CHAPITRE XXIII
arni
Nous avons interrompu le re»cit des opérations Positi» du général Moreau en Allemagne au moment où sm le il dirigeait douze mille hommes sur la Suisse pour y joindre le corps du général Moncey. Son armée était placée dans Tordre suivant :
L'aile droite, commandée par le général Lecourbe qui avait détaché ces douze mille hommes, occupait Memmingen et avait à Kempten un corps de flanqueurs , commandé par le général Molitor, pour éclairer les mouvements du corps autrichien du prince de Reuss qui s'était retiré sur le Tyrol. Les divisions de la réserve , sous les ordres immédiats du général Moreau, et celles du centre , commandées par le général Gouvion Saint-Cyr , garnissaient les deux rives de TlUer, depuis Memmingen jusqu'au Danube. Les deux divisions de l'aile gauche y aux ordres du général Sainte-Suzanne, étaient en position à Alt-Steislingen , sur la rive
gauche du Danube, appuyant leur droite à ce fleuve et communiquant avec le corps du général Saint-Cvr.
L'armé(î autrichienne, concentrée autour du camp retranché d'Ulm, couvrait les deux têtes de pont. Elle avait la plus forte partie de sa cavalerie sur la rive gauche du Danube, et des corps d'observation détachés sur la rive droite Téclairaient jusqu'au Lech.
Quoique affaibli par le détachement envoyé à Tarmée de réserve , le général Moreau suivait toujours son premier plan. Il gardait TofFensive et suppléait par des manœuvres à l'affaiblissement qu'il venait d'éprouver. Mais il ne pouvait pousser trop loin ses mouvements, sans découvrir sa ligne d'opérations, et il ne pouvait pas non plus attaquer les ennemis dans leur position d'Ulm, tant qu'ils y restaient en nombre supérieur et appuyés par de bons retranchements. Ainsi il devait faire en sorte de détacher le maréchal Kray de cette position et de l'attirer ailleurs ; il espérait , s'il parvenait à ébranler l'armée autrichienne , avoir plus de facilité pour l'attaquer, lœuvrc du La liguc du Lech , Augsbourg et la Bavière Dur faire ctaicut prcsquc a découvert; le gênerai Moreau
er à l'armée ,, ai» /
trichienne cssaya d eutrauier 1 armée ennemie, en menaçant
ion' d'uim. cette ligne. 11 fit avancer sur la Gùnz son aile droite, réduite à deux divisions ; le général Saint
Cyr envoya une des siennes à Weissenhorn et le général Sainte-Suzanne eut ordre de s'approcher d'Ulm, où Ton supposait qu'il ne serait resté qu'une forte garnison.
Le mouvement de la droite commença , le 14 mai, et celui du général Sainte-Suzanne, le 15. La division du général Legrand se porta en avant d'Elirbach, d'où, après avoir éloigné les ennemis des bois de Papelau et d'Ehrstetten , elle s'établit sur le plateau élevé qui est entre la Blau et le Danube , appuyant sa droite au fleuve. La division du général Souliam s'avança à la même hauteur dans la vallée de la Blau et poussa les postes de sa gauche jusqu'à Ascii. Cette ligne était beaucoup trop étendue pour deux divisions dont les forces ne dépassaient pas seize mille hommes , surtout en se rapprochant de l'armée autrichienne, quatre ou cinq fois plus nombreuse. I^ général Sainte- Suzanne devait s'attendre à rencontrer cette armée devant lui, au moins depuis l'engagement du bois d'Ehrstetten où il avait éprouvé une vive résistance, et il aurait dû, en conséquence, tenir ses troupes concentrées, pour être prêt à recevoir les ennemis s'ils venaient à lui. Ce fut en effet ce qui arriva.
Jusque-là , le maréchal Kray était resté tranquille combat dans ses retranchements ; il jugeait avec raison que le général Moreau ne commettrait pas Tim-
Pfniuen8te
prudence de dégarnir sa ligne en s' éloignant , ni celle de se livrer à de grandes entreprises, tant qu'il verrait l'armée autrichienne fermement établie à Ulm , ayant la facilité de manœuvrer avec ses forces réunies sur les deux rives du Danube et d'attaquer à l'improviste toute la partie faible de la ligne française. Le maréclial Kray ne pouvait donc manquer de saisir l'occasion que le général Sainte-Suzanne venait lui offrir. Le 16 mai, il le fit assaillir par plusieurs gros corps de cavalerie et d'infanterie aux ordres de l'archiduc Ferdinand. En un instant , toute la ligne fut engagée depuis Asch jusqu'au Danube, et les Autrichiens s'attachèrent à séparer du fleuve la division Legrand; les plus grands efforts se portèrent sur elle. Forcée de se replier derrière Donau-Rieden et Ringingen, cette division se trouva coupée de la division Souham qui, débordée elle-même sur ses deux flancs, dut aussi se retirer d'Asch , de Sonderbuch et de la vallée de la Blau jusqu'à Blaubeuren.
Le danger devenait pressant ; une forte colonne ennemie s'était établie au village de Pfrauenstelten entre les deux divisions françaises , dont les brigades étaient également séparées les unes des autres et accablées par la supériorité numérique des Autrichiens. Cependant tous les eflbrts des ennemis, qui souvent les entouraient, ne pouvaient parvenir à les rompre ni à ralentir leur vigoureuse résistance.
Dans ce péril exlréni)e , le général Sainte*Suzanne ordonna au général Legrand de se détacher entiè* rement du Danube et de réunir sa division en ar* rière de Discbingen ; ensuite , marchant lui-même à la tête de la brigade du général Drouet, il attaqua les ennemis à Pfrauenstetten , les culbuta , rélablit ses communications avec le général Souham, resserra sa ligne et recommença le combat. Il ne pouvait réparer son erreur de la veille, d'une manière plus brillante. Le général Saint-Cyr contribua aussi aie dégager; accouru précipitamment de la rive droite de l'iUer, il porta ses troupes, au pas de course, à un gué du Danube situé à une lieue au-dessus d'Ulm. Déjà son canon se faisait enten<* dre ; les attaques des ennemis sur le généra] Sainte-Suzanne devenaient moins vives, et Tarchiduc Ferdinand , s'exagérant la force des secours qui arrivaient aux Français , quoiqu'ils eussent le Danube à passer, craignit pour lui-même d'avoir sa retraite coupée. Par prudence, il se retira. Ainsi, après douze heures de combat, le général Sainte-Suzanne reprit , à la nuit , les positions entre la Blau et le Danube qu'il avait perdues le matin. Ce n'était pas le résultat que le général Moreau attendait de ses manœuvres ; cependant cette affaire servit à l'éclairer sur les desseins et sur la concentration des forces du général ennemi, qui paraissait bien décidé à conserver sa position et
disposé a recevoir la bataille. Pour être encore mieux à même de juger cette position sur la rive gauche du Danube , le général Moreau résolut de s'y porter et de resserrer momentanément son armée, en renforçant son aile gauche, ainsi qu'en rappelant les divisions de la droite, qu'il avait avancées sur la Gûnz. Le général Saînt-Cyr fut, avec le corps d i centre, remplacer à la position, en avant d'Elirbach et d'Ehrstetten , Faile droite du général Sainte-Suzanne, qui reçut ordre de se porter sur la rive gauche de la Blau. Les divisions des généraux Leclerc et Richepanse du corps de réserve furent placées entre l'Iller et le Danube, leur gauche à Geklingen, pour appuyer au besoin le général Saint-Cyr. La division Delmas resta devant Ulm sur la rive droite de l'Iller, entre Unter- Kirchberg etMorbach, et le général Lecourbe vint se lier à elle, en se rapprochant aussi du Danube.
