfin, le 9 mai, le temps devint favorable, et je me hâtai d'en profiter. Mon rapport au général en chef contient tous les détails de mon opération.
« Steig, le 19 floréal an vii.
« Je m'empresse , mon cher général , de vous rendre compte du succès de mon expédition. Ce matin, à 3 heures^ je me suis embarqué à Brunnen avec trois pièces d artillerie légère , la 1 "demibrigade de ligne , trente chasseurs à cheval du 1^' régiment y et une compagnie de sapeurs, me dirigeant sur Fluelen et Seedorff. A. 7 heures, étant à hauteur des postes avancés des insurgés, j'ai ordonné le débarquement. Le 1" bataillon de la 1" demi-brigade Ta opéré au pied des rochers à droite et à hauteur de SeedorfT, d'où il a gagné ce village , ensuite celui d'Attinghausen » et s'est porté sur Steig, en suivant les deux rives de la Reuss. Le 2'' bataillon de la même demi-brigade a débarqué au fond de la baie qui est à gauche de Fluelen ; il a gravi les montagnes , tourné le village, et il s'est porté, par AltorPT, en avant de Burglen, dans le Schachenthal. L'artillerie, les chasseurs à cheval et les sapeurs ont suivi ce mouvement, qui a été protégé par la colonne que j'avais fait passer au bord du Tac, et qui s'était portée au-dessus de Fluelen , tandis que l'attaque de droite a été secondée par le bataillon de la 103^ demi-brigade, venu de Bauen.
« Les rebelles avaient deux mille hommes et
quatre pièces de canon, pour s'opposer au débarquement ; ils étaient parfaitement retranchés dans la plaine et tenaient toutes les hauteurs. Nous avons trouvé partout la plus vive résistance; mais aussitôt que nous avons eu gagné terre , les ennemis ont été abordés, au pas de charge, et mis en déroute, du premier choc. Les retranchements enlevés, l'artillerie prise, des armes abandonnées, une grande quantité de marchandises éparses sur le champ de bataille , et beaucoup d'hommes tués, sont les résultats de cette action, qui compte au nombre de ses victimes le fameux Schmitt, auteur de l'insurrection.
ce Les insurgés qui sont parvenus à s'échapper se sont retirés partie dans le Schachenthal, d'où ils ont gagné les montagnes , et partie par Steig sur Wasen. Ceux-ci ont répandu le bruit que, si nous les forcions à ce dernier endroit, ils passeraient le Saint-Gothard, pour aller en Italie.
La 53* demi-brigade devait, comme je vous l'ai annoncé par ma dernière , partir du MuUenthal et se diriger sur Spiringen, dans le Schachenthal, d'où elle se serait portée sur Burglen et Allorff, pour couper la retraite aux insurgés. Ce mouvement était même commencé, mais la nuit dernière, il est tombé une si grande quantité de neige sur les montagnes, que la 53% ne pouvant avancer, a été forcée de retourner sur ses pas. J'espère
qu'elle me rejoindra aujourd'hui. Pendant la nuit, je réunirai les deux demi-brigades entre Steig et Silenen, pour marcher de bonne heure à la poursuite des insurgés et les chasser au delà des monts. Le 3* bataillon de la 1 OS" restera en avant d' Allorff, pour contenir le pays et faire rentrer les habitants y dont la plupart sont épars dans les montagnes.
f< Les insurgés devaient incessamment recevoir des renforts du Valais , du pays des Grisons et de la Levantine ; déjà deux cents hommes de celte dernière contrée étaient arrivés. La défaite qu'ils ont éprouvée, en avant d'Altorff, a fait retirer ces auxiliaires et a empêché les autres d'arriver.
« Je reçois à l'instant une de vos lettres, pour la faire passer au général Lecourbe ; j'en aurai peut-être des nouvelles quand je serai à Urseren. D'après le compte que je viens de vous rendre, vous devez juger qu'il n'est pas aisé de conmiuuiquer avec lui. »
Cette première défaite éprouvée par les insurgés, les pertes qu'ils avaient faites, et surtout celle de leur général , devaient commencer à les ébranler; mais, pour atteindre les derniers rassemblements qui continuaient à résister, il fallait leur ôter la possibilité d'arrêter notre marche dans
le long dénie que nous devions suivre pour gagner Bellinzona, par le mont Sainl-Gothard. Dans ce dëfilë, le moindre obstacle, soutenu par cent hommes déterminés , pouvait rendre tous nos efforts inutiles et nous forcer à revenir sur nos pas. Rien n'était plus facile que d'obstruer ou de couper le chemin qui est presque partout suspendu sur les abîmes, de détruire quelques ponts, surtout le pont de la Reuss, appelé le pont du Diable, qui réunit les bords d'un précipice, et de boucher le trou d'Uri , étroite galerie percée h travers une montagne, et qu'il est impossible d'éviter.
La crainte que j'avais de rencontrer ces obstacles n'était pas sans fondement. Des prisonniers m'avaient même prévenu que je trouverais, à Wasen, un corps d'insurgés disposé à défendre la difficile entrée de ce village, et que les hommes qui n'avaient pas d'armes avaient été envoyés sur les montagnes taillées à pic, au delà de Wasen, et au pîed desquelles serpente la route , pour faire rouler des rochei's sur nos têtes, si, après avoir forcé le passage à Wasen , nous nous engagions dans le défilé. Ils ajoutaient qu'on avait le projet de détruire le pont du Diable, et que sur le sommet du mont Saint-Gothard, on avait tracé dans les neiges un camp retranché où, comme a A^ltorif, les balles de marchandises , trouvées en dépôt à l'hospice, servaient de revêtement.
Il fallait la plus grande célérité, pour prévenir, s'il était possible , ces préparatifs de défense. Le 11 mai , avant le jour, je fis attaquer et enlever de vive force le poste fortifié de Wasen , où les insurgés éprouvèrent d'assez grandes pertes. Nous entrâmes aussitôt dans le défilé et nous forçâmes notre marche , pour prévenir, à Urseren , de nouveaux rassemblements. J'avoue que l'horrible fracas des masses de rochers, qu'un ennemi invisible précipitait incessamment sur nous , me causa un instant d'inquiétude , et que ma troupe étonnée hésita, un moment, à s'engager plus avant. Déjà une douzaine de soldats étaient écrasés ; reffroi gagnait les autres , la route s'embarrassait, et le désordre qui se prolongeait dans la colonne rendait notre position de plus en plus critique. Heureusement, un détachement de flanqueurs que j'avais, en sortant de Wasen, fait diriger sur les crêtes des montagnes, parvint, à travers mille périls, à les escalader et à éloigner ceux qui nous accablaient. Nous pûmes continuer notre marche rapide, et, le même jour, nous parvînmes encore à sauver le pont du Diable , qu'on commençait à détruire , ainsi qu'à débarrasser le passage du trou d'il ri, qui était obstrué. Nous arrivâmes ainsi à Urseren.
Après ces affreux précipices, et au sortir du trou d'Uri, où Ton est plongé dans robscuritë,
on se trouve tout à coup dans le joli bassin d'Urseren, qui Tait le contraste le plus Frappant avec le chaos qui l'environne et qui semble être produit par les convulsions de la nature. À l'autre extrémité de ce bassin, et au pied du mont Saiut-Gothard^ est le village de l'Hôpital. J'y arrêtai mes troupes, pour leur donner un jour de repos et pour prendre des renseignements sur les nouvelles dispositions de défense des insurgés. J'expédiai le rapport suivant au général en chef :
« Urseren, 24 floréal (14 mai) an vu.