On voit par cette disposition que le général Moreau était encore incertain sur la manière d'attaquer les ennemis, et qu'il cherchait leur côté faible pour y prendre ses avantages. Aussi il n'amenait à sa reconnaissance que la moitié de l'armée , et il tenait l'autre moitié assez à sa portée ^ pour qu'elle pût le joindre en peu de temps, ou m. pour qu'il pût lui-même se rapprocher d'elle, ^ suivant les circonstances.
Il en était autrement du général autrichien dont -:» t
rimmobilité annonçait la ferme résolution de se maintenir à lllm et de profiler des fautes qui pourraient échapper à son adversaire. C'est de la sorte que , deux jours auparavant , il avait fait courir des dangers au corps du général Sainte-Suzanne. En même temps, la force de sa position centrale lui permettait de détacher des corps d'observation ou des partis dans diverses directions. Ainsi il avait renforcé en avant de Gunzbourg le corps d'observation du général G iulay, qui poussait une avant-garde jusqu'à Mindelheim, pour couvrir la route de Memmingen à Augsbourg. C'est encore ainsi que deux partis commandés par le comte de AValmoden et par le comte de Mier parcouraient les derrières de l'armée française dans toute la vallée du haut Danube, et ils avaient même l'audace de s'avancer jusque devant Kehl ; ils troublaient les communications, enlevaient des postes, des détachements et quelquefois de petites garnisons , comme il arriva à celle de Donau-Eschingen et plus lard à celle de Donau-Werlh. Le maréchal Kray surveillait avec la même vigilance les grands mouvements de l'armée du général Moreau. Nous le verrons bientôt attaquer de nouveau le général Sainte-Suzanne dans ses positions en avant d'Ehrbach, et menacer ensuite la ligne d'opérations de l'armée française, entre l'IUer et le Danube , pour détourner le général Moreau de
ses projets sur Âugsbourg. Toujours attentif aux mouvements qui s'opéraient devant lui, il réglait les siens avec autant de fermeté que de prudence, les pressait ou les retenait, suivant la valeur des démonstrations, sans jamais se laisser entraîner. Son armée, forte de quatre-vingt mille hommes, était placée sur un boulevard inexpugnable où les ressources abondaient et où il recevait, à tout moment, des renforts. De tels moyens dirigés par un général habile étaient bien propres à relever le moral de l'armée, que le début de la campagoe avait un peu ébranlé , et à inspirer la confiance ; aussi les troupes partageaient-elles celle de leur chef qui, parla combinaison d'une défensive justement admirée , présentait tour à tour son front redoutable pour suspendre les coups levés sur lui ou pour porter les siens sur son adversaire.
Le général Moreau se rendait bien compte de l'avantage de celte position, et il n'en mettait que plus de persistance à chercher les moyens de la réduire, puisque ses premiers mouvements n'avaient pas réussi à la faire changer. C'était le but de sa reconnaissance. Il vit et il jugea que l'armée autrichienne ne pouvait être forcée; elle couronnait les hauteurs en arrière d'Ulm jusqu'à Elchin* gen. Cet espace était couvert de bons ouvrages, garnis d'une forte artillerie et qui s'appuyaient à ceux du mont Saint-Michel (Michels-Berg) ; ceux-
oi , considérés comme la clef du camp retranché , étaient plus nombreux ^ mieux soignés et liés par des redoutes à la ville d'Ulm, entourée elle-même d'une enceinte nouvellement rétablie, flanquée de tours et hors d'insulte.
Tout était en faveur de l'armée autrichienne, £lle était inattaquable par la rive droite du Danube ; elle était couverte par le fleuve , et elle ne présentait en avant que les ouvrages de la tête de pont, dont la perte n'aurait rien changé à la défense de la position principale. Sur la rive gauche, l'armée était disposée de manière à mettre en jeu toutes ses forces réunies sur un terrain resserré , dominant et parfaitement fortifié, où les Français ne pouvaient aborder que par un grand mouvement de flanc, dangereux à exécuter, et qui eût ouvert aux ennemis la route duTyrol, si nécessaire à garder. Toutes ces difficultés réunies rendaient une attaque impraticable. Le général Moreau en jugea ainsi, et , renonçant au dessein de livrer bataille sur le terrain que l'ennemi avait choisi, il reprit le projet de manœuvrer par son aile droite , pour menacer la Bavière et obliger ainsi le maréchal Kray à se détacher d'Ulm.
Suivant celte disposition , la partie de l'armée Le géDéi
, • , , T , I Moreau rep
française, qui elait sur la rive gauche du Danube, «on
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repassa le fleuve et s établit : le gênerai Sainte- par la me c
'^ ^ ^ ^ du Danu
Suzanne, avec l'aile gauche, entre l'Iller et le
Danube ; le général Saint-Cyr , avec le centre , en avant de Weissenhom jusqu'à la Gûnz , laissant devant Ulm une division d'infanterie avec quelque cavalerie ; et les trois divisions de la réserve, entre la Gûnz et la Mindel. Le général Lecourbe, après avoir repoussé des bords de la Kamlach une avantgarde autrichienne, gagna Mindelheim avec Taile droite , pour passer le Lech à Landsberg et marcher sur Augsbourg. Dans ce mouvement, une avant-garde, composée d'une demi-brigade et d'un régiment de chasseurs, se fît maltraiter par la cavalerie du général autrichien Giulay.
t>mbat Lg maréchal Kray observait la direction que
««w»g«^n. prenait le général Moreau , et, pour le rappeler de nouveau à gauche , il fît attaquer pour la seconde fois le corps du général Sainte-Suzanne , dont les divisions étaient ainsi placées : celle du général Souham en avant du village de Delmesingen , à hauteur d'Ehrbach, et celle du général Legrand, près d'Achstetten , gardatît les ponts d'Opfingen et de Donau-Rieden sur le Danube. Le 22 mai, les Autrichiens formés sur deux colonnes , et encore commandés par l'archiduc Ferdinand, passèrent le Danube à gué, s'emparèrent des deux ponts, repoussèrent de Delmesingen le général Souham et l'obligèrent à rétablir sa ligne en avant de Donaustetten. La division Legrand se maintint à la position principale d'Achstetten. Le général
DU MAUÉCHAL-GÉINÉRAL SOULÏ. 'M)\
Sainte-Suzanne fit alors marcher sa réserve, commandée par le général Collaud , et attaquer Delinesingen ; les généraux Souham et Legrand reprirent, en même temps, TofTensive. L'action fut vive, et Tennemi fut repoussé en désordre de l'autre côté du Danube , avec perte d'un certain nombre de prisonniers.
Cette attaque n'eut pas le résultat que le maréchal Kray s'en était promis, car le général Moreau continua à marcher sur le Lech, et, par un mouvement rapide, le général Lecourbe se porta de Landsberg sur Augsbourg , oii il im[)osa une forte contribution. Toutefois, le maréchal Kray ne quitta pas encore Ulm, jugeant que l'excuision de son habile adversaire avait moins pour but de menacer sérieusement la Bavière, que de lever des contributions.
La lutte de ces deux rivaux de gloire ne saurait être trop admirée. Si l'un entreprend un projet, l'autre en démêle aussitôt le motif, et il est tout préparé pour en traverser l'exécution. C'est ainsi qu'à deux reprises, le maréchal Kray ne conçut aucun ombrage des mouvements du général Moreau vers le Lech , et que, pour le faire revenir, il se borna à attaquer la gauche de l'armée française. Avec la même sagacité , le général Moreau ne se laissa pas détourner de sa marche par l'attaque de l'archiduc Ferdinand ; mais lorsqu'il soupçonna
que le marëchal Kray en préparait une beaucoup plus sérieuse, il rappela à lui le général Lecourbe. Cette précaution apparente cachait aussi le projet de passer le Danube au-dessous d'Ulm, pour aller, sur la rive gauche, porter des coups décisifs à l'armée autrichienne, couper sa ligne d'opérations, la faire sortir enfin de son camp retranché et la forcer à combattre dans une position moins avantageuse.
Ainsi le général Lecourbe rentra dans sa première position, entre la Gùnz et la Mindel, occupant Mindelheim. Les divisions Delmas et Decaen, de la réserve, furent placées sur la rive gauche de la Gùnz, à hauteur de Bobenhausen.
Le général Grenier, qui avait remplacé dans le commandement du centre le général Saint-Cyr, tombé malade, occupa l'espace entre ces divisions et la rive droite de TlUer. L'aile gauche, commandée par le général Richepanse , en remplacement du général Sainte-Suzanne, qui avait été détaché sur le bas Rhin pour former un nouveau corps, resta entre l'iller et le Danube, en refusant sa gauche et en gardant les ponts de l'iller.
ombat Ces dispositious préparatoires avaient le double
objet de concentrer l'armée, pour la tenir prête à repousser l'attaque qu'on attendait, et de tenter ensuite le passage du Danube au-dessous d'Ulm, Elles n'étaient pas encore terminées, le 5 juin,
lorsque 9 pendant la nuit, le maréchal Kray fit déboucher entre l*lller et le Danube la plus forte partie de son armée , formée sur cinq colonnes , pour attaquer le général Richepanse. Au jour, Tarchiduc Ferdinand , conduisant Tattaque de droite , gagne la rive gauche de la Rott et s'avance jusqu'à Guttenzell y où il déborde la gauche des Français; d'autres colonnes rompent également la ligne française sur d'autres points, elles atteignent Kirchberg et menacent le pont de Kellmuntz sur l'Iller. Si les Autrichiens parviennent à emporter ce pont, tout le corps du général Richepanse va se trouver séparé du restant de l'armée et en danger d'être perdu. En ce péril extrême, le général Richepanse déploie toute sa valeur et sa fermeté, et défend le terrain pied à pied ; mais , accablé par le nombre des ennemis , il est sur le point de succomber, quand le général Grenier envoie à son secours la division du général Ney. Celui-ci passe le pont de Kellmuntz , reprend le village , et déjà il marchait sur Dietenheim , lorsqu'un second ordre le ramène vers Kirchberg, sur une colonne autrichienne qui avait tourné cette position. L'intrépide Ney se met à la tête de ses grenadiers, et l'arme au bras, sous un feu terrible, il gravit la hauteur, aborde les ennemis sur le plateau de Kirchberg, les renverse du premier choc, et leur €ait douze cents prisonniers , avec huit pièces de
■ktthi^.
canon. Sauvé par cette vigoureuse action, le général Richepanse put rétablir alors sa ligne et reprendre vivement TofTensive; il regagna tout ce qu'il avait perdu , rentra dans sa première position et enleva aux ennemis un bon nombre de prisonniers , entre autres le lieutenant général comte de Sporck. La nuit suivante les Autrichiens, dont l'entreprise avait manqué, repassèrent le Danube et rompirent les ponis derrière eux.
Le péril que courut l'armée française, dans cette journée, fut le plus grand de la campagne; car, sans le succès du général Ney, à l'attaque de Kirchberg, l'aile gauche, presque enveloppée, aurait pu être anéantie avant d'avoir pu être secourue, et le général Moreau se serait trouvé fort embarrassé pour rétablir sa ligne d'opérations. Le maréchal Ki*ay n'eût pas manqué de porter toute son armée sur cette direction , et il y eût même fait participer le corps du prince de Reuss, en le rappelant du Tyrol. Ce mouvement eût été hardi, mais il ne pouvait rencontrer une occasion plus favorable. L'armée française était en marche, tout portait à croire qu'elle serait prévenue, peutêtre surprise dans son mouvement, et les corps qui la composaient couraient risque , séparés les uns des autres, d'éprouver quelque grave échec, avant de pouvoir reprendre une nouvelle ligne. Tel a dû êti'e le calcul du maréchal Kray , quoi-
qu'il ait dit dans son rapport qu'il n'avait d'autre but que de reconnaître par lui-même la position de l'ennemi ; car ce dernier projet n'exigeait pas un aussi grand emploi de troupes ^ surtout pour se borner à attaquer Taile gauche des Français. Le maréchal Kray fît en même temps attaquer l'arrière-garde du général Lecourbe, qui se retirait d'Augsbourg. Cette arrière-garde, enveloppée à Schwabmunchen par un gros de cavalerie j aux ordres des généraux Meerfeld et de Lichtenstein , perdit quinze cents hommes et ne se rallia qu'à Tûrckeim.
Le général Moreau doit avoir jugé ainsi les projets de son adversaire, et l'empressement qu'il mit à revenir au projet de passer le Danube, pour reprendre l'initiative des opérations et changer le théâtre de la guerre, en est la preuve. Il y était encore porté pour procurer à son armée de nouveaux moyens de subsistance , que la rive droite du Danube allait cesser de lui fournir, malgré les ressources qu'on avait trouvées dans les magasins enlevés aux ennemis. Ces magasins allaient bientôt être épuisés, tandis que l'armée autrichienne, régulièrement alimentée par la Bavière et par la rive gauche du Danube , se tiouvait dans l'abondance. Cette différence de situation sert encore à expliquer la différence de système des deux généraux en chef : l'un était pressé d'agir, tandis que
l'aulre avait tout intérêt à temporiser. C'est un grand souci que celui des vivres , et un grand malheur pour une armée que d'être obligée de combattre pour s'en procurer. Comme tout ce qu'elle fait alors lui est commandé par la nécessité, elle le fait avec précipitation, sans que la prudence de son chef puisse la retenir, et souvent les succès lui échappent par l'impatience qu'elle a de pourvoir à ses besoins. Le général Moreau n'en était pas encore réduit à cette extrémité, mais il en approchait et il devait la prévenir; sinon le général ennemi qui , depuis la dernière affaire , tenait la majeure partie de ses forces concentrée autour d'Ulm, et qui les augmentait de jour en jour, obtenait une supériorité décidée, parle simple effet de l'habile système de prudence qu'il avait suivi. L'attitude imposante des ennemis rendait Tentreprise du général Moreau d'autant plus délicate que , pour en assurer le succès , il devait préalablement se rendre maître de tout le pays jusqu'à l'embouchure du Lech , et y étendre sa droite , pour chercher sur le Danube un point éloigné où les Autrichiens ne fussent pas préparés à défendre le passage. Mais en prenant ce parti , il laissait la gauche sans appui et exposée à une nouvelle attaque, dont le résultat pouvait compromettre la ligne d'opérations de l'armée. Voulait-on éviter cet inconvénient , alors le mouvement se rappro-
chait d'Ulm, où l'on se heurtait contre le gros des forces ennemies, et l'aile droite se trouvait en même temps assaillie par les corps d'observation des généraux autrichiens Giulay et Sztarray , qui avaient été renforcés et qui venaient de se porter en avant y entre le Lech et le Danube.
Cette dernière combinaison n'était pas praticable , tandis que la première offrait encore des chances de succès, malgré ses difficultés et ses dangers. Pour diminuer ces derniers , le généitil, Moreau se proposa de refuser sa gauche autant qu'il serait possible, sans s'inquiéter des coups de main que pourraient faire les partis ennemis dans cette direction. Il prit aussi le plus grand soin de déguiser le motif de son mouvement au général ennemi , et pour augmenter la sécurité de son adversaire, il parut vouloir se borner à refouler vers le Danube les corps des généraux Giulay et Sztarray.