GomiMit « Je VOUS rends compte , mon général , d'une
Saini-Gothard. Houvclle affaire que j'ai eue avec les insurgés.
Après que je les eus défaits à Wasen et empêchés, par la rapidité de ma poursuite, de se rallier à Ui'seren et à Hôpital, ceux du Valais se retirèrent dans leur pays, par Réalp; les autres, la plupart émigrés du canton de Waldstetten , auxquels s'étaient joints quelques renforts venus de la Levantine, s'étant arrêtés sur le mont Saint-Gothard, se retranchèrent dans les neiges, au moyen de balles de coton et de soie qu'ils avaient trouvées au dépôt de l'hospice ou fait venir d'Airolo. Aucun émissaire n'était revenu, et les reconnaissances que j'avais avancées vers le mont ne m' ayant pas donné de renseignements satisfaisants.
je partis moi-même, hier au matin, avec la première demi-brigade d'infanterie de ligne, commandée par le général Bontemps, pour aller m'assurer de ce qui se passait au mont Saint- Gotliard. A moitié chemin du village de THôpital à Thospice , nous rencontrâmes les insurgés qui avaient pris une position resserrée entre deux rochers, que la route traversait. Il fallait défiler, un à un, pour y parvenir, et suivre une pente extrêmement rapide, où Ton enfonçait dans la neige jusqu'au milieu du corps. Cinq compagnies de la première demi-brigade reçurent Tordre de gravir la montagne, dite Matten-Alpenly , de la tourner, et de venir ensuite attaquer les insurgés sur leurs derrières.
(c Nos soldats déployèrent la plus grande audace, quoiqu'ils «fussent exposés, non-seulement au feu de Tennemi qui, de son côté, avait également envoyé des troupes pour s'emparer du sommet de la montagne , mais encore à la chute des avalanches que le mouvement rendait plus fréquente, et au danger imminent d'être enti*auiés dans les abîmes, à la descente des rochers , qu'ils ne pouvaient effectuer qu'en se laissant glisser sur la neige. Toutes ces difficultés, à force d'audace, furent heureusement surmontées. Les insurgés, n'ayant pu se maintenir sur la montagne,
et voyant qu'ils allaient être enveloppés entre les 11. 6
Si MÉMOIRES
deux rochers, se retirèrent dans leurs retranchements sur le mont même du Saint-Gothard , ou je les fis suivre. Ici je rencontrai les mêmes difficuites et je répétai la même manœuvre, en dirigeant trois compagnies de la première demi-brigade sur la droite des insurgés, par la montagne dite Bley- Berg. J'obtins le même résultat ; les ennemis forcés sur tous les points , débordés à droite et ne pouvant plus se défendre dans leurs retranchements, se sauvèrent en déroute sur Airolo.
rc II tomba dans ce moment une si grande quantité de neige, que le ralliement de la première demi-brigade en fut retardé ; la trace des chemins fut perdue, le temps obscurci. On ne pouvait avancer qu'avec une extrême précaution, pour éviter de s'égarer dans les précipices , et nos soldats manquaient de crampons {>our se soutenir. Cependant je donnai ordre au général Bontemps de poursuivre les insurgés au delà d'Âirolo, où je me rendis moi-même. A cinq heures du soir, nous étions maîtres de ce dernier endroit; j'en suis revenu à minuit, laissant le général Bontemps avec la 1'* demi-brigade, pour continuer la poursuite, et après lui avoir recommandé de porter, ce matin, une reconnaissance vers Faido. A mon départ, l'avant-garde était déjà à Manderana.
a Les rebelles ont eu beaucoup d'hommes tués
el considérablement de blessés; la neige était couverte de traces sanglantes qu*ils avaient laisséeSy en cherchant à gagner les montagnes, où un grand nombre se sont dispersés. J'ai aussi éprouvé quelques perles; je Wen connais pas au juste lé détail y mais j'ai connaissance d'une douzaine de soldats qui ont été engloutis datis les neiges oii par des avalanches. En suivant la route, on avait ordinairement de la neige jusqu'aux genoux , et jus(|u'à la ceinture, si on allait sur les côtés.
« Le résultat de cette opération va nous assurer la communication jusqu'à Bellinzona; car d'après les renseignemetits que j'ai recueillis, les insurgés avaient déclaré que, s'ils étaient battus, ils se reti*^ reraient en Italie. Cela leur sera difficile, si, comme on l'annonce, Bellinzona est déjà occupée par hos troupes.
« Je dois des éloges à la première demi-brigade et particulièrement au chef de bataillon des Graviers-Berthelot, qui la commande, etc. ...»
Par un second rapport du même jour, je mandais au général en chef :
a Mon aide de camp, que j'avais laissé à Airolo, arrive à l'instant ; il me rend compte que lès insurgés ont été poursuivis jusqu'à Ambri, où hier, à onze heures du soir, on se battait encore. Un carnage horrible a été fait, sans qu'on pût porter ces niallieureuk à la soumission. 1^ route
élail jonchée de cadavres et les luonlagiies remplies de fuyards ; il en reste |)ar conséquent trèspeu qui soient réunis.
w I^ sous-préfet d'Ambri a demandé par écrit à capituler^ au nom des habitants de la Levantine, surtout pour le peuple qui, dit-il, n'a été qu'égaré. Je lui fais répondre de remettre sur-le -champ les armes et les nmnitions et de livrer les auteurs de la révolte; sans cela, point de rémission pour le passé.
« Les 1 enseignements que je reçois annoncent que le général Loison est arrivé à Bellinzona , et que, dans cette partie, il a aussi battu les insui^és. Je fais occuper Réalp , qui ferme l'entrée du Valais; j'ai aussi des troupes en avant du second débouché sur la même vallée; j'enverrai des reconnaissances vers le mont Furca. l^ désarmement continue, et les paysans rentrent chez eux....)»
Deux jours après, le 26 floréal (16 mai), je rendis compte au général en chef de la fin de celte expédition.
«( Tout est enfin terminé, mon cher général; le restant des rebelles qui était encore dans la Levantine s'est dispersé , partie dans les montagnes, et partie dans la vallée de Maggia. Hier, mes troupes ont fait leur jonction avec celles du général Lecourbe, en avant de Faido^ ainsi la commu-
DU MARitCH AL- GÉNÉRAL SOULT. 85
nication avec Bellinzona est rétablie, et vos dé- • pêches ont passé.
« Les prisonniers de la 103* demi-brigade, que les insurgés avaient emmenés, m*ont été rendus, hier, à Giornico.
« Aujourd'hui, toutes les troupes sont en mou' vement , pour se rendre à la nouvelle destination que vous m'avez donnée (dans le Frickthal) ; j'en aurai, ce soir, à Schwitz. La 1 ^* demi-brigade repasse le Saint-Gothard a midi ; j'espère être, dans deux jours près de vous, à Zurich. »
Je partis, en effet , pour me rendre à Zurich , chapeiie près du général en chef. Mais je devais m'embar- t«»quer à Fluelen , pour traverser une partie du lac des Quatre Cantons. Lorsque j'y arrivai , les chaloupes de ma flottille n'étaient pas encore revenues de Lucerne , où elles avaient dû faire un transport. J'étais pressé; j'acceptai la proposition que me firent les bateliers de Fluelen, de me conduire sur une de leurs embarcations. Ceshqmmes avaient fait partie des derniers rassemblements et ils s'étaient trouvés tous au combat d'Altorff, où ils avaient certainement perdu quelque parent ou quelque ami. Cependant, j'avais une telle confiance en leur bonne foi, que je n'hésitai pas à me mettre entre leurs mains, sans escorte , et n'ayant avec moi que mes aides de camp.