C'était une heureuse circonstance que d'avoir ces deux corps ennemis à portée, puisque, en allant à eux , le général Moreau masquait ses desseins ; en les faisant poursuivre il changeait insensiblement la base de ses opérations , et il portait l'armée à hauteur du point où elle devait passer le Danube, après avoir terminé sa conversion. Le 10 juin , le général Lecourbe commença le mouvement. L'ailé droite , formant trois colonnes, se
dirigea de Mindelheim sur le Lech ; celle; de droite marcha sur Schœngau, celle du centre sur I^ndsberg, et celle de gauche sur Augshourg. Les postes autrichiens établis sur la Wertach furent aisément refoulés, et le général Molitor, qui s'était porté de Kempten sur Nesselwangen avec le corps de flanqueurs à ses ordres , repoussa de ce dernier endroit un gros détachement ennemi, commandé par le général Grunner , que le prince de Reuss avait envoyé du Tyrol.
;éncrai Lc passagc du Lcch eut lieu, le 12 juin, sur les
Lwh. trois directions que le général Lecourbe avait données à ses colonnes. La rivière était grossie par la fonte des neiges , et tous les ponts étaient coupés. Cependant la colonne de droite s'empara du bourg de Schœngau ; de là, dominant la rive droite, elle en éloigna les ennemis, rétablit le pont et passa. Celle du centre obtint le même succès à Kauferingen , un peu au-dessous de Landsberg. Des Bavarois défendaient ce poste ; ils furent forcés par un détachement qui passa la rivière à la nage. Ce pont et celui de Landsberg remis en état ouvrirent une double communication avec la rive droite. La colonne de gauche avait marché sur Augsbourg ; quand elle se présenta devant le pont de Lech-Hausen, il venait d'être brûlé, et ses débris fumaient encore. Des carabiniers d'infanterie légère s'ayenturent sur une poutrelle chan-
celante, ils atteignent la rive opposée, repoussent les Autrichiens , leur prennent deux pièces de canon et donnent la facililé de rétablir le pont. Le même jour , Augsbourg fut occupé et les troupes du général Meerfeld, qui sur ces trois points avaient fait de vains efforts pour arrêter le mouvement , se retirèrent d'abord sur Friedberg , après avoir détruit le pont de Zollhans , et ensuite sur Aicha.
L'occupation d' Augsbourg et la précaution prise par les ennemis de couper les ponts du Lech , au-dessous de cette ville, mettaient parfaitement à couvert la droite de l'armée. Le général Lecourbe pouvait alors manœuvrer pour se rapprocher du Danube y pendant que le général Moreau serrerait sur lui les autres corps de Tarmée. Toute la ligne des postes autrichiens fut également attaquée , le 12 juin. Le général Richepanse marcha sur Burgrieden à la gauche de VI lier , où Tarchiduc Ferdinand tenait son avant-garde ; le village, longtemps disputé, fut enfin emporté. Legénéral Grenier se porta avec le corps du centre à Weissenhorn et Roggenbourg , d'où il chassa les ennemis . Les divisions Leclerc et Decaen s'établirent à Breitenthal et Krumbach , d'où elles repoussèrent le corps du général Giulay. Le 14, elles forcèrent sur la Mindel les postes du général Szlarray et les menèrent jusqu'à Burgau ; mais le 1 5 , ces deux
derniers généraux , ayant reçu des renforts , obligèrent les Français à rétrograder sur Weissenhom et Roggenbourg.
Ces divers engagements déjLournaient Tatteution du maréchal Kray , et servaient à merveille les projets du général Moreau , qui en profitait pour appuyer sur son aile droite , pour achever de refuser sa gauche et pour régler les distances de ses échelons. 11 était ainsi en mesure de se rendre maître, au premier mouvement général, de toute la droite du Danube jusqu'à l'embouchure du Lech.
Tous les corps de Tarmée se mirent en marche, le 16 juin. Le général Lecourbe , renforcé de quelques bataillons et d'une division de grosse cavalerie aux ordres du général d'Hautpoul , descendit la rive gauche du Lech, pour se porter sur la basse Zusam. Un corps d'observation, placé entre Wertingen et Augsbourg, le lia avec cette dernière ville, où il avait laissé garnison ainsi qu'à Landsberg. Les divisions de la réserve prirent position à sa gauche , entre la Mindel et la Kamlach. Le général Grenier dirigea le corps du centre sur Gûntzbourg , et le général Richepanse fit passer l'IUer à l'aile gauche. Il ne resta , sur la rive gauche de cette rivière, que de faibles détachements, pour contenir les partis ennemis qui se répandaient sur les derrières de l'armée jusqu'à Biberach et Ochsenhausen. Sur les derrières d»
Taile droite , les généraux Molitor et Nansouty observaient les mouvements du prince de Reuss, vers les débouchés du Tyrol.
Le 1 7 , le général Grenier attaqua le corps du général Giulay devant Gùntzbourg, etFavant-garde du général l^ecourbe , appuyée par les divisions de la réserve, attaqua celui du général Sztarray , entre Burgau et Dillingen. Sur ces deux points , les ennemis furent forcés de passer le Danube pour s'établir à la rive gauche : le général Giulay entre Albeck et Riedhausen, et le général Szlarray sur la Brentz, s'appuyant à Gundelfingen. La journée du 18 fut donnée aux préparatifs. Le général Grenier , occupant Gûntzbourg , eut ordre de faire de grandes démonstrations, pour paraître vouloir passer sur ce point et se porter à la position de la Brentz. Le général Lecourbe en fît également en face de Dillingen et de Lauingen ; mais à la nuit , il mit en marche ses divisions ainsi que la réserve de cavalerie, pour les placer en arrière des bois situés au bord du Danube , vis-à-vis les villages de Blindheim et de Gremheim, où le fleuve fait un grand détour. Ce point avait été choisi pour le passage, quoique la rive droite fût dominée par la rive gauche ; mais cet inconvénient était compensé par l'adoucissement de la rampe et par une plaine découverte où la cavalerie pouvait se déployer.
sMgedo En prenant des précautions ^ on avait évité de
iibe par le ^ * ^
général donner l'éveil à la rive opposée, et les postes autrichiens, placés entre Blindheim et Gremheim, montraient la plus parfaite sécurité. Il fallait prévenir l'arrivée d'autres troupes, et brusquer l'attaque , pour en assurer le succès. Pendant la nuit, le général Lecourbe compléta ses dispositions. Des corps d'élite sont destinés à passer les premiers ; d'autres se tiennent prêts à les suivre ; l'artillerie s'avance au bord du fleuve, et on y apporte une grande quantité de matériaux destinés au rétablissement du pont qui avait été coupé ; tout était prêt le 19, à la pointe du jour. Au signal donné , une vive canonnade éloigne du rivage les ennemis, et quatre-vingts nageurs*, conduits par le capitaine de Gometry, s'élancent dans le fleuve; ils sont suivis par deux barques, qui. portent leurs habits et leurs armes. En un instant, ils ont touché la rive opposée; ils ne prennent que leurs armes, et ils chargent les Autrichiens qui reculent devant cette attaque imprévue et abandonnent deux pièces de canon, qui sont aussitôt tournées contre eux. Le pont est
i . L'heureux emploi que le général Lecourbe fit d'un corps de nageurs, pour le passage du Danube , était imité du passage de la Linth ; il s'y trouvait peut-être aussi une partie des mêmes hommes.
promptement réparé ; les divisions le passent et occupent les deux villages , pendant qu'un autre détachement va occuper Schweningen, sur la route de Donauwerth. Cette disposition était fort sage, car on devait s'attendre à ce que les ennemis , revenus de leur première surprise , se hâteraient de se rassembler, pour rejeter dans le Danube les premières troupes passées, avant qu'elles eussent eu le temps de s'affermir dans leur position et de rétablir le pont. Il fallait surtout observer la garnison de Donauwerth.
En eflet, le général autrichien Devaux avait combat rassemblé les postes des environs , et il s'avançait sur Schweningen, avec quatre mille hommes d'infanterie, quatre cents de cavalerie et six pièces de canon. Les Français, inférieurs de plus de moitié , eurent beaucoup de peine à se maintenir dans le village, qui fut perdu, repris, et allait être encore perdu, si de prompts secours ne fussent arrivés. T^ général I^courbe les amena lui-même, plus puissants par leur valeur que par leur nombre; c'était deux escadrons de carabiniers et un détachement du S"" de hussards , qui servait d'escorte au général. 11 les fît aussitôt charger; un carré de deux bataillons wurtembourgeois fut presque détruit, et tout le reste du corps ennemi culbuté; deux mille cinq cents hommes mirent bas les armes , les autres s'échap-
pèrent comme ils purent, vers Donauwerth. La droite du général Lecourbe une fois assurée, il revint à Blindheim^ où les divisions des généraux Gudin et Montrichard étaient attaquées par un autre corps autrichien, venu de Dillingen. Ce corps éprouva le même sort que le précédent : sa droite est tournée, il précipite sa retraite, la cavalerie française Tatteint entre Hôchstett et Dillingen, coupe sa ligne et lui enlève dix-huit cents prisonniers. La poursuite continua jusqu'à Gandelfingen. Cette journée est une des plus glorieuses de la carrière militaire du général Lecourbe, par la prévoyance , l'activité et la valeur qu'il y déploya.
Dès ce moment , la droite cessa d'être inquiétée ; le passage, qui n'avait pas été interrompu, fut bientôt terminé. Le général Lecourbe mit ses divisions en marche , il leur fît remonter la rive gauche du Danube et repousser de Hôchstett , de Dillingen et de Lauingen, le corps du général Sztarray, qui fut se réunir au général Giulay, sur la Brentz. Leur retraite découvrait les ponts de Dillingen et de Lauingen, qui étaient en partie détruits ; le général Lecourbe s'empressa de les foire rétablir, et en attendant, il plaça ses troupes en position, en avant de Lauingen.
jutaiM© En recevant à Ulm la nouvelle inattendue du
passage du Danube par les Français , le maréchal
Kray s'était hâte d'envoyer la plus forte partie de sa cavalerie, aux ordres du général Klingin, toute son artillerie légère et un gros corps d'infanterie, pour soutenir, sur la Brentz , les généraux Giulay et Sztarray. Il était cinq heures du soir, lorsque ces nouvelles troupes se formèrent sur deux lignes, entre la Brentz et le Danube, ayant au centre leur nombreuse artillerie , et s'appuyant à la ville de Gundelfîngen , qui était fortement occupée. Les ennemis avaient une grande supériorité de cavalerie ; elle charge et repousse les deux régiments de carabiniers et le 9* de hussards. Un régiment de cuirassiers, placé en seconde ligne, favorise le ralliement, et s'élance à son tour avec les carabiniers. On était mêlé, les ennemis s'étaient désunis et trop avancés. Le 9^ de hussards saisit ce moment pour les prendre en flanc; il les met en désordre, les poursuit et les fait rentrer à leur première position.
Le succès de ce combat n'eut d'autre effet que d'avoir empêché l'ennemi de remporter aucun avantage , car la ligne autrichienne ne paraissait point ébranlée, et elle se renforçait à chaque instant. Le général Moreau venait d'arriver; les divisions Grandjean etDecaen, de la réserve, après avoir passé le Danube aux ponts de Lauingen et de Dillingen, s'étaient formées en arriére de Lauingen. Il restait encore deux heures de jour; si
l'on n'en profitait pas pour rejeter les Autrichiens au delà de Gundelfingen et de la Brentz , on pouvait craindre que, pendant la nuit, le maréchal Kray ne mît en ligne le restant de son armée, et qu'il n'entreprit, le lendemain, de profiter lui-même de son immense supériorité de forces. Le général Moreau jugea que la position était des plus favorables au déploiement de ses forces, qui consistaient dans les divisions Gudin et Montrichard, avec la cavalerie de réservé du général d'Hautpoul. Le danger lui parut imminent, et l'attaque urgente ; il l'ordonna.
Gundelfingen servait de pivot et de point d'appui à la droite de la ligne ennemie, qui était composée d'infanterie. Une forte colonne d'infanterie française fut chargée de l'emporter. La cavalerie autrichienne tenait la gauche , celle des Français lui fut également opposée ; elle était formée par échelons , et elle avait sur ses flancs des batteries pour la protéger. En un instant, le combat devint général et des plus vifs; les généraux Moreau et Lecourbe donnaient eux-mêmes l'exemple. A. la tête de la cavalerie, ils en réglaient les mouvements , et , par la rapidité et la précision de leur exécution, ils lui firent, quoique inférieure en nombre, obtenir une supériorité décidée sur celle des ennemis. La ville de Gundelfingen fut prise de vive force ; les ennemis , battus sur tous
DU MARÉCHAL-GENEllAL SOULT. 317
les points , cédèrent le champ de bataille et repassèrent la Brentz après l'affaire, qui s'était prolongée fort avant dans la nuit.
Cinq mille prisonniers y vingt pièces de canon , plusieurs drapeaux et étendards furent les trophées de cette glorieuse journée, à laquelle le village de Hôschstett, situé au centre de ces divers mouvements, a donné son nom. Sur un espace de sept ou huit lieues, les Français ne cessèrent de combattre en nombre inférieur, car Taile droite et la réserve de cavalerie furent seules engagées. Les divisions d'infanterie des généraux Grandjean et Decaen appuyèrent le mouvement sur Gundelfingen, mais elles n'eurent pas occasion de donner; le centre et l'aile gauche étaient restés sur la rive droite du Danube. La division du général Ney fut même maintenue, pendant la journée du lendemain , sur la rive droite , pour observer ce que l'ennemi pouriait hasarder de ce côté. Le général Grenier, qui avait fait de vains efforts pour rétablir le pont de Guntzbourg, fut obligé de passer, le 20, sur celui de Lauingen *.
1. Je ne puis me refuser le plaisir de citer ici les réflexions si justes que le général Mathieu Dumas fait sur ccUe victoire d'Hôchslett, dans spn Précis ({es événements niili" taires :
« C'est une circonstance digne de remarque, qu'à la même
31 d MEMOIRES
Le lendemain de la bataille de Hôchstett, le général Moineau forma la partie de son armée qui avait passé le Danube : la droite sur les hauteurs couvertes de bois , au delà de Bissingen ; le centre sur le plateau, en avant de la Brentz, et la gauche à Gundelfîngen. En même temps, il dirigea une colonne sur Donauwerth, pour occuper ce poste,
époque, à cinq jours de différence seulement, du iA au i9 juin, Moreau , qui aurait pu recevoir à Hôchstett la nouvelle de la bataille de Marengo, remportait sur le Danube, et par la même manœuvre, un avantage pareil à celui que Bonaparte remportait sur le Pô. L'un et Pautre fleuve avaient été franchis, de vive force , à deux marches au-dessous du point central où les armées autrichiennes se trouvaient rassemblées, celle du baron Mêlas à Alexandrie , celle du baron Kray àUlm. Leurs lignes d'opérations, en Allemagne comme en Italie, furent coupées perpendiculairement, et de manière que les armées opposées se trouvèrent dans des positions réciproquement inverses. »
Moreau triomphait ici par un grand combat de cavalerie, aux mêmes champs où la présomption et Timpéritie des maréchaux de Marsin et de Tallard sacrifièrent la cavalerie française , et flétrirent en un jour les lauriers des belles armées de Louis XIV. Moreau et Lecourbe, remontant par la route de Donauwerth à Ulm , se trouvèrent , à la tête de leur cavalerie, exactement placés comme Tavaient été, en 1704, le duc de Marlborough et le prince Eugène, attaquant de même, et faisant plier l'aile gauche , qui se retira sous Ulm. Mais les généraux autrichiens ne commirent pas la faute de laisser isoler et envelopper, comme les maréchaux , à Blindheim, le corps d'infanterie qui couvrait de même leur droite du côté du Danube et formait leur appui.