Nous partîmes. La rame en main , nos douze
8i MÉMOIRKS
était jonchée de cadavres et les montagnes remplies de fuyards ; il eu reste par conséquent trèspeu qui soient réunis.
u l^ sous-préfet d'Ambri a demandé par écrit à capituler, au nom des habitants de la I.e\^antine, surtout pour le peuple qui, dit-il, n'a été qu'égaré. Je lui fais répondre de remettre sur-le-cliamp les armes et les munitions et de livrer les auteurs de la révolte; sans cela^ point de rémission pour le passé.
« Les renseignements que je reçois annoncent que le général Loison est arrivé à Bellinzona, et que, dans cette partie, il a aussi battu les insui^és. Je fais occuper Réalp , qui feruie l'entrée du Valais; j'ai aussi des troupes en avant du second débouché sur la même vallée ; j'euverrai des reconnaissances vers le mont Furca. 1^ désarmement contiiuie, et les paysans rentrent chez eux....»
Deux jours après, le 26 floréal (16 mail, je rendis compte au général en chef de la fin de celte expédition.
K Tout est enfin terminé, mon cher général; le restant des rebelles qui était encore dans la Levantine s'est dispersé , partie dans les montagnes, et partie dans la vallée de Maggia. Hier, mes troupes ont fait leur jonction avec celles du général Lecourbe, en avant de Faido^ ainsi la commu-
nication avec Bellinzona est rétablie, et vos dépéclies ont passé.
w Les prisonniers de la 103* demi-brigade, que les insurgés avaient emnrienés, m*ont été rendus, hier, à Giornico.
« Aujourd'hui, toutes les troupes sont en mou' vement , pour se rendre à la nouvelle destination que vous m'avez donnée (dans le Frickthal) ; j'en aurai, ce soir, à Schwitz. La 1 '^* demi-brigade repasse le Saint-Gothard à midi ; j'espère être, dans deux jours près de vous, à Zurich. »
Je partis, en effet , pour me rendre à Zurich , cLapeiie près du général en chef. Mais je devais m'embar- t*». quer à Fluelen , pour traverser une partie du lac des Quatre Cantons. Lorsque j'y arrivai , les chaloupes de ma flottille n'étaient pas encore revenues de Lucerne , où elles avaient dû faire un transport. J'étais pressé; j'acceptai la proposition que me firent les bateliers de Fluelen, de me conduire sur une de leurs embarcations. Ceshqmmes avaient fait partie des derniers rassemblements et ils s'étaient trouvés tous au combat d'Altorff, où ils avaient certainement perdu quelque parent ou quelque ami. Cependant, j'avais une telle confiance en leur bonne foi, que je n'hésitai pas à me mettre entre leurs mains, sans escorte , et n'ayant avec moi que mes aides de camp.
Nous partîmes. La rame en main , nos douze
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était jonchée de cadavres et les inonlagues remplies de fuyards ; il en reste par conséquent trèspeu qui soient réunis.
« 1^ sous-préfet d'Anibri a demandé par écrit à capituler, au nom des habitants de la Levantine, surtout pour le peuple qui, dit-il, n'a été qu'égaré. Je lui fais répondre de remettre sur-le-cbamp les armes et les munitions et de livrer les auteurs de la révolte; sans cela, point de rémission pour le passé.
« Les renseignements que je reçois annoncent que le général Loison est arrivé à Bellinzona j et que, dans cette partie, il a aussi battu les insui^és. Je fais occuper Réalp , qui ferme l'entrée du Valais; j'ai aussi des troupes en avant du second débouché sur la même vallée; j'euverrai des reconnaissances vers le mont Furca. 1^ désarmement continue, et les paysans rentrent chez eux....»
Deux jours après, le 26 floréal (16 mai), je rendis compte au général en chef de la fin de celte expédition.
K Tout est enfin terminé, mon cher général; le restant des rebelles qui était encore dans la Levantine s'est dispersé , partie dans les montagnes, et partie dans la vallée de Maggia. Hier, mes troupes ont fait leur jonction avec celles du général Lecourbe, en avant de Faido^ ainsi la commu-
DU MARitCH AL- GÉNÉRAL SOULT. 85
nication avec Bellinzona est rétablie, et vos dé- • pêches ont passé.
u Les prisonniers de la 103* demi-brigade, que les insurgés avaient emmenés, m*ont été rendus, hier, à Giornico.
(c Aujourd'hui, toutes les troupes sont en mou' vement , pour se rendre à la nouvelle destination que vous m'avez donnée (dans le Frickthal) ; j'en aurai, ce soir, à Schwitz. La 1 '^'^ demi-brigade repasse le Saint-Gothard à midi ; j'espère être, dans deux jours près de vous, à Zurich. »
Je partis, en effet , pour me rendre à Zurich , cbapeiie près du général en chef. Mais je devais m'embar- Teii. quer à Fluelen , pour traverser une partie du lac des Quatre Cantons. Lorsque j'y arrivai , les chaloupes de ma flottille n'étaient pas encore revenues de Lucerne , où elles avaient dû faire un transport. J'étais pressé; j'acceptai la proposition que me firent les bateliers de Fluelen, de me conduire sur une de leurs embarcations. Ceshqmmes avaient fait partie des derniers rassemblements et ils s'étaient trouvés tous au combat d'Altorff, où ils avaient certainement perdu quelque parent ou quelque ami. Cependant, j'avais une telle confiance en leur bonne foi, que je n'hésitai pas à me mettre entre leurs mains, sans escorte , et n'ayant avec moi que mes aides de camp.
Nous partîmes. La rame en main , nos douze
était jonchée de cadavres et les montagnes remplies de fuyards ; il en reste par conséquent trèspeu qui soient réunis.
« Le sous-préfet d'Ambri a demandé par écrit à capituler, au nom des habitants de la Levantine, surtout pour le peuple qui, dit-il, n'a été qu égaré. Je lui fais répondre de remettre sur-le-champ les armes et les munitions et de livrer les auteurs de la révolte; sans cela, point de rémission pour le passé.
« Les renseignements que je reçois annoncent que le général Loison est arrivé à Bellinzona , et que, dans cette partie, il a aussi battu les insurgés. Je fais occuper Réalp , qui ferme Tentrée du Valais; j*ai aussi des troupes en avant du second débouché sur la même vallée ; j'enverrai des reconnaissances vers le mont Furca. I^ désarmement continue, et les paysans rentrent chez eux....))
Deux jours après, le 26 floréal (16 mai), je rendis compte au général en chef de la fin de celte expédition.
a Tout est enfin terminé, mon cher général; le restant des rebelles qui était encore dans la Levantine s'est dispersé , partie dans les montagnes, et partie dans la vallée deMaggia. Hier, mes troupes ont fait leur jonction avec celles du général Lecourbe, en avant de Faido^ ainsi la commu-
nicatiou avec Bellinzona est rétablie , et vos dé- pèches ont passé.
« I^s prisonniers de la 1 03' demi-brigade, que les insurgés avaient emmenés, m'ont été rendus, hier, à Giomico.