se rendre maître des magasins que les ennemis y avaient abandonnés, et garder la position de Schellenberg , à gauche de la Wernitz. Il doutait encore du parti que prendrait le maréchal Kray, et il se disposait à aller à sa rencontre, s'il tentait de faire repasser le Danube à Tarmée française. Trois jours se passèrent dans cette attente. Mais le maréchal Kray ne songeait plus qu'à s'éloigner, et il ne pouvait différer de quitter les enviroiîs d'Ulm, s'il ne voulait s'exposer à une défaite; sa ligne d'opérations était coupée , et pour la rétablir, il devait même faire un grand détour en prêtant, pendant plusieurs marches, le flanc à son adversaire. Déjà, dans la journée du 19, il avait eu la prévoyance de préparer ce mouvement, car, pendant qu'il détachait sa cavalerie au soutien de l'aile gauche, attaquée à Gundelfingen, il prenait ses mesures pour la défense d'Clm, dont il composa la garnison , et il faisait sortir du camp retranché le restant de son armée , pour le placer entre Albecket l'abbaye d'Elchingen. Il était ainsi plus rapproché de la direction de retraite qu'il se proposait de prendre, si son aile gauche était battue sur la Brentz , et plus près aussi du champ de bataille, pour profiter d'un succès, si les Français avaient été repoussés.
l-e résultat de la bataille du 19 juin, fut que , Retraitée
^ 1 • » / • l'armée
des le lendemain, 1 armée autrichienne commença autrichien:
3î20 MÉMOIRES
à s'élever vers Nordlingeu , par Neresheim, pour aller, à marches forcées, passer le Danube audessous de l'embouchure du Lech, couvrir la Bavière , rallier le corps du général Meerfeld , et rétablir ses communications sur les deux rives du fleuve. Cette manœuvre, exécutée avec une grande célérité, fut masquée par toute la cavalerie ennemie, et favorisée par de grandes pluies, qui retardèrent la poursuite des Français. Cependant, ceux-ci joignirent, le 23, à Neresheim, Farrièregarde ennemie; le combat s'engagea, quelques charges eurent lieu , et leur résultat força les Autrichiens à précipiter leur retraite, en leur faisant abandonner des équipages. Le 24, ils étaient en bataille , sur le plateau en avant de Nordlingen. Le maréchal Kray s'y était arrêté, avec une partie de sa réserve, dans l'espoir qu'à la faveur d'une proposition de suspension d'armes , que son gouvernement lui avait ordonné de faire au général Moreau, il gagnerait le temps de terminer son naouvement, et de prendre, en Bavière, une nouvelle ligne de défense. En effet, un parlementaire porta au général Moreau la proposition d'un armistice basé sur celui d'Alexandrie, que le maréchal Kray lui fit connaître, sans toutefois lui en donner les détails.
Ce fut ainsi que le général Moreau apprit la bataille de Marengo, mais il en ignorait encore
les circoustances , et il connaissait encore moins les nouvelles instructions , qui devaient , $am aucun doute , lui avoir été envoyées à la suite de te grand événement. Il ne pouvait donc, avant d'être mieux instruit , consentir à la proposition de suspendre les hostilités en Allemagne, il ne pouvait pas non plus renoncer à recueillir les fruits de sa dernière victoire, fruits qu'il aurait perdus, en partie , si uti arrangement lui avait ôté la possibilité de déterminer l'entière évacuation de la Souabe et de la Franconie, de prévenir en Bayièni l'armée autrichienne , et delà pousser "jusqu'à rinn, enfin de se mettre en mesure de 'pénétrer eu Tyrol, pour lier ses communications avec l'armée d'Italie. Tel était, en effet, le plan du général M oreau, et il devait d'autant plus y tenir , qu'il se trouvait dans un pays ravagé par la guerre , et où les troupes souffraient du manque de subsistances. Le général Moreau, qui connaissait l'avantage de sa position , ne pouvait pas non plus se méprendre sur le sens de la proposition que lui adressait le maréchal Kray. Il était évident que son adversaire voulait sortir d'embarras par une négociation et gagner le temps de se remettre en ligne, ainsi que de réparer ses pertes; telles étaient aussi les instructions qui lui avaient été envoyées lie Vienne. La cour d'Autriche, en ratifiant la convention d'Alexandrie, avait proposé m. 21
d'éiendre à l'Allemagne la suspension d'armes, stipulée par l'article 1 4 de cette convention . Elte n'en avait pas moins le dessein de continuer la guerre ; elle faisait de nouvelles levées , et elle venait , depuis peu de jours, de renouveler son traité de subsides avec l'Angleterre. Mais elle espérait ^ en demandant la suspension des hostilités, masquer ses préparatifs et éluder l'ouverture d'une négociation de paix séparée, que le premier Consul lui a^ait proposée , du champ de bataille de Marengo.
Le géoéral Moreau fit bien, dans les intérêts de son armée et dans ceux de la France, de Vouloir poursuivre ses avantages et de décliner la proposition du général ennemi. Le 24 juin, il fit attaquer l'arrière-garde autrichienne, en avant de Nordlingen, et il la poussa vivement jusqu'au delà de la Wernitz. Le mouvement de l'armée autrichienne était alors bien prononcé sur Neubourg , où le maréchal Kray se proposait de passer le Danube. Le général Moreau manœuvrait pour l'en empêcher, et, en même temps, il ne négligeait pas d'organiser les derrières de l'armée, de manière à affermir sa base d'opérations, à mesure qu'il pénétrait plus avant dans l'intérieur de l'Allemagne. Ainsi, pour s'assurer du pays à la gauche du Danube , que l'armée autrichienne allait quitter, le nouveau corps que le général
DU MARÉCUAL- GÉNÉRAL SOLLT. 323
Sainte-Suzanne avait rassemblé à Mayence s'avança en Franconie, en s'approchant du Danube, et une division commandée par le général Klein ^ sortit de Kehl pour entrer en Souabe et rétablir les communications par le Brisgau. Le général Ricbepanse fut chargé de l'investissement d'Ulm; il renferma la garnison dans la place; les partis ennemis qui parcouraient le pays, ne trouvant plus d'appui , se retirèrent.
Sur le front des armées, les deux généraux en pri»cd«Mui chef luttaient ensemble d'activité, de prévoyance, de hardiesse et de manœuvres habiles, pour gagner quelque marche ou pour se prendre réciproquement en défaut , lutte des plus remarquables, dont le général Moreau eut encore le prix. Le 25 juin, il fit partir, de Dillingen, la division Decaen , forte de dix mille hommes, et l'envoya, sans s'arrêter, surprendre Munich, afin d'avoir un appui sur l'Iser, de déborder la gauche des ennemis et de les empêcher de se mettre en communication avec le Tyrol. Le quatrième jour du mouvement , le général Decaen entra dans la capitale de la Bavière ; il avait fait quarante lieues et livré trois combats au corps du général Meerfeld, qui, après un dernier engagement à Dachau, eut à peine le temps de protéger la fuite de la cour électorale , et qui se retira avec elle au delà de riser.
Le général Moreau devait soutenir la colonne du général Decaen, car il pouvait arriver qu'à une aussi grande distance de l'armée, elle fut compromise, si le maréchal Kray, qui passait en même temps le Danube , à Neubourg , parvenait à faire quelques progrès sur la rive droite du fleuve et à s*appuyer au Lecb , comme il en avait le projet. Le général Lecourbe revint donc sur la rive droite du Danube, passa le Lech, et entra, le 26 juin, à Rain. Mais déjà il ne restait plus, sur la rive gauche du Danube , qu'une forte arrièregarde autrichienne , et le gros de Tarmée se trouvait en position à une lieue en avant de Neubourg, se disposant aussi à marcher sur Rain. Combat Des hauteurs boisées et un ruisseau profond,
berbausen. i i i i / . /» /
dont les bords étaient fort escarpes, couvraient la position des ennemis , dont la droite s'étendait jusqu'au Danube. Le général Lecourbe, ayant reçu l'ordre de l'attaquer, s'y porta , le 27, de grand matin. La division Montrichard tenait la tête de colonne ; son avant-garde joignit les postes autrichiens , à gauche du ruisseau , et les poussa vivement dans les bois au delà; arrivée là, elle fut arrêtée net par le feu plongeant de la mousqueterie , ainsi que par celui des batteries restées encore sur la rive gauche du Danube, et qui la prenaient à revers. Bientôt , attaquée par des forces supérieures, entièrement engagée et débordée par
sa droite, elle dut rétrograder sur Oberhauseii. Le général Lecourbe vint à son secours avec la division Grandjean ; Taclion recommença autour du village et devint de plus en plus acharqée. Après avoir épuisé les munitions , on se battit corps à corps, à la l)aïonnette, à coups de crosses, et la mêlée se prolongea jusqu'à dix heures du soir ; les Français finirent cependant par emporter la position ennemie. Ce combat sanglant coûta aux deux partis des pertes considérables; les Français eurent surtout à regretter celle du brave La Tour d'Auvergne , surnommé le premier grenadier de France , qui fut tué d'un coup de lance, à la tête de la 46' demi-brigade; l'armée porta son deuil pendant trois jours, et tous les honneurs militaires furent rendus à sa mémoire. Pendant la nuit , le maréchal Kray , se voyant prévenu sur la rive droite du Danube et sur le Lech, quitta sa position , repassa sur la rive gauche et prit la roule d'Ingolstadt, pour revenir, encore une fois, sur la rive droite, gagner Landshut et prendre la ligne de Tlser.
Mais le maréchal Kray ne pouvait éviter d'être encore prévenu sur l'iser, comme il l'avait été sur le Lech. Les deux armées, marchant parallèlement l'une à l'autre, prirent cette direction, qui allait, pour toutes les deux, changer leurs bases d'opérations; les Autrichiens allaient établir la leur à
rinn et les Français au Lech. Ainsi le général Moreau remit ses troupes dans leur premier ordre de bataille, qui, par les derniers mouvements, avait été interverti. Le corps du général Lecourbe reprit la droite, pour se rapprocher des débouchés du Tyrol ; le général Decaen eut ordre de passer riser, et de manœuvrer sur le flanc gauche des ennemis; la division du général Leclerc, dirigée sur Freising, dut également y passer Tlser et marcher sur Landshut ; enfin , le général Grenier s'avança, avec le centre, d'Aicha sur Pfaffenhofen. La division Ney fut détachée à la gauche du Danube , qu'elle passa à Neubourg , et elle se porta devant Ingolstadt pour resserrer la garnison de celte place. Les généraux Nansouty, Molitor et I^val continuaient à éclairer les derrières de la droite de l'armée, vers les frontières du Tyrol. La réserve de cavalerie , ainsi que le grand parc d'artillerie, s'arrêta à Augsbourg, où le général Moreau établit son quartier général.
Une avant-garde autrichienne, commandée par l'archiduc Ferdinand, venait d'arriver à Landshut, lorsque, le 9 juillet, la division du général Leclerc, formée sur trois colonnes, s'y présenta. L'attaque fut très -vive; à la première charge, le général Hendelet, placé au centre, enfonça un corps de quatre mille hommes, qui était en position en avant de la ville ; les deux autres colonnes , diri-
gées par les généraux Bastoul et Deperrières , dé* bordaient en même temps les ennemis. Ceux-ci plient de toutes parts et fuient en désordre vers Landshut, où Ton entre pêle-mêle avec eux , et les pohts sur les deux bras de Tlser sont successifveraenl enlevés, avant que les Autricbiens aient eu le temps de les détruire. Cependant l'archiduc Ferdinand , qui avait rallié ses troupes sur le pla^ teau en arrière de Tlser , cherchait encore à se défendre; mais il fut également obligé à une prompte retraite, en abandonnant une partie de $es canons et six cents prisonniers, et il se retira derrière la Wils,
Cette vigoureuse action assura la ligne de Tlser aux Français. Le maréchal Kray , arrivé trop tard pour la défendre, conduisit alors son armée sur la ligne de Tlnn. La droite touchait au Danube , et avait en avant d'elle, à Portsaal , le corps détaché du général Klenau, qui couvrait Ratisbonne ; son centre et ses principales forces étaient établies dans la forte position d'Àmpfing, en avant deMûbldorf, et s'appuyaient , en arrière , sur la forteresse de Braunau. Le général Meerfeld éclairait, à gauche , le cour» de l'Inn, et à gauche de celui-ci, le corps d'émigrés français, aux ordres du prince deCondé, était à Wasserbourg et à Rosenheim, pour lier les communications avec la droite du prince de Reuss, qui gardait toujours le Tyrol . La réserveautrichienne
L'armée
nutricliien
s'établit suri'
328 lilÉMOIRËS
était à Haag, entré Tlnn et la Trauti, d'où «Hé communiquait avec le centre, par Braunau. Enfin le parti commandé par le comte de Mier, était resté à la gauche du Danube , où il continuait à se faire redouter par son activité et par Faudace de ses entreprises. C'est vers cette époque, dans la nuit du 5 au 6 juillet, qu'il fit un coup de main sur Donauwerth, dont il surprit la garnison.
Après avoir perdu la Bavière, ainsi que les États de TEmpire, situés à la gauche du Danube, le maréchal Kray, dont le premier devoir était d'assurer la défense des provinces héréditaires de l'Autrichç , ne pouvait, pour les couvrir, s'arrêter à une ligne plus resserrée et plus forte que celle de l'ïnn. Sa droite au Danube, sa gauche liée avec le Tyrol, il avait au centre, la forteresse de Braunau, qui masquait sa ligne d'opérations défensives ainsi que sa réserve, lui servait de magasin et de place de dépôt, et recevait ses approvisionnements. Protégé par une aussi bonne position, il allait réparer ses pertes et procurer à son armée un repos nécessaire. II ne pensait pas que le général Moreau s'avançât au delà de l'Iser, tant qu'il aurait sa droite menacée par le prince de Reuss, et qu'une partie de ses troupes serait retenue devant les places d'Ulm et d'Ingolstadt. Il espérait que les Français, qui devaient aussi avoir besoin de repos, accueilleraient, cette fois, une nouvelle proposition d'armistice. Le
«ur le Tyn
prender Consul, en effet, était disposé à accueillir cette demande , pour faciliter les négociations qui avaient été ouvertes, à Paris , avec le comte Saint- Jullien y et il avait envoyé au général Moreau des instructions conformes. Celui-ci tenait cependant beaucoup à prendre, auparavant , une base solide sur riser , et à ouvrir ses communications avec Tarmée d'Italie. 11 se hâta donc , pendant que les opération pourparlers avaient lieu, de mettre le temps à profit pour cette double opération , pour s'assurer de toute la ligne de l'Iser, depuis Benedict-Beuren , sur la route d'Inspruck, jusqu'au Danube, et pour agir sur le Tyrol. Le moment était d'ailleurs favorable pour s'emparer de la partie du Tyrol à gauche de l'Inn. Le prince de Reuss l'avait dégarnie, pour suivre les mouvements de la droite des Français et pour se* rapprocher de la gauche de Tarmée autrichienne, qui était arrivée à l'Inn. 11 avait fait avancer le corps du général Grummer , qui était sous ses ordres, jusqu'à Schôngau , Welheim et Wolfershausen, au sud de Munich. Le général Moreau fit attaquer ce corps par la division Montrichard, qui le repoussa et le mena jusque devant les retranchements de Scharnitz. Pendant cette diversion , le général Lecourbe passa le Lech à Landsberg , avec la division Gudin , à laquelle il réunit les corps détachés des généraux Nansouty , Molitor et Laval.