« Aujourd'hui, toutes les troupes sont en mou* vement , pour se rendre à la nouvelle destination que vous m'avez donnée (dans le Frickthal) ; j'en aurai, ce soir, à Schwitz. La 1 " demi-brigade repasse le Saint-Gothard à midi ; j'espère être, dans deux jours près de vous, à Zurich. »
Je partis, en effet , pour me rendre à Zurich , cbapeiie près du général en chef. Mais je devais m'embai> Teii. quer à Fluelen , pour traverser une partie du lac des Quatre Cantons. Lorsque j'y arrivai , les chaloupes de ma flottille n'étaient pas encore revenues de Lucerne , où elles avaient dû faire un transport. J'étais pressé; j'acceptai la proposition que me firent les bateliers de Fluelen, de me conduire sur une de leurs embarcations. Ces hqmmes avaient fait partie des derniers rassemblements et ils s'étaient trouvés tous au combat d'Altorff, où ils avaient certainement perdu quelque parent ou quelque ami. Cependant, j'avais une telle confiance en leur bonne foi, que je n'hésitai pas à me mettre entre leurs mains, sans escorte , et n'ayant avec moi que mes aides de camp.
Nous partîmes. La rame en main , nos douze
conducteurs commencèrent aussitôt à discourir sur les événements qui venaient de se passer j et naturellement ils remontèrent jusqu'à Thistoire des fondateurs de leur liberté , histoire dont la tradition est fidèlement conservée parmi eux. L'entretien était d'autant plus intéressant , qu'à mesure qu'on découvrait les points où les actions l'étaient passées , ils avaient soin de nous les faire remarquer, et, chaque fois, avec un redoublement d'enthousiasme. Ce fut avec orgueil qu'ils nous montrèrent la chapelle de Guillaume Tell , située ^ur un rocher au bord du lac et au lieu même où ce héros échappa au tyran Oessler. Nous en étions ii près , qu'ils me proposèrent de m'y conduire , pour me faire admirer , disaient-ils , la hardiesse éê Tentreprise, et pour me faire contempler les traits de leur illustre libérateur. Ils avaient excité ma curiosité , et ils s'étaient exprimés de manière à me faire accepter leur proposition ; ma complaisance à céder à leur désir leur fit plaisir. J'éprouvai moi-même de l'émotion en entrant dans ce sanctuaire , où les principales actions de la vie de Guillaume Tell sont peintes à fresque sur les murs. Mes conducteurs voulurent me les raconter : « I^ voyez-vous , me dirent-ils, s'associant à StaufTacher de Schwitz, et à Arnold d'Unterwald; ici, il abat la pomme placée sur la lête de son fils, et il montre au tyran la seconde flèche qu'il
lui destinait , si la première avait manqué son coup; là, il s'ëlance de la barque , sur ce même rocher où nous sommes; plus loin , Tare en main, il attend que Gessler se présente pour l'immoler à sa vengeance; le voici qui délivre la terre de ce monstre; enfm, dans ce tableau , il raconte à ses confédérés les détails de sa victoire, et il leur fait jurer de s'aiTrancliir avec lui de la servitude. i> Mes compagnons de voyage s'animaient de plus en plus, lorsqu'un d'eux s'écria, en me regardant fixement : « Les Suisses de ce temps-là valaient mieux que les Suisses d'aujourd'hui , si nous leur avions ressemblé, jamais vous n'auriez pénétré dans nos montagnes! — Je n'en sais rien, lui ré-pondis-je ; autres temps , autres événements , et vous avez bien aussi vos qualités ; mais il se fait tard , reprenons notre navigation, n L'espèce d'i* mende honorable qu'ils avaient voulu faire, les avait calmés ; ils partirent sans répliquer , et deux heures après, ils me débarquèrent à Brqnnen, près de Schv^itz , où nous nous quittâmes fort bons amis.
Je passai quelques jours auprès du général en chef, qui me témoigna toute sa satisfaction sur l'heureux résultat de mon expédition; il accorda toutes les récompenses que je lui demandai , et il approuva les dispositions que j'avais prises dans les petits cantons, pour assurer le maintien du
bon ordre. Nous nous enlrelinmes de la suite de la campagne ; puis je retournai dans le Frickthal, avec ma division.
Nous touchions au moment où Tarchiduc Charles allait déployer toutes ses Forces, pour attaquer le centre de notre ligne, qui était la partie de Farmée la plus exposée. 11 avait voulu commencer par dégager TEngadin et le pays des Grisons. Cependant, les attaques des Autrichiens , dans cette partie, furent devancées par l'insurrection des petits cantons. Ce fut une faute , en cette circonstance, de n'avoir pas mis le temps à profit; et quel qu'ait été le motif de la temporisation deTarchiduc, soit qu'il trouvât la saison encore trop peu avancée pour engager ses troupes dans les hautes montagnes, soit qu il voulût attendre les progrès de l'armée d'Italie, il ne nous en laissa pas moins le loisir de réduire l'insurrection avant l'arrivée des secours qui auraient du la soutenir. Le 1**' mai, cependant, les généraux Hotze et Bellegarde , qui commandaient dans le Voralberg et le bas Engadin, combinèrent leurs dispositions pour attaquer simultanément le corps du général Lecourbe et la division Ménard, qui défendait l'entrée des Grisons, en avant de Lucis-Steig.
Ce poste, extrêmement fortifié avant qu'il fût en notre pouvoir, venait d'être perfectionné par beaucoup d'ouvrages et bien garni d'artillerie. H
était ]a clef du pays des Grisons , et il interceptait les communications des divers corps autrichiens entre eux. Ce fut par là qu ils commencèrent, par conséquent, leurs opérations , mais aux deux premières attaques, le général Hotze fut repoussé avec des pertes considérables. Averti par ce revers des dispositions qui devaient assurer le succès de son entreprise, ce général renouvela, le 1 4 mai , son attaque , avec de plus grandes forces et de nouvelles dispositions; il parvint, à l'aide des habitants du pays, à faire passer une colonne sur la sommité des rochers qui servaient d'appui à notre ligne, et à la prendre à revers. Deux bataillons de la 1 4' demi-brigade d'infanterie légère qui, jusque-là, avaient fait la plus belle résistance, durent céder ainsi à la supériorité du nombre , et , malgré leitrs efforts pour se rallier et pour s'ouvrir un passage , ils furent en partie détruits.