:omhat Cette réunion composait un corps de dix«>(sept à
dix-huit mille hommes. Arrivé le 11 juillet, à Mindelheim, le général Lecourbe en forma trois colonnes. La colonne de gauche, forte de six mille hommes et commandée par le général Gudin , se dirigea , par Kaufbeuren , sur Fuessen. Le prince de Hohenlohe y occupait , en avant de la ville, entre le Lech, le lac d*Hopfen et la Wils, une position garnie de redoutes et d'artillerie, et qui paraissait inabordable. Le général Gudin fut obligé de la tourner, par la droite , en passant le Lech. Ce mouvement détermina la retraite des ennemis après une défense opiniâtre; ils évacuèrent Fues^ sen, où ils laissèrent neuf cents prisonniers et trois pièces de canon , et ils se replièrent au défilé de Kinepass, sur le haut Lech. Le général Gudin ne dépassa pas Fuessen ; le prince de Reuss occupait le défilé à la position de Reiti, avec la plus grande partie de ses forces, qu'il y avait concentrées. C'était justement cette concentration que l'on avait désirée, puisqu'elle dégarnissait le point sur lequel l'expédition était principalement dirigée.
Prise £^s colonnes des généraux Molitor et Laval
F'eldkircb*
avaient pour but d'enlever le camp retranché de Feldkirch, sur lequel s'appuyait la défense du Ty-» roi, qui offrait aux ennemis un débouché sur les derrières de l'armée française , et qui empêchait cette dernière de communiquer avec l'Italie par
les vallées du Rhin. Le général Lecourbe dirigea le général Laval , avec cinq bataillons, par Kempten, Immens tadt et les embranchements latéraux des vallées de TlUer , de la Bregentz et de TlU , pour prendre Feldkirch à revers et couper la retraite au général Jellachich, qui défendait le camp retranché. Le général Molitor fut chargé de l'attaque de front par la vallée du Rhin, pendant que l'adjudant général Dorneman , avec douze cents hommes, remontait jusque sur Coire, pour déloger le général autrichien ÂufTenberg. Entre ces deux attaques, le général Jardon , passant le Rhin àAzmoos, était destiné à les appuyer toutes deux. En effet, Tadjudant général Dormenan, quoique grièvement blessé, au passage du Rhin , se rendit maître de Coire , et le général AufTenberg ayant perdu sa communication avec Feldkirch, se retira par Davos, dans l'Engadin. Le général Molitor, souteim par une réserve que le général Lecourbe conduisait lui-même, se porta directement sur Feldkirch , par la chaussée de Bregentz. Une première ligne de retranchements, entre le village de Hohenems et le lit du Rhin , fut d'abord emportée. Il y en avait une seconde à Goczi, et d'un accès plus difficile; la résistance y fut aussi plus longue ; cependant elle finit par être forcée , et les Autrichiens furent rejetés sous le canon de Feld-
le lendemain de Marengo ; l'un restait libre de ses opérations , et l'autre avait été réduit à capituler. On ne pouvait pas être aussi exigeant à Parsdorf qu'à Alexandrie.
On fut fort étonné de voir le gouvernement autrichien apprécier tout autrement cette différence, par le traitement qu'il réserva à ses deux généraux en chef. Le feld-maréchal Kray, guerrier célèbre, qui par la vigueur de sa défense et par la sagesse de ses dispositions , avait souvent balancé la victoire , contenu l'élan de l'armée française, et qui, dans ses revers mêmes , avait ajouté à sa vieille réputation , reçut , pour prix de ses services, l'ordre de se retirer dans ses terres; tandis que le général Mêlas , qui avait perdu toutes les conquêtes des deux dernières campagnes , et qui avait subi l'humiliation de céder quatorze places pour sauver les débris de son armée , obtint, comme retraite , le commandement général de la haute Autriche. Si l'on crut détourner ainsi l'accusation que la voix publique élevait contre le gouvernement, pour la mauvaise direction qu'il avait donnée à la guerre , l'histoire a fait justice de cet odieux calcul.
de la convention d'Alexandrie , qui avait été signée un mois auparavant; elle ëtait plus favorable à r Autriche. On doit d*ailleurs la considérer comme un gage de paix que le gouvernement français voulait donner , car Tarmée autrichienne ne cédait rien, et elle gagnait le temps de se rétablir. Ainsi tout l'avantage était pour elle, puisque l'armée française était arrêtée dans sa marche victorieuse, et qu'elle se contentait des pays qu'elle occupait déjà, n'exigeant même pas la remise des places qui s'y trouvaient comprises. C'était un résultat bien différent de celui qui avait été obtenu en Italie , et fort au-dessous de ce qu'on pouvait raisonnablement demander, à la suite d'une série de succès éclatants, et lorsque l'armée française avait acquis une supériorité décidée sur Tarmée ennemie. Il est vrai que, malgré cette supériorité, la brillante défensive du maréchal Kray et la position de son armée exigeaient des ménagements dont on avait été dispensé avec le général Mêlas ,
vait le cours de la Rednitz et du Mein , jusqu'au Rhin , après avoir quitté le Danube, à hauteur de Pappenheim. Les places de Philipsbourg , d'Ulm et dlngolstadt^ qui étaient en deçà de cette ligne, restaient occupées par les troupes autrichiennes et recevaient leurs approvisionnements, tous les dix jours. Ainsi l'armée française du Rhin pouvait communiquer directement avec Tltalie, par Coire, la vallée de Tusis, le Spliigen et Chia venue.
le lendemain de Marengo ; l'un restait libre de ses opérations, et l'autre avait été réduit à capituler. On ne pouvait pas être aussi exigeant à Parsdorf qu'à Alexandrie.
On fut fort étonné de voir le gouvernement autrichien apprécier tout autrement cette différence, par le traitement qu'il réserva à ses deux généraux en chef. Le feld-maréchalKray, guerrier célèbre, qui par la vigueur de sa défense et par la sagesse de ses dispositions , avait souvent balancé la victoire , contenu l'élan de l'armée française, et qui, dans ses revers mêmes , avait ajouté à sa vieille réputation , reçut , pour prix de ses services, l'ordre de se retirer dans ses terres; tandis que le général Mêlas , qui avait perdu toutes les conquêtes des deux dernières campagnes , et qui avait subi l'humiliation de céder quatorze places pour sauver les débris de son armée , obtint, comme retraite , le commandement général de la haute Autriche. Si l'on crut détourner ainsi l'accusation que la voix publique élevait contre le gouvernement, pour la mauvaise direction qu'il avait donnée à la guerre , l'histoire a fait justice de cet odieux calcul.