A la même époque , le général Lecourbe était Retraite également obligé d'évacuer TEngadin. Déjà, dans Le^c^JriITH le courant d'avril , le général DesoUes , menacé par la vallée de l' Adige, avait dû passer dans celle de rinn , pour se rémiir . au général Lecourbe ; mais bientôt après , il avait été rejoindre l'armée d'Italie. Le général Lecourbe était réduit à sa seule division, lorsque, le 1*' mai, il fut vivement attaqué à Ramis et à Zernetz , par le général Belle-
r£nga<iin
garde. L'affaire fut très-glorieuse pour le général Lecourbe, q^i repoussa Fennemi avec de grandes pertes; mais il sentit qp'il ne pouvait pas tenir plus longtemps dans cette position aventurée, et il opéra sa retraite sur Lenz, pour rentrer dans la vallée du Rhin. La brigade Loison avait: été laissée dans la Valteline; elle passa par Cbiavenna, le val San-Giacomo et le Splugen , où elle rejoignit le général Lecourbe. Ce dernier avait eu la pensée de rester sur le Rhin, en se portant à Tusis ; mais le général en chef sentait qu'il était désormais impossible de tenir la vallée du Rhin supérieur; il fallait concentrer Tarmée , et je devais être rappelé au centre , où le danger devenait , de jour en jour, plus pressant. Le général Lecourbe fut destiné à garder l'important débouché de la Reuss, et il eut en conséquence l'ordre de descendre à Bellinzona , pour remonter au Saint-Çotliard, mouvement qu'il opéra sans pouvoir toutefois emmener son artillerie , qui ne put suivre à travers de pareilles montagnes*. C'était pour favoriser ce mouvement et pour rouvrir la communication avec les généraux Lecourbe et Loison , qu'en arrivant sur le Saint-Gothard , j'avais précipité mes opérations sur Airolo et la haute Levantine. La marche du général lecourbe fut aussi
i. Voir, à la fin du chapitre, n^ irs.
secondée par les défaites que les insurgés des vallées du Rhin et des Grisons venaient de subir. Ces insurrections , excitées par les agents autrichiens, avaient éclaté lors de la prerpière attaque du général Hotze sur Lucis-Steig y et elles avaient formé des rassemblements considérables à Reichenau j près de Coire ; mais j dans Fintervalle des deux attaques, le général Ménard avait eu le temps de se porter sur ces rassemblements, de les refouler jusqu'à Dissentis, et de les disperser après une action meurtrière.
Quoique l'évacuation de TËngadin, par le général Lecourbe, eût ouvert, depuis plusieurs jours, le p^ys des Grisons aux Autrichiens , le général Bellegarde , retardé par les difficultés du passage de TAlbula-Berg, n'y pénétra que le lendemain de la prise de Lucis-Steig. A son arrivée à Coire , le 16 mai , il dirigea des colonnes, pour s'emparer des divers passages sur le Rhin, et pour poursuivre l'àrrière-garde du général Lecourbe, qui se retirait, par Dissentis , sur le Saint-Golhard. 11 essaya même de ranimer rinsurreclion ; mais lespopula^tions des vallées du Rhin et des petits cantons se souvenaient trop bien de la leçon qu'elles venaient de recevoir, pour s'y exposer de nouveau; et de son côté, le général Lecourbe, en se rapprochant du Saint-Gothard , avait pourvu à la défense des sentier^ qui y aboutissaient.
Le général Lecourbe fi! ainsi facilement sa retraite sur le Saint-Gothard; mais il n'y resta que le temps nécessaire pour rallier ses troupes. Quelques jours après , il descendit à Wasen, où il prit une forte position ; elle servait de base à une défensive active, qui couvrait tous les débouchés sur le lac de Lucerne. Les généraux Bellegarde et Jellachich y dirigèrent plusieurs attaques, qui furent repoussées. Renonçant alors à forcer le général Lecourbe , ils se portèrent dans le canton de Claris, sur le lac de Wallenstadt.
De son côté, le général Hotze, après la prise de Lucis-Steig, fit passer le Rhin à son coips d'armée, vis-à-vis Balzers et Mayenfeld, repoussa sans peine nos postes jusqu'au delà du lac de Wallenstadt , entra par Verdenberg dans la vallée de la Thur , pour pénétrer dans le Toggembourg, fit occuper le Rhinthal , Appenzell , le canton de Saint-Gall, et se prépara à joindre, dans la Turgovie, la principale armée de Tarchiduc Charles , lorsque celleci , après avoir passé le Rhin , à Stein et à Schaffouse, vint s'étendre sur la Thur.
Le plan de campagne de Tarchiduc avait alors reçu un si grand développement , qu'il devenait, de jour en jour, plus difficile d'eu borner les progrès. Les Autrichiens étaient maîtres des deux rives du Rhin, depuis sa source jusqu'au confluent de la Thur , des versants de la Reuss jusque près
du lac de Lucerne, du cours de la Linth jusqu'à toucher le territoire de Zurich , de Tentrée du Valais, des passages du Saint-Gothard, du Simplou, du Saint- Bernard , et de toutes les principales chaînes des Alpes , dont ils tenaient les sommités. Débordant notre droite, pouvant librement communiquer avec Tarmée d'Italie , ils avaient en outre une immense supériorité de forces sur nous, taudis que nous n'avions, pour les arrêter, que la faible barrière de la Thur. Il paraissait ne plus y avoir d'obstacle pour retarder notre défaite, même avant l'arrivée de Tarmée russe du général Korsakow, qui accélérait sa marche pour prendre part à la victoire , et nous nous trouvions menacés, non-seulement de perdre, en Suisse, nos derniers, appuis au dehors, mais de ne pouvoir empêcher l'exécution du grand plan d'invasion de la France. L'armée autrichienne devait franchir le Jura , ce qui la portait sur la partie la plus faible de nos frontières, puis ouvrir aux armées alliées d'Italie, qui déjà s'avançaient en Piémont , les débouchés de la Savoie, et porter ainsi le théâtre de la guerre dans l'intérieur même de la république.
Il semblait que la France ne pouvait échapper au danger qui la menaçait ; elle y parvint cependant. Parmi les causes qui contribuèrent à la sauver, on doit remarquer d'abord les fautes commises par les alliés, qui disséminèrent leurs forces
9i MÉMOIRES
en Italie, au point que, malgré leur grande supériorité numérique, la plus forte partie de Failc gauche de Farmée de Tarchiduc dut quitter la Suisse, pour aller les renforcer. Il faut aussi citer la rivalité de commandement entre les généraux russes et autrichiens , surtout entre le prince Charles et le maféchal Souwarow, généralissimes tous deUx, et qui recherchaient également la gloire sans partage, comilie j'aurai bientôt l'occasion de le faire remarquer. Enfin l'antipathie nationale entre les deux armées peut aussi y avoir joué un rôle. De notre côté, au contraire, il y avait unité; nous avions un général en chef doué de rares qualités; sa persévérance à lutter contre la fortune, sa perspicacité à démêler les [irojets des ennemisy son habileté à profiter de leurs fautes, nous inspiraient une entière confiance en lui. Il y avait aussi la connaissance familière que nos généraux avaient acquise de Tart de la guerre dans les montagnes, l'intelligence de nos officiers, et celle même de nos soldats, qui, dans une guerre de postes et de détachements , savaient se frayer des passages, se ménager des issues, et se procurer des ressources que d'autres troupes n'auraient pu trouver. Ces avantages étaient loin de compenser notre infériorilé de nombre et de position , mais ils en atténuaient Teflet, et ils nous aidaient à prolonger notre résistance, en atteiuiant que nous
pussions rencontrer une occasion favorable ^ une faute que les ennemis pourraient commettre, et en profiter.
Néanmoins, cette résistance devenait chaque jour plus difficile^ et le cercle se rétrécissait autour de nous ; les faibles succès que nous remportions ne parvenaient même pas à suspendre le cours des opérations ennemies. Ainsi, dans les premiers jours de mai , le général Masséna avait essavé de faire une diversion sur la droite de l'arcliiduc, en faisant partir un fort détachement du camp retranché, en avant du petit fiâle, et en l'envoyant faire une incursion dans le Brisgau; il avait espéré attirer de ce côté l'attention de l'archiduc, et le distraire de Tattaque qu'il dirigeait sur les Grisons. Mais Tarchiduc avait deviné le général français; il n'avait tenu aucun compte de cette tentative isolée, et promptement contenue par le corps d'observation que les Autrichiens avaient de ce côté, et il avait immuablement poursuivi l'exécution de son plan.
Le général Masséna ne pouvait cependant pas tarder plus longtemps à concentrer son armée , soit pour marcher aux ennemis, les rejeter au delà du Rhin , et gagner de nouveau Tappui du lac de Constance, soit pour prendre une position centrale, sous la protection de laquelle il pût attendre les renforts qui lui étaient annoncés > et
l'eflet de la diversion qu^on avait l'espoir d*oblenir de rarmée d'observation , si cette armée pouvait déboucher de Mannlieim, pour menacer la Souabe. Le général Masséna se prépara à ce dernier parti, en faisant construire un camp retranché sur le Zurich-Berg , pour couvrir Zurich et la rive droite de la Liramath. Ce n'était pourtant qu'un pis-aller, et, avant de le prendre, le général Masséna voulut essayer une opération offensive, en se plaçant avec son centre entre la principale armée de Tarchiduc Charles , qui , de Stein et de Schaflbuse, où elle avait passé le Rhin, s'était portée à Ândelfingen , sur la Thur, et le corps du général Hotze, qui était en marche pour la joindre par la vallée de la Thur, Àppenzell et Saint-Gall. OpôraiioiK Trois divisions d'infanterie, ayant chacune une
Mir la Thur «* . i • n
la ToM. brigade de cavaleiie et un bon tram d artillerie , formant ensemble prés de vingt mille hommes, furent destinées à s'opposer à la réunion de ces deux corps, et aies attaquer séparément. Ma division en faisait partie et formait la réserve des deux autres divisions. Le 25 mai, le général en chef se mit à notre tête, et nous fit marcher, sur trois colonnes, de Winterthur à la rencontre des ennemis.
La colonne de droite, commandée par le général Oudinot, suivit la route qui conduit à Frauenfeld, et donna sur l'avant-garde du général Hotze;
DU M AKÉCH AL. GÉNÉRAL SOLLT. 97
celle dernière, fatiguée d'une marche de nuil et attaquée à Timproviste sur un terrayi désavantageux, fut presque détruite. Mais, après avoir dépassé Fraueufeid, nous trouvâmes., entre celte ville et la Thur, la réserve du général Hotze en position; elle soutint rengagement et obligea même le général en chef à disposer de la colonne de la réserve, que ses premières instructions avaient dirigée sur Allikon. On se battit avec acbamenient jusqu'à la nuit, et les pertes furent trèsconsidérables de part et d'autre. Les demi-brigades suisses attachées à ma division montrèrent autant de courage que nos troupes; mais le général Weber, leur commandant, officier d'un rare mérite, ayant été tué vers la fîn de l'action, au moment où les ennemis tentaient un dernier effort pour nous repousser, ses troupes, privées de leur chef, fléchirent et découvrirent le rideau qu'elles devaient défendre. Le lendemain matin, notre aile di'oite se replia sur la montagne appelée Steig- Pass, entre Frauenfeld et Winterthur.
A son début^ notre colonne de gauche eut aussi des succès. Partie de Pfungen sur la Toss, elle se dirigea sur Andelfmgen ; en approchant de cette ville, elle enleva tous les postes autrichiens qui étaient sur la rive gauche de la Thur. Les régiments de Barco et de Mezaros-hussards, chargés de les soutenir, furent culbutés et jetés dans la
Thur, malgré les efforts des généraux Kienniayer et Piaczeck, qui furent Tun et l'autre blessés. Nos troupes s*emparèrent même du pont d'Audelfingen ; mais le feu dominant de la rive opposée les empêcha de s*y maintenir; l'engagement, se soutint avec vivacité^ d'un bord à Tautre, jusqu'à la fin de la journée. Pendant la nuit, nos troupes se replièrent, et le lendemain elles rejoignirent la colonne de droite sur le Steig-Pass.
Les efforts que nous fîmes sur la rive gauche de la Thur, pour empêcher la réunion des deux corps autrichiens et les rejeter au delà du Rhin , furent donc sans succès. Si les Autrichiens essuyèrent des pertes considérables, nous en éprouvâmes aussi, et les ennemis remplirent leur but, car la jonction de l'archiduc et du général Hotze s'opéra, il en fut de même à la position du Steig-Pass. Dès le matin du 26, le génial Hotze s'y présenta avec son corps d'armée, et il recommença l'engagement. Le général Masséna avait garni de tirailleurs les deux bois qui sont sur les flancs de cette montagne, et il avait fait soutenir ces tirailleurs par nos lignes d'infanterie et de fortes batteries plongeant leurs feux dans les replis du terrain. Plusieurs fois les colonnes eimemies se présentèrent coiu*ageusement, et tant que nous n'eûmes affaire qu'aux troupes du général Hotze , elles furent constamment repoussées en désoixlre ; mais dans l'après-
midi, Tarchiduc Charles les fit renforcer par des troupes de son armée, et l'attaque reprit avec une nouvelle fureur. Malgré notre vive résistance, nous fumes forcés d'abandonner la position, pour aller, le même jour, nous remettre en bataille sur la gauche de la Toss.
Le combat recommença encore , le lendemain matin ; mais le général en chef reçut bientôt l'avis qu'une colonne autrichienne venait de passer le Rhin à Églisau , et qu'elle manœuvrait pour tour* ner notre gauche. Nous nous mimes aussitôt en marche pour nous rapprocher de Zurich ; c'est ce qui rendit ce troisième engagement beaucoup moins sérieux que les deux premiers. Quoique très-inférieur en forces , le général Masséna ne cédait le terrain que pied à pied , et après avoir défendu opiniâtrement toutes les positions qui offraient le moindre moyen de résistaiice. Il voulait retarder, autant que possible, le moment où il serait obligé de se concentrer derrière la Limmath et le lac de Zurich; il jugeait avec raison, qu'en disputant ainsi aux Autrichiens les avantages qu'ils remportaient, au prix de si grands sacrifices, il les forcerait, à la longue, à devenir moins entreprenants et à nous laisser quelque repos.
D'après ce plan, nous ne pouvions nous dispenser de nous arrêter sur la Glatt. Cette rivière sort du lac de Grcifensce, coule dans des terrains
marécageux au pied de la montaçne de Zurich- Berg, à une lieue et demie de Zurich ^ et Ta se jeter dans le Rhin, au-dessous d'Églisau. I^e général Masséna considérait la Glatt, où, en temps ordinaire , OD ne trouve pas de gué, comme le poste avancé du Zurich-Bei^. Par conséquent , il Tavait fait retrancher avec soin, couvrir d*abatis, et munir d'une bonne artillerie pour défendre les approches de Zurich. En quittant les bords de la Toss, la Glalt nous (ut donc indiquée pour nouvelle position. Ma division ayant moins souffert que les deux autres dans les combats précédents, fut destinée à défendre la droite du camp retranché, où Ton croyait que les ennemis dirigeraient leurs principaux efforts. Je pris ma ligne depuis Herliberg , sur le lac de Zurich , jusqu'au ruisseau de Seebach, lequel se réunit à laGlatt, au-dessous de Schwamendingen , et j'occupai, en avant de mon centre, les villages d'Ebmatingen et deFellanden, sur le Greifensee. La division Oudinot prit position , à ma gauche, sur la Glatt , pour y défendre une ligne de redoutes , se reliant au système du camp retranché. Le général en chef porta l'autre division sur la rive gauche du lac de Zurich, pour l'opposer aux ennemis, qui , de ce côté , faisaient déjà des progrès alarmants.
C'était une grande opération que d'entreprendre de nous forcer au Zurich-Bei^, où tous les moyens
DU MARÉCHAL^GÉNÉRAL SOULT. iOi
de défense avaient été réunis; et les ennemis parurent avoir cette opinion , à en juger par le temps qu'ils mirent à faire leurs préparatifs, et par le soin qu'ils portèrent à reconnaître les endroits accessibles de notre position. En attendant, ils nous resserraient de plus en plus, et ils refoulaient nos postes avancés. Nos reconnaissances qui éclairaient les mouvements des colonnes autrichiennes, et les prisonniei*s qu'elles nous ramenaient, nous apprirent que l'archiduc , dont le quartier général était établi à Kloten, ne différait son attaque, que pour la rendre générale et y employer la plus grande partie de son armée, mais que ses dispositions annonçaient plus particulièrement le projet de porter sa principale attaque sur notre droite. La bataille qui se donna prit, en effet, cette direction ; elle commença le 2 juin, de grand matin, et elle ne fmit que le 4, fort avant dans la nuit. Voici mon rapport au général en chef.
M BirmensdorfT, le 19 prairial an vn (7 juin 1799).
« Les différents mouvements que la division a Bataiiu faits m ont empêche , mon cher gênerai , de vous adresser mon rapport sur les combats qu'elle a eu à soutenir pendant les journées des 14, 15 et 16 de ce mois. Je profite du premier moment de tranquillité pour remplir ce devoir.
lOÎ MÉMOIRES
(Y Le 1 4y rennemi attaqua en force la brigade de droite aux ordres du général Humbert. LVtendue que cette brigade occupait , ne lui ayant pas permis de faire une longue résistance dans ses postes avancés , je lui donnai ordre de se replier, et d'appuyer sa droite au lac de Zurich, en arrière de Zollikon , sa gauche, au bois qui est en arrière de Witikon, et de se lier, parGeeren, k la brigade du centre , que je fis en même temps retirer de Fallanden , pour prendre la position en arrière de Dubendorfî. Sur cette nouvelle ligne, rengagement se soutint avec un égal succès; à dix heures du soir, on se battait encore; l'obscurité de la nuit fit cesser le combat.
« Les dispositions de Tennemi, que j'avais observées, faisaient croire que, le lendemain, l'attaque serait plus générale , et je m'étais préparé à la soutenir. Elle commença à trois heures du matin, mais elle ne se porta encore que sur la brigade de droite. L'ennemi engagea l'affaire avec six bataillons d'infanterie, le régiment de Waldeck-dragons et neuf pièces d'artillerie. On se battit toute la journée, par une pluie continuelle, sans avantage décidé, de part ni d'autre; le mauvais temps fut sans doute cause que l'engagement ne fut pas plus général. Pourtant nous (Imes éprouver aux Autrichiens une perte considérable en hommes tués ou blessés; ik)us leur fîmes aussi cinq cents
prisonniers 9 parmi lesquels se trouvent plusieurs officiers. I.e soir, nous reprîmes nos positions. Pendant la nuit, Tennemi ayant fait avancer de nouvelles troupes, renforça tous ses points d'attaque, pour se préparer à la bataille du lendemain.
€ Le 16, à six heures du matin, Tattaque fut générale, sur tout notre front. L'ennemi la commença avec vingt pièces de canon , et fit passer la Glatt à ses troupes légères, tandis que, portant ses principales forces sur le centre de la division , en avant de Wilbach, il Tattaqua vigoureusemeïit, et fil filer des colonnes d'infanterie, pour s'emparer de la montagne qui est à droite. Le centre se maintint dans sa position ; mais, vers les deux heures de l'après-midi , l'ennemi, débouchant avec des forces infiniment supérieures , s'approcha du chemin de communication de la montagne , et ayant débordé les troupes qui le défendaient, il les obligea, pour éviter d'être entièrement enveloppées, à se retirer sur le Zurich-Berg.
c( La brigade de gauche, commandée par l'adjudant général Werlé , et attaquée en même temps que celle du centre , fit durer sa résistance , une heure de plus, en tête du village de Schwamendingen et sur la hauteur en arrière; ensuite elle entra dans le camp retranché, pour assurer la défense des abatis.
(c Pendant ce temps, les troupes aux ordres du
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chef de brigade Brunet, qui fait les fonctions de général de brigade, continuaient à se battre dans le bois de Witikon. Différentes charges furent exécutées, et l'ennemi y qui avait cherché à s*établir dans cette partie, fut forcé à la retraite, après avoir perdu beaucoup de monde.
a Le général Huml>ert se défendait avec uo égal succès, sur la droite, jusqu'au lac de Zurich. La brigade qu'il commande arrêta l'ennemi, qui voulait déboucher, entre le Zm*ich-Berg et la ville , et le força à reprendre ses positions du matin. De part et d'autre, on se maintint jusqu'au soir, mal* gré les tentatives que l'ennemi fit, à plusieurs reprises, pour se porter en avant.
« Partout on se battit avec acharnement ; mais au centre , cet acharnement fut au delà de toute expression. Nos troupes avaient été repoussées jusqu'au dedans des abatis. Diverses charges , exécutées avec vigueur par l'infanterie , ne purent éloigner du bois les ennemis, qui, profitant de cet avantage et de leur supériorité, rassemblèrent, au pied du Zurich -Berg, une nouvelle colonne de troupes fraîches, composée de six bataillons de grenadiers hongrois , du régiment de Benderinfanterie, et de la garde d'honneur de l'archiduc, pour forcer les abatis et attaquer nos retranchements. \ hauteur de cette masse, les troupes qui avaient combattu dans la journée se formèrent
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anssiy sur plusieurs colonnes, et attendirent que le signal fût donné j pour s'avancer au même moment. Je me trouvais justement au Zurich-Berg, lorsque, sur les huit heures du soir, un feu roulant de mousqueterie , soutenu par des décharges à mitraille de toute notre artillerie, m'avertit que les ennemis approchaient. L'embrasement était général; alors le Zurich-Berg ressemblait à un énorme volcan couvert de flammes. La résistance fut des plus opiniâtres ; on se battit corps à corps et à coups de crosses , avec les grenadiers hongrois. Néanmoins, les abatis furent forcés, et les ennemis se répandirent au milieu de nos retranchements.
if II n'y avait de ressource que dans un coup d'audace. Je pensai qu'en prenant en flanc les troupes qui avaient forcé notice ligne, et à la faveur de leur désordre, je les mettrais en déroute; qu'avec elles j'entraînerais aussi celles qui n'avaient pas encore débouché , et que j'assurerais ainsi le succès de la journée. J'avais près de moi, en réserve , quelques compagnies de la 1 '• demibrigade d'infanterie de ligne et de la 14* d*infanterie légère. Tous les officiers de mon état-major^ prévenus de ma détermination de payer de nos personnes , se réunirent à l'instant près de moi , et nous-mêmes , l'épée à la main , nous fonçâmes sur les ennemis. Le choc fut si rude, qu'ils ne
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purent le soutenir. Culbutes , taillés et mis en pioceSy ils se précipitèrent vers le pied de la montagne , où ils entraînèrent la garde du priuce et tous ceux qui la suivaient. Les grenadiers hongrois, qui avaient pénétré dans rintérieur des retranchements, se trouvant alors coupés, se dispersèrent, au nombre de plus de mille, dans les bois en arrière , d'où nos patrouilles , pendant la nuit et la journée du lendemain , les retirèrent et les amenèrent prisonniers à mon quartier général.
(c Après cette défaite, l'ennemi ne disputa plus la victoire et nous laissa le champ de bataille. Il comptait si bien sur le succès de sa dernière attaque, (|u*il ne fit avancer la garde du prince que pour en partager Thonneur avec les grenadiers hongrois ; ceux-ci mis en déroute ^ les gardes furent entraînés et partagèrent leur sort.
a Ainsi, les Autrichiens ne pénétrèrent dans nos lignes que pour y trouver leur perte. D'après leur aveu, ils étaient vingt-cinq mille hommes pour l'attaque du Zurich-Berg. L'archiduc Charles les conmiandait en personne, et il avait près de lui un de ses Frères. Ils laissèrent plus de deux mille morts sur le dernier champ de bataille, d*où ils retirèrent plus de trois mille blessés, et, comme je Tai dit, nous leur finies en outre plus de mille prisonniers. I.e général Hotze et quatre autres généraux furent blessés.
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u Je ir avais, tout au plus, que sept mille hommes à opposer aux ennemis; aussi je ne puis trop louer la valeur de ces braves, que je regrette de ne pouvoir tous ciler, car pour cela il faudrait nommer tous les militaires de ma division. Mais parmi ceux qui se sont le plus distingués, je mettrai ces intrépides soldats qui se sont battus à coups de crosses et corps à corps, dans les abatis, avec les grenadiers hongrois ; je mettrai aussi les canonniers de la 2* et ceux de la 7® compagnie du 7' régiment d'artillerie légère , dont le Feu à mitraille n'a pas été un instant interrompu ; ils s'étaient mis en cliemise, pour avoir plus d'agilité, etc., etc. »
Ce rapport se terminait par l'état de nos pertes, dont le total était de douze cent cinquante hommes; il ne rendait compte que de ce qui s'était passé sur le front de ma division, où, comme je l'ai dit, les ennemis avaient dirigé leurs plus grands elTorts. Cependant, à ma gauche, la division Oudinot fut attaquée , en même temps , et avec une égale fureur, et elle repoussa de même les Autrichiens, avec une grande perte. Mais le général Oudinot y fut blessé, en commimiquant à ses troupes sa valeur et son sang-froid.
Si la victoire est à celui qui reste maître du champ de bataille, l'honneur de la bataille du Zurich-Berg appartient incontestablement à l'ar-
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mée française, puisqu'elle repoussa les ennemis, se maintint dans ses positions y et y séjourna même le lendemain. Cet honneur lui est également dû, si Ton considère la disproportion des combattants , les efforts de courage qui furent faits, et le nombre de morts, de blessés et de prisonniers qu'il y eut, de part et d'autre. Si, au contraire, on attribue la victoire à celui qui recueille les avantages, les Autrichiens, sous ce rapport, furent les vainqueurs.
Nous avions passé la journée du 6, entourés de tout ce qui attestait notre victoire de la veille; nous nous préparions à soutenir un nouvel assaut, si les ennemis revenaient nous attaquer, comme on sV attendait. L*ordre était donné de continuer la défense au Zurich-Bei^, et j'avais pris mes dispositions en conséquence. Mais le général en chef fut instruit que Tavant-garde de Taile gauche de rarchiduc s'était portée de Claris sur Einsiedlen, d'où elle s'avançait sur la rive gauche du lac de Zurich, et menaçait de faire de nouveaux progrès vers la ville, qui renfermait le quartier général de l'armée.
I^ général Masséna n'avait aucune troupe à opposer il ce nouveau corps ennemi; ses deux ailes étaient trop loin, et d'ailleurs trop occupées elles- mêmes ; l'aile droite était engagée aussi avec l'ennemi, et l'aile gauche était nécessaire sur l'Aar
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et la basse Limmalh , pour en défendre les passages. On pouvait encore moins prendre au centre, sans rendre la défense du Zurich-Berg in>possible. Le moment était venu d'exécuter le mouvement rétrograde et celui de la nouvelle concentration de Tarmée, que le général en chef prévoyait déjà depuis plusieurs jours , et pour lesquels il avait déjà donné ses instructions éveutuelles^ Ces considérations devaient remporter sur le maintien du camp retranché, quoique la première pensée eût élé d'y continuer la défense. Ainsi, le camp retranché fut évacué dans la nuit du 6 au 7 juin ; tout ce qui appartenait à l'armée sortit de Zurich, et les divisions du centre furent s'établir sur la célèbre position de l'Albis. I^e général en chef établit son quartier général à Bremgarten, sur la Reuss.
La retraite de l'armée sur l'Albis forme une Retraite phase remarquable dans la campagne de Suisse. L'armée prit une position qui ne changea plus, de tout le courant de l'été, et où elle attendit l'occasion de reprendre une offensive heureuse. Voici quelle était cette position au mois de juin 1799.
Un corps détaché , commandé par le général Xaintrailles , d'abord destiné à aller renforcer l'armée d'Italie, occupait le Valais, où il s'était
i • Voir, à la fin du chapitre i n* 1 6.
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celle de notre armée en puisse. Celait surtout Tarmée d'Italie , dont Faction sur nous était immédiate, qui nous faisait sentir cette influence. Nous avions , à Touverture de la campagne , concerté avec elle nos dispositions , et nos opérations étaient liées avec les siennes. Nous en étions désormais séparés; et découverts, de ce côté où nous devions trouver, un appui, nous restions exposés à un danger auquel nous n'échappâmes , presque que par miracle. L'armée d'Italie avait été accablée par des revers qui lui avaient fait perdre toutes nos* conquêtes jusqu'au pied des Alpes françaises.
confluent avec le Rhin. Ces divisions avaient devant elles les principales forces de FarcliiduCy qui occupaient la rive droite de la Limmath , et qui avaient en avant de Zurich une forte avant-garde. Ma division était précisément opposée à cette avant-garde.
Les bords du Rhin , depuis ïkar jusqu'à Rhinfelden, étaient défendus par un corps d'observation.
L'aile gauche enfin gardait le camp retranché du petit Basle et la [losition de l'Ârrach , sur la rive droite du Rhin , plutôt pour couvrir Basic et donner à notre gauche un excellent appui , que pour inspirer des craintes sérieuses au corps détaché de Tarmée autrichienne qui lui était opposé.
Par rapport à l'étendue que nous devions embrasser avec notre armée, de beaucoup inférieure à celle des ennemis, il était impossible d'occuper une ligne plus resserrée et par conséquent d'une défense plus avantageuse. Sa bonté ne fut pourtant appréciée qu'après en avoir fait l'épreuve, en déjouant 1 essai que les A^ulricliiens, pour nous en éloigner, firent, le 8 juin, presque aussitôt que nous y fûmes étabhs.
Mais, avant d'entrer dans le détail de ces nouvelles opérations, j'ai besoin d'exposer quelle était alors la situation générale des armées françaises, situation qui exerçait une puissante influence sur
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3* division, commandée par le général de division Oudinot.
3' division , commandée |>ar le général de diyision Tharreau.
4* division, commandée par le général de division Soult.
AILB GÀUCBB.
Composée de deujc divisions»
1» division, commandée par le général de division Soaham. î* division, commandée par le général de division Legrand